‹ Les empoisonnements criminels et accidentelsChapitre 43 sur 96 · INTOXICATION PAU ERREUR DES HERBORISTES · texte numérisé non relu

INTOXICATION PAU ERREUR DES HERBORISTES

chargées de préparer et d'administrer les lavements, explique la fréquence de ces faits.

Dernièrement encore, à l'hôpital Lariboisière, dans le service du D'' Duguet, une infirmière administra à plusieurs malades des lavements, dans lesquels elle lit entrer par erreur une solution de chlorure de zinc. Deux de ces malades sont mortes.

Pour éviter ces erreurs des malades ou des gardes-malades, les pharmaciens en vertu de l'ordonnance de 1846 sont tenus de placer sur les récipients contenant des substances toxiques des étiquettes rouge-orangé. Si le pharmacien oublie de remplir cette formalité, sa responsabilité est engagée (1).

3° Intoxication par erreur des herboristes.

Les herboristes bien souvent, vous le savez, pratiquent l'exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie, soit en donnant des consultations à des malades, soit en leur fournissant des médicaments dontla vente leur est interdite.

Je fus commis, il y a quelques années, à l'occasion de la mort d'une petite fille de quatre ans et demi, qui fut empoisonnée dans les circonstances suivantes : la mère était allée demander à une herboriste un purgatif; celle-ci lui remit, au lieu d'huile de ricin, un flacon contenant de l'huile camphrée. L'enfant absorba le contenu du flacon et mourut.

Je vous ai signalé, dans un cours précèdent (2), le cas d'une femme auprès de laquelle je fus prié de me rendre par le Préfet de police. On la disait atteinte d'aliénation mentale. Elle avait en effet des hallucinations, du délire de combativité, mais ces symptômes étaient accompagnés de troubles cardiaques et pulmonaires; la pupille était dilatée, la gorge sèche, et le corps couvert d'un rash. Je conclus à l'empoisonnement par la belladone; la malade guérit du reste rapi-«

(1) Voir pièce n» 10.

12) P. Brouardel, Uexercice de la médecine et le charlatanisme, 1899, p. 230.

dément. Je recherchai les causes de celle intoxicalion et j'appris que celte femme, désirant prendre de la tisane d'érysimum, était allée chex une herboriste, qui lui avait remis par erreur des feuilles de belladone.

4» Intoxication par erreur des pharmaciens.

1° Erreur de médicament. — Depuis que le nombre des substances employées en médecine a augmenté dans de grandes proportions, et que leur préparation minutieuse réclame un outillage spécial, les pharmaciens ne fabriquent plus que rarement certains médicaments qu'ils sont appelés à vendre et se fournissent chez des fabricants de produits chimiques. Cependant le pharmacien demeure responsable des médicaments qu'il vend, quand bien même l'erreur serait le fait de son fournisseur.

Un pharmacien, en exécution d'une ordonnance portant une certaine dose de sel de Seignette, délivre du sel d'oseille. Le médicament est administré à une petite fille de neuf ans, qui meurt en moins de vingt minutes. Le pharmacien est poursuivi et pour sa défense dit qu'il a pris le médicament dans le bocal étiqueté sel de Seujaette, bocal qui contenait 250 grammes d'un sel qui lui avait été livré sous ce nom par un marchand de produits chimiques.

Mon avis me fut demandé. Dans mon rapport, je signalai que ces deux sels en poudre ont un aspect tellement identique que la différence est inappréciable à l'œil et au poids. Cependant le ministère public estima que, bien que le pharmacien fût de bonne foi, il est de son devoir, pour justifier le monopole, dont il est investi par la loi, de vérifier exactement et scrupuleusement la nature de tous les médicaments qu'il vend. Le tribunal prononça une condamnation à 100 francs d'amende et 2000 francs de dommages-intérêts (1).

(1) Gazette des tribunaux, 19jaav. 1881. — Dubrac, Traité de jurisprudence médicale et pharmaceutique, 1893, p. 146. — P. Brouardel, L'exercice de la médecine et le charlatanisme, p. 192.

