EMPLOI
Bisulfite de potasse et
tartre.
Sulfite de soud^ cristaf Usé.
Bisulfite et gélatine.
Sulfite de potasse et tartre.
Bisulfite alcalin. Sulfite de potasse, sulfate de potasse et tartre.
Bisulfite de potasse
avec gomme.
Bisulfite de potasse avec gomme.
Bisulfite de chaux.
Borax et acide borique.
Borax.
Chlorure de sodium et azotate de potase.
Lessive de potasse.
Hypochlorite de soude.
Alun, tanin, acide suc
cinique, tartre.
Fluosilicate de soude.
Fluoborate de soude.
Fluorure de sodium.
Formol .
Sable et saccharine.
Saccharine.
Vins.
Viandes, vins.
Cidres.
Vins.
Viandes.
Vins, viandes, lait.
Viandes.
Vins.
Viandes.
Vins.
Lait.
Lait, beurre.
Lait.
Vins, sirops, etc.
La mort de Charles IX
Par MM. P. Brouardel et Gilles de la. Tourette (1).
Une cruelle hérédité morbide, aussi évidente que l'hérédité individuelle, a pesé sur toute la lignée du roi François P^
Ce prince aima fort les femmes : il s'est même trouvé des historiens pour mettre sa paillardise au nombre de ses hauts faits. Il n'est pas moins vrai que, s'il ne mourut pas précisément
à Rambouillet
De la V qu'il avait,
et qui fut toujours très mal traitée (2), la fistule vésico-périnéale qu'il portait depuis longtemps et qui le conduisit au tombeau était due presque certainement à ses excès antérieurs. Avant sa mort, il avait vu disparaître deux de ses filles et ses deux filsaînés emportés par des maladies ressortissant de très près à la tuberculose pulmonaire. Henri II qui lui succéda, et dont une des sœurs mourut également tuberculeuse, était tué le 30 juin 1559,. dans un tournoi, parle comte de Montgoraery; il n'était âgé que de quarante et un ans. Peut être eût-il échappé à la tuberculose l i3ans tous les cas, l'influence néfaste de l'aïeul allait terriblement se faire sentir sur les petils-eufants.
Henri II, de son mariage avec Catherine de Médicis, avait eu
(1) Extrait des Grandes Scènes historiques du xvi» siècle. Reproduction fac-similé du Recueil de J. Tortorel et J. Perrissin, publiée sous la direction de M. Alfred Franklin. Paris, 1886.
(2) Voir l'intéressant travail de M. A. Corlieu, La mort des rois de France.
PifcCES ANNEXES.
dix rejetons : cinq filles, dont quatre mouiui-ent jeunes — seule la reine de Navarre, Marguerite, vécut jusqu'à soixante ans — elcinq garçons : François 11, mort en l'oGO, à l'âge de dix-sept ans, d'un abcès tuberculeux de l'oreille ; Louis d'Orléans, mort à deux ans et demi; Charles IX, dont nous allons parler; Henri 111, qui fut assassiné par Jacques Clément à l'âge de trente-huit ans; et François, duc d'Alençon, qui succomlja à la phtisie pulmonaire, en lS8i, à Tàge de trente ans.
Charles IX avait donc des antécédents pathologiques désastreux. Son grand-père était syphilitique; son père n'était guère moins débauché que son aïeul ; presque tous ses Irères étaient ou allaient devenir poitrinaires. Devait-il, pouvait-il échappera cette terrible alTeclion, la tuberculose pulmonaire"?