INTOXICATION PAR ERREUR DES PHARMACIENS. Ivà

La même jurisprudence a été appliquée à un médecin; voici dans quelle circonstance :

Un médecin établi dans une commune où il n'y avait pas de pharmacien et ayant par conséquent le droit de vendre des médicaments à ses clients, avait un malade incommodé par un lœnia. Le médecin n'ayant pas d'écorce de racine de grenadier se rendit chez un pharmacien, qui lui remit par erreur de l'écorce défausse angusture. Le malade prit le médicament et mourut.

Les poursuites ne furent engagées que contre le médecin et le tribunal le jugea seul responsable, car, ayant le droit de vendre des médicaments, il devait savoir reconnaître les différences existant entre les substances qu'il était appelé à manier. Le pharmacien qui, dans ce cas, n'était que le fournisseur, ne fut pas inquiété.

Une autre cause d'erreur s'explique facilement. Quand, pendant des années, un pharmacien a lu des ordonnances parfois mal écrites, dans lesquelles après le nom d'un acide il y avait presque toujours le nom d'une même base, si son attention n'est pas appelée par la contexlure de l'ordonnance, une lecture trop superficielle l'expose à faire une confusion parfois fatale. En voici un exemple : le chlorhydrate de quinine n'a commencé à être employé qu'il y a quelques années ; jusque-là, les médecins prescrivaient presque exclusivement le sulfate de quinine. Dujardin- Beaumetz ordonne pour un jeune enfant de sept ou huit ans, un lavement avec du chlorhydrate de quinine (10 centigrammes) : au vu du mot chlorhydrate^ le pharmacien, par inattention, croit lire chlorhydrate de morphine, la dose même de 10 centigrammes n'était pas en discordance avec les prescriptions habituelles. L'enfant prend le lavement et meurt en quelques jours.

"1" Erreur de iJréimration. — Légalement le pharmacien doit placer tous les produits toxiques dans une armoire spéciale, armoire aux poisons, qui est fermée à clef. Aussi P. Brouahdel. — Les Empoisonuemeots. i3

les erreurs dans la délivrance des médicaments sont relativement peu fréquentes.

En vertu de l'ordonnance du 25 juin 1855, le pharmacien doit placer sur les médicaments toxiques et destinés à l'usage externe une étiquette rouge orangé. Si le pharmacien omet de placer l'étiquette, il s'expose en cas d'erreur du malade à des poursuites judiciaires. C'est ainsi qu'un malade, n'ayant pas été averti par l'étiquette rouge, prit à l'intérieur un flacon de baume Opodeldoch à la petite cuillerée et se frictionna avec une potion; le pharmacien a été condamné.

Un autre cas peut se produire : le pharmacien prépare deux médicaments pour une même personne et place par erreur l'étiquette rouge sur le flacon destiné à l'usage interne. Voici un exemple : un malade reçoit du pharmacien, conformément à une ordonnance, deux fioles, l'une contenant un vomitif, l'autre une solution de 0b'-,60 de cocaïne dans 20 grammes de' glycérine pour badigeonner la gorge. Le médecin avait eu soin d'écrire sur son ordonnance, au-dessous de cette dernière prescription usage externe. Le pharmacien intervertit les étiquettes et sur la solution de cocaïne colle l'étiquette du vomitif, avec la mention à prendre en une fois le matin à jeun. Le malade avale d'un seul coup les GO centigrammes de cocaïne et présente aussitôt les symptômes d'un empoisonnement grave, auquel heureusement il ne succombe pas. Le pharmacien fut poursuivi.

3° Erreur de poids. — Vous savez. Messieurs, que lorsque le pharmacien fait à.\x paquets, de O^'-.SO de bicarbonate de soude par exemple, il ne pèse pas dix fois 50 centigrammes; il pèse 5 grammes qu'il divise à vued'œil en dix paquets. Cette manière d'agir n'a que peu. d'importance, quand il s'agit de médicaments non toxiques, ou toxiques seulement à doses élevées, mais peut au contraire être très dangereuse quand le médicament est toxique^ à très petite dose.

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