Lorsque dans une famille les enfants naissent aussi malingres que dans celle de Henri II et de Catherine de Médicis ; lorsque le fils aîné est chélif, que le second est mort deux ans après sa naissance, il devient au moins utile de veiller à la santé ultérieure du troisième, en lui épargnant dès son jeune âge toutes les causes de fatigues ou d'épuisements. Charles IX eût pu, sous la direction de son précepteur Amyol et de son gouverneur M. de Sipierre. préluder à son futur règne par des études sérieuses; mais, gâté ■ par sa mère, il préféra s'adonner de bonne heure, et avec une ardeur inconsidérée, à son penchant pour les exercices corporels. De bonne heure il devint un excellent écuyer et, dès lors, il ressentit pour la chasse une véritable passion : passant les nuits presque sans sommeil pour être le premier à l'aube sur la piste et chevauchant furieusement par tous les pays et par tous les temps. Restait-il enfermé dans son palais, il battait le fer, forgeait des armures, et tirait l'épée sans relâche. En dehors de ces écarts fort nuisibles, il était assez sobre, buvait rarement du vin, n'était pas trop débauché, bien que Brantôme affirme qu'il avait contracté une maladie vénérienne :
« Il estoit grand de taille mais un peu voûté, avoit le visage pâle, les yeux jaunastres, bilieux et menaçants, le nez aquilin et le col un peu de travers (1). Le reste de son corps estoit assez bien proportionné ; il avoit seulement les jambes un peu débiles ou moins grosses eu esgard au reste des proportions supérieures de son corps, à quoy aussi on doit sa valétudinaire indisposition qui estoit si très grande qu'à peine le voyoit-on un seul mois sans être indisposé (2). »
(1) Histoire de Charles IX, par Papyre Masson, in Archives curieuses de l'Hisùoire de France, série, t. VIII, p. 351.
(2) Sorbin, Histoire mémorable des choses advenues durant le règne ae
LA MORT DE CHARLES IX. 289
Son caractère répondait assez bien à cet état physique, rendu vigoureux par la volonté, mais toujours faible par constitution. Comme Catherine de Médicis, « il estoit, nous apprend deThou (1), d'un tempérament colère et emporté et l'exercice continuel et violent du cheval joint à la fatigue des veilles fortifioit encore ce penchant : en sorte que, malgré sa dissimulation profonde, il se laissoit quelquefois emporter à une sorte de fureur... De plus, il juroit et se parjuroit sans grand scrupule. »
A l'exagération de ces exercices physiques trop violents pour celte faible organisation n'allaient pas tarder à s'ajouter les ennuis d'un règne qui passe à juste titre pour l'un des plus troublés et des plus néfastes. Fourbe et dissimulé, mal conseillé de toutes parts, Charles IX commettait bientôt la Saint-Barthélemy (24 août 1372), qui n'eut son pendant qu'un siècle plus tard, à la révocation de l'Édit de Nantes (1685). Mais le meurtrier devait boire l'amertume de son attentat jusqu'à la lie : désormais il ne dormira plus ; son sommeil sera interrompu par d'atroces cauchemars, et le chant de ses pages ne parviendra pas à Je rendormir (2).
A l'époque du massacre, il suivait déjà un traitement sous les ordres d'Ambroise Paré, qu'il sauva du carnage. Quelques jours plus tard, il faisait mander le grand chirurgien huguenot : « Ambroise, lui dit-il, je ne sçay ce qui m'est survenu depuis deux ou trois jours; mais, je me trouve l'esprit et le corps grandement esmeus, voire tout ainsi que sij'avois la fièvre, me semblant à tout moment aussi bien veillant que dormant, que ces corps massacrés se présentent à moy les faces hydeuses et couverts de sangje voudrois que l'on n'y eust pas compris les imbéciles et les mnocents (3). »
Les regrets qu'il manifestait ainsi devaient être impuissants pour calmer ses nuits d'insomnie, pour sauver son existence déjà menacée : la toux à laquelle il était sujet revenaitplus fréquente, 1 amaigrissement faisait des progrès incessants
L-année suivante (1373), son frère, le duc d'Anjou, ayant été élu roi de Pologne, se disposa à quitter la France pour se rendre dans ses Etats ; Charles voulut l'accompagner jusqu'à la frontière,
^Z'^^ Î^G^n^îr ^ - ^« --^e du Louvre
dii!or::^sï:r^;;:i!;^,;;7'^-' ^-^^^^^ ^^^^^^
(2) De Thou, Ibid. '
à fHilfT''T ^""y' '^^^^ collection des Mémoh'es pour servir à imsloire de France, par Michaud et Poujoulat; t. II, ch vr, p ic.
P Brouardel. — Les Empoisonnements. 19
mais il fut forcé par les cracliements de sang qui s'élaieut déjà montrés autrefois, lorsqu'il avait trop sonné du cor, de s'arrêter a Vitry et de s'y aliter (octobre-novembre 1573). Sa maladie était sérieuse; on la jugeait tout au moins telle, car « elle l'empescha d'aller plus avant et donna subjet à beaucoup de gens de vouloir divertir le roy de Pologne de poursuivre plus avant son voyage, luy resmontrans l'eslat incertain de la maladie du Roy provenant dupoulmonqui apportoit souvent des accidens périlleux Peut-être eut-illa variole à cette époque, car il fut malade, dit Sorbin, « d'une ébullition de sang que d'aucuns estimoient petite vérole ». Toutefois cela est peu probable, et celle ébullition du sang ressemble fort, dans la circonstance, a une violente
hémoptysie. î. o • t
De Vitry, Charles toujours souffrant fut transporte à Saint- Germain-en-Laye où il ne se trouva guère en sûreté, car le duc d'Alencon tentait de le faire enlever avec sa mère aux fêtes du carnavalde 1574. Mais Catherine de Médicis veillait; le complot s'ébruita. .Elle fit venir dans sa chambre le duc d'Alencon, qui eut peur, plia sous son ascendant et nomma ses complices, bile mit immédiatement la cour sur pied. Le départ eut heu, la nu.t sous la protection des Suisses : le roi malade fut emporté dans une litière et l'on se retira en tumulte, avec précipitation, à Vincennes, dont le château était à l'abri d'un coup de "^^m W- >> Toutefois, « l'ennuy fut si grand au cueur du Roy Charles le Débonnaire que finalement, après s'être retiré à Pans et de Pan au bois de Vincennes, la maladie qu'il avoit en gregea, et, accompagné d'un foyer altéré et ma attremP^' ^ une inliammation si grande et véhémente que les effects ont fait
'"t! leslo;sultations commencent. Jean MaziUe, son premier médecin, réunit ses confrères de la Faculté, et. par << el « sultation fut advisé qu'il seroit purgé et saigne ; ^^,<^^l^^^ mais en vain, car ses forces diminueoient a veue d œil,etle vojoii rdescroure pressé d'une courte haleine qui l'a -ompa^^^J^^^^^ qu'à la mort (4). » Aces graves symptômes s ajoutait, nous le sa vous, une insomnie constante, hantée de -«--^^ jP^^f^, tables - de plus, les médecins semblaient ignorer complètement i: nature du mi. « Tant il y a qu'ils y perdirent leur latin, d aa-
(,) Mémoires de Cheverny, in Collect. des Mémoires relatifs à loire de France, Petitot; t. XXVI, p. 53.
(2) Dareste, Histoire de France, t. IV, P- •JOo-
(3) Sorbin, Loc. cit., p. 283.
(4) Sorbin, Loc. cit., p. 283.
LA MOllT DE CHARLES TX. 291
tant qu'ils ne peurent jamais bien cognoîstre sa mailadie, car il lui survint une flebvre carratique qui tantost esloit quarle, (antost, continue, et pensoit M. Mazille, son premier médecin, qu'il se porleroit de bien en mieux, ainsi que la fiebyre diminueroit (1). ,> Cette ignorance de la vraie cause de la maladie était bien faite pour donner du corps aux bruits les plus absurdes qui circulaient à la cour et dans le peuple, bruits qui prirent une forte consistance lorsque l'on apprit que « aux extrêmes douleurs, il sortoit du sang par les pores de la peau de ce jeune prince, presque en tous les endroits (2). » (( De là plusieurs conjecturèrent qu'il y avoit du poison mêlé à la maladie du Roy, et à dire vray il y avoit argument de penser l'un des trois, ou poison, ou art diabolique, ou intelligence avec ceux qui avoient eu le moyen de cognoistre la maladie du Roy et en donner quelque résolution (3). » Catherine de Médicis, l'Italienne superstitieuse, ne pouvait que prêter une oreille favorable à tous ces bruits; c'est alors que la Môle et Coconnas furent arrêtés, jugés et décapités (30 avril 1374). Ils avaient bien comploté contre le roi, mais on les accusait surtout d'avoir, aidés du nécromancien Côme Ruggiéri, fabriqué plusieurs figures de cire enchantées, dans le but de faire mourir le monarque agonisant (4). Ce qui était certain, c'est que Charles IX allait de plus en plus mal. « Sur ces entrefaites et comme le mal s'augmentoit de plus en la personne dudit seigneur Roy, luiprinl appétit de boire. Ce qu'ayant fait, lui survint un grand vomissement de matière gluante, jaunastre et fort noire; puis entra en un grand frisson qui luy donna tel travail et peine qu'il n'y avoit celui qui n'eust grande compassion de tant veoir endurer son prince. Gela passé. Sa Majesté demanda la Royne sa mère et la Royne sa femme... Lors il rentra derechef en ces accez de vomissements et frissons et de plus en plus se sentant abaisser et diminuer ses forces pria qu'on ne lui pariast plus que de prières et oraisons (5). „ Catherine, en effet, venait de lui annoncer la prise du comte de Monigomery, qui, comme on le sait, avait tué son pere dans un tournoi, et s'était étonnée de ce que la nouvelle de cette arrestation l'eût laissé tout à fait indifférent Et cependant, Charles IX, malgré ses souffrances" et ses remords,
(1) Œuvres complètes de Brantôme. Paris, 18G9 {Charles IX, p. 271). [VU Aahigne, Hislotre tiniversel/e. , f- ^n).
(3) Sorbin, Loc. cit., p. 283.
à S suilTa%tlT" ^"""'f '"'^^'•«g^toire ne laisse aucun doute a ce sujet Cl. Procès criminel contre la Mole, Coconnas etc in t,cluves curieuses de histoire de France, 1- série t VIlî ' '
Roud^, Z'"i ^'>'>^i^>'^ propos mémorables et 'iresnas du feu
Roy de Irês bonne mémoire Charles neufiesme. Paris, 1574. '
se cramponnait à la vie en désespéré. « Le vendredy, dont il mourut le dimanche ensuivant, sur les deux heures apres-m.d. ayant fait appeler Mazille, son premier médecin, et se plaignan des grandes douleurs qu'il souffroit. lui demanda s .1 n esto.l pas possible que luy, et tant d'autres grands médecins qu .1 y avoi'en son royaume, lui pussent donner quelque a ègem n son mal, « car je suis, dil-il, horriblement et crue lement lour- «menté ». A quov Mazille répondit que tout ce qui dépendent de leur art ils l'avoient fait ; et que même, le jour de devant, tous ceux de leur faculté s'étoient assemblés pour y donner remède; n aiî que, pour en parler à la vérité. Dieu étoit le grand et sou- . verain médecin en telles maladies, auquel il falloit recourir. « Je < r s, dit le Roy. que ce que vous dites est vray, et n'y scavez a autre chose. Tirez-moy ma custode que j'essaye a reposer. Ët\" l'hlnt Mazille éta'nt sorty et ayant fait -tir tous „ étoient dans la chambre, hormis trois, savoir La Tour, Samt-Pr s et rnourrice que Sa Majesté aimoit beaucoup, encor quelle mt huguenote, comme elle se fut mise sur un coffre et commeneoîttsommeiller, ayant entendu le Roy se p aind^ Soupirer, s'approcha tout doucement du lit, et tirant sa custode e Roy c;mm'ença à luy dire, jettant un g-^^ moyant si fort que les sanglots lui interrompo.ent la parole . Xma nourriie, ma mie, ma nourrice, que de sang et que^ «meurtres! Ah, que j'ay suivi un méchant conseï Oh mon
:;Srtolt cecyVQuef.ay,e. ;esu.p^.^^^
::r;:;^':s"o:^^^^^^^ -.sire,vous
« Dieu que Votre Majesté cesse de larmoyer « Et sur cela lu
si fréquentes chei les phtisiques a la dem.ere pec.ode, p ''tlair„r?o"nX^;;a=laPe-e«e,s„Hest..sl.e.«^ („ m „ a. We™ de fE..o... (Co.l.
Petitot, t. XLY.p. 85-8^).
LA MORT DE CHARLES IX
l'après-midi, Charles IX mourait à l'âge de vingt-trois ans onze mois et trente jours, après avoir régné près de treize ans et demi.
Il était très important, pour savoir quel degré de créance on devrait accorder aux bruits malveillants qui circulaient, de faire l'autopsie du cadavre. Elle eut lieu le lendemain de la mort, le 31 mai, en présence de Mazille, le premier médecin, qui présida à l'opération que les chirurgiens du roi exécutèrent sous ses ordres. Guillemeau (1), qui, dans la circonstance, assistait Ambroise Paré, nous en a laissé la relation suivante:
« Rapport du corps mort du feu Roi Charles IX, lequel comme il a esté fait en latin, je Vay ainsi voulu mettre.
« Anno Domini miles, quingent. septuag. quarto, pridie cal. junii, hora a meridie quarta, facta est dissectio corporis Caroli IX, régis Galiiarum christ. ; assidentibus medicis hic subsignatis, et chirurgis qui eura administrarunt.
« In quâ accurate hœc observala et deprehensa sunt. « Hepatis tolum parenchyma rarefaclum, exsangue, et extremis lobis ad simas partes vergentibus nigricans.
c( Folliculus fellis a bile vacuus, in sese considens, subater. Lien nullo modo maie alfectus.
« Venlriculo nuUa noxa et stomachi cum pyloro integrilas. Iiitestinum côlon flavum colorem contraxerat, cœteris bene habentibus ; epiploum maie coloratum, supramodum extenuatum, parle aliqua ruptum, et omnis pinguedinis expers.
« Ren uterque nullo vitio obsessus, nullo similiter vesica, nullo uretères.
« Cor flaccidum et veiuti contabescens : omni aquoso humore, qui pericardio contineri solet absumpto.
c( Pulmo qui in partem sinistram Ihoracis incubabat, a costis illegitirais ad claviculas usque totus, lateri adhœrebat, ita firmiter et obslinate ut avelli non potuerit sine dilaceratione et discerptione cum putredine substantiœ, in quà sese prodidit vomica rupta, e quà coUuvies purulenta, putrida et graveolens effluxit, cuju» tanta fuit copia ut in asperam arteriam redundarit, et prœclusa respiralione prœcipitis et repentini interitus causam attulerit.
« Alter pumo sine adhœsu fuit, magnitudine tamen, naiuralem constitutionem, lurgidus et distentus, superans (ut et sinister superabat in substantiâ) insignem corruptelam prai se ferens, parte superiore putris refertus et conspurcatus humore pituitoso, mucoso, spumoso, puri fmitimo.
(1) Les Œuvres de chirurgie de Guillemeau. Rouen, IG49, p. 856.
294 PH>XES ANNEXES.
« Cerebrum orani vitio carens.
<( Medici qui praîfuerimt: Mazille, Vaterre, Alexis Gaudinus, Vigor, Le Fevre, S. Pont, Piètre, Brigard, La Fille, Durel, chirurgii regii qui administrarunt, Paré, D'Amboise, Du Bois, Portai, Eustache, Dionueau, Lambert, Cointrel, Guillemeau. »
Nous traduisons ce procès-verbal ainsi qu'il suit: « L'an du Seigneur 1574, la veille des calendes de juin (31 mai), a été faite l'autopsie du corps de Charles IX, très chrétien roi de France, avec l'assistance des médecins soussignés et des chirurgiens qui l'ont exécutée.
« Voici ce qui a été soigneusement observé et reconnu: « Tout le parenchyme du foie est désséché, exsangue et tirant sur le noir depuis les parties les plus externes des lobes jusqu'à leur surface plate.
« La vésicule biliaire est vide, affaissée sur elle-même, noirâtre.
La raie est saine.
« L'estomac et le pylore sont sains. Le côlon était jaunâtre, les autres parties de l'intestin étaient saines. L'épiploon était de mauvaise couleur, très friable, rompu par places et entièremeut dépourvu de graisse. Les reins, les uretères, la vessie étaient sains. Le cœur était flasque et mou, comme desséché, tout le liquide qui se trouve ordinairement dans le péricarde ayant disparu.
« Le poumon gauche adhérait tellement aux parois thoraciques dans toute sou étendue qu'on ne put l'enlever sans déchirer el arracher sa substance qui était en putrilage. On y trouva une voraique rompue, d'où s'échappa une humeur purulente, putride et de mauvaise odeur, en telle quantité qu'elle a dû refluer dans la trachée-artère et causer une mort rapide et imprévue, en mettant obstacle à la respiration.
«L'autre poumon n'était pas adhérent; il élait plus volummeux qu'à l'état normal, de même que le gauche le dépassait eu matière ; gonflé et distendu, il présentait une notable corruption. Il était pourri dans sa partie supérieure et rempli d'humeur pituiteuse, muqueuse, spumeuse se rapprochant du pus. « Le cerveau était sain. »
Il n'est pas désormais bien difficile de se faire une idée exacte de la maladie dont mourut Charles IX : nous avons en mauis toutes les pièces du procès. Les symptômes observés pendant la vie et sur lesquels nous croyons nous être très suffisamment appesantis ne laissent aucun doute sur l'existence d'une maladie de poitrine. Et quelle antre affection, en dehors de la phtisie
LA MORT DE CHARLES IX
pulmonaire, donne lieu à ces hémoptysies répétées, à cet amaigrissement progressif, à cette dyspnée constante, à ces vomiques{i) de matière gluante et jaunâtre lorsque se sont formées les cavernes? Quant aux sueurs de sang dont parle d'Aubigné, elles se rapportent directement à de petites eccliymoses souscutanées, à des taches de « purpura hemorragica » que l'on observe si fréquemment dans toutes les cachexies en général et dans la tuberculose pulmonaire en particulier.
L'all'ection dont fut atteint Charles IX était donc mortelle, étant donné surtout qu'elle évoluait sur un terrain prédisposé tout particulièrement par l'hérédité.
Cependant, à proprement parler, ce prince ne mourut pas de ses lésions de tuberculose chronique, qui se traduisirent spécialement, à l'autopsie, par la grande caverne du poumon gauche et l'ancienne pleurésie qui enveloppait cet organe dans son ensemble. Il succomba aux atteintes d'un élément fébrile surajouté. Nous avons vu que, quelques jours avant sa mort, il avait été tourmenté par de violents frissons accompagnés de douleurs vives qui n'étaient probablement autres que des points de côté. Le poumon droit subissait alors l'envahissement d'une bronchopneumonie, dont les tubercules qu'il renfermait déjà avaient été certainement le prétexte. Le volume considérable de l'organe, la distension de son parenchyme parlout infiltré de matière purulente, de liquides qui l'engorgeaient, ne permettent pas l'erreur.
C'est, en résumé, à une broncho-pneumonie, entée sur des lésions avancées de tuberculose pulmonaire, que succomba Charles IX.
Nous ne nous arrêterons pas à discuter l'hypothèse d'un maléfice; mais le poison existait-il? Charles IX, le poitrinaire, mourutil empoisonné ? Nous ne le pensons pas. Les lésions qu'il portait étaient plus que suffisantes pour entraîner la mort, et l'examen des organes lut assez completpourpermettre de ne pas hésiter. Un seul point paraît obscur dans les résultats fournis par l'autopsie : la coloration toute spéciale du foie qui, mal interprétée, pourrait donner prise à la confusion. Toutefois, il nous est impossible de voir là autre chose qu'une altération cadavérique : tous ceux qui sont familiers avec la pratique des nécropsies savent, en effet, que les parties externes et convexes du foie présentent dans presque
(1) Le mot vomigue, vomica, que nous rencontrons dans le procèsverbnl d'autopsie, désignait à la fois — on l'emploie même encore aujourd'hui dans ce sens — l'acte de rendre du pus par les bronches en faisant des eU'orts pouvant amener le vomissement, et l'altération pulmonaire, la caverne d'où provient le pus rejeté par les bronches.
tous les cas une teinte violacée [nigricans), indépendante de toute altération palhologique. C'est également ù une transsudation « post mortem » de la bile à travers les parois de la vésicule que le côlon devait sa coloration jaune : de môme, l'épiploon était bien celui d'un tuberculeux. Les partisans du poison, tous les courtisans qui avaient intérêt à flatter la reine-mère pour la rendre complice de rancunes qu'elle ne demandait qu'à partager, insistèrent sur ce fait que le cœur était desséché, brûlé en quelque sorte, et que le péricarde, à l'inverse de ce qui existe ordinairement, ne renfermait pas trace de liquide. Si l'on veut bien admettre que, régulièrement, on ne trouve jamais dans cette séreuse, sauf dans les cas où le cœur et son enveloppe sont altérés, plus de 15 à 20 grammes de sérosité, on comprendra facilement que l'absence d'une si faible quantité de liquide, constatée par des anatomo-pathologistes aussi peu avancés que les médecins et les chirurgiens du temps de Charles IX, n'ait véritablement aucune importance. Eux-mêmes, du reste, ignorèrent toujours, et pour cause, la véritable nature du mal : le premier médecin, . Mazille, qui ne pouvait pendant la vie reconnaître par des signes certains la maladie de poitrine, pensa toujours à une mauvaise fièvre tierce ou quarte, ne songeant même pas à la consomption pulmonaire que l'on connaissait cependant à l'époque où il vivait et dont les symptômes auraient dû lui ouvrir les yeux.
Quant à Ambroise Paré, qui d'ailleurs n'était appelé que pour les cas chirurgicaux et qui probablement dut lui-même, en sa qualité de premier chirurgien, faire l'autopsie sous les ordres de Mazille (tout art manuel étant repoussé et fort méprisé par ces médecins que Molière allait bientôt fustiger), il se soucia fort peu de donner son avis aux demandeurs plus ou moins intéressés qui vinrent l'assiéger.
Brantôme, en effet, l'alla voir en compagnie de Strozzi et lui demanda son opinion : « Il nous dist en passant et sans longs propos qu'il estoit mort pour avoir trop sonné de la trompe à la chasse du cerf, qui lui avoit tout gasté son pauvre corps, et ne nous en dist pas plus. Sur quoy aucuns prirent subject de faire pour son tombeau ces deux vers :
Pour aimer trop Diane et Cythérée aussi. L'une l'autre m'ont mis dans ce tombeau icy.
a Si est-ce qu'on ne sauroit oster aucuns d'opinion qu'il ne fust empoisonné, dès que son frère partit pour Pouloigne : et diso.lon que c'estoit de la poudre de corne d'un lièvre marin qui laie languir longtemps la personne et puis après peu à peu s en va et
LA MORT DE « MADAME »
s'estainct comme une chandelle : ceux qu'on a soupçonné aulheurs n'ont pas faict meilleure (in. »
El le vieux chroniqueur ajoute : « Ainsi Dieu punist les forfaitz de ioing, secrettement, sans qu'on s'en donne garde. »
Charles IX venait d'en faire la triste expérience.
La mort de « Madame » (1).
M. Frantz Funck-Brentano, dans son beau livresurLe Dmme-des poisons, a bien voulu intituler un des chapitres : « la. mort de madame, en collaboration avec M. le professeur Brouardel et le D'' Legendre. » Je l'en remercie, mais je dois avouer que je n'ai participé à la rédaction que pour les paragraphes dans lesquels sont discutées les indications que l'on peut tirer des lésions relevées sur le cadavre.
Je lui emprunte le récit complet de cette affaire, qui a passionné tous ceux qui s'en sont occupés.
Nous allons exposer de la manière la plus simple et la plus précise que nous pourrons les circonstances de la mort de Madame, et déjà l'on verra de ce seul récit se dégager l'un des faits que nous voulons établir, à savoir que Madame n'a pu être empoisonnée.
Henriette d'Angleterre, « plus comparable au jasmin qu'à la rose, très maigre, délicate, un peu bossue — elle n'en était pas moins agréable, — épuisée, non seulement de quatre couches successives, mais de la vie à outrance qu'on menait alors à la cour, ne se soutenait, dit fort bien M. de Boislisle, que par cette grâce d'état qui est l'apanage des femmes nerveuses ». Dès 1664, Gui Patin écrit (2) : « Madame la duchesse d'Orléans s'est trouvée mal à Villers-Coterets, son médecin l'a mise au lait d'ânesse. » Il est donc présumable que Madame souffrait de l'estomac. « Le roi, écrit Hugues de Lionne à Colbert de Croissy (3), nous dit qu'il y avait plus de trois ans qu'elle se plaignait très souvent d'un point de côté qui l'obligeait à se coucher par terre des trois et quatre
(1) Frantz Funck-Brentano, Le Drame des pozsons, librairie Hachette, p.2Gl, 4" édit.
(2) Gui Patin, Lettres, édition RéveiUé-Parise. Paris, 1846, t. III, 484- 85. Lettre du 2G sept. 1664.
(3) Lettre de juiUet 1670, publiée par Mignet op. cit., III, 212.
2!)8 i^lfeCES ANNEXES.
heures, sans pouvoir trouver de repos dans aucune posture qu'elle se mit. » Madame ressentait constamment une douleur à la hauteur de l'estomac, à une place fixe. « Elle se plaignait, en outre, écrit l'abbé Bourdelot, d'un feu et douleur cruelle, non du ventre, mais de l'estomac jusqu'à la gorge. » Elle avait de continuelles envies de vomir. « Le plus souvent, elle ne pouvait se nourrir que de lait et restait au lit des journées entières. »
De ces indications, nous dit M. le D-' Paul Le Gendre, ressort que Madame soulTrait d'une inflammation chronique de l'estomac, d'une gastrite. Les procès-verbaux d'autopsie montrent, en outre, que Madame était atteinte de tuberculose du poumon, et il n'est pas rare que ces deux états morbides coexistent (1).
Durant le voyage qu'elle fit en Flandre avec le roi et Monsieur, avant son départ pour l'Angleterre, la mine de la jeune princesse parut elTrayante. « Elle avait été réduite à prendre du lait, écrit Mme de La Fayette, et se relirait chez elle dès qu'elle descendait de carrosse et la plupart du temps pour se coucher... Un jour que l'on parlait d'astrologie, Monsieur avait dit qu'on lui avait prédit qu'il aurait plusieurs femmes; qu'en raison de l'état où était Madame, il avait raison d'y ajouter foi (2). »
Madame revint d'Angleterre le 18 juin. Son état s'était extrêmement empiré. Le lendemain, elle garda le lit (3). « Elle entra chez la reine, écrit Mlle de Montpensier, comme une morte habillée, à qui on aurait mis du rouge, et, comme elle fut partie, tout le monde dit, et la reine comme nous : « Madame a la mort peinte « sur son visage (4). » — « Le 24 juin de l'année 1680, écrit Mme de La Fayette, huit jours après son retour d'Angleterre, Monsieur et elle allèrent à Saint-Cloud. Le premier jour qu'elle y alla, elle se plaignit d'un mal de côté et d'une douleur dans l'estomac à laquelle elle était sujette. Néanmoins, comme il faisait extrêmement chaud, elle voulut se baigner dans la rivière. M. Yvelin, son premier médecin, fit tout ce qu'il put pour l'eu empêcher; mais quoi qu'il pût dire, elle se baigna le vendredi (27 juin), et le samedi, elle se trouva si mal qu'elle ne se baigna point. » — « J'arrivai à Saint-Cloud, dit Mme de La Fayette, le samedi à dix heures du soir. Je la trouvai dans les jardins. Elle me dit que je
(1) M. le D'' Cabanes attache une grande importance îi ce fait que nous avions, grâce aux observations de M. le Paul Legendre, précédemment établi.
(2) Ces détails donnés par Mme de La Fayette sont exactement confirmés par les mémoires de Mlle de Montpensier.
(3) Mémoires de iJi!'*-' de Monlpcnsier, coUationnés sur le manuscril autographe par A. Chéruel, Paris, 1856-5'J, 4 vol. in-I2, lY, 13?.
(4) Ibid., IV, W.
LA MORT DE « MADAME ». -i-^y
lui trouverais mauvais visage et qu'elle ne se portait pas bien. Elle avait soupé comme à son ordinaire, et elle se promena au clair de lune jusqu'cà minuit. »
Les lignes qui précèdent, où chaque détail est de grande importance, ont été laissées dans l'ombre par les historiens qui ont conclu à l'empoisonnement.
« Le dimanche, 29 juin, à dîner, Madame mangea comme à son ordinaire, et, après le dîner, elle se coucha sur des carreaux, ce qu'elle faisait assez souvent quand elle était en liberté. Elle m'avait fait mettre auprès d'elle, dit Mme de La Fayette, en sorte que sa lête était quasi sur moi. Un peintre anglais peignait Monsieur; on parlait de toutes sortes de choses et, cependant, elle s'endormit. Pendant son sommeil, elle changea si considérablement qu'après l'avoir longtemps regardée, j'en fus surprise et je pensai qu'il fallait que son esprit contribuât fort à parer son visage, puisqu'il la rendait si agréable quand elle était éveillée et qu'elle l'était si peu quand elle élait endormie. J'avais tort néanmoins de faire cette réflexion, car je l'avais vue dormir plusieurs fois et je ne l'avais pas vue moins aimable. Après qu'elle fut éveillée, elle se leva du lieu où elle était, mais avec un si mauvais visage que Monsieur en fut surpris et me le fît remarquer. Elle s'en alla ensuite dans le salon, oti elle se promena quelque temps avec Boisfranc, trésorier de Monsieur, et, en lui parlant, elle se plaignit plusieurs fois de son mal de côté. »
Nous arrivons au moment où. aurait été commis l'empoisonne-, ment ; on voit déjà que ce moment arrive trop tard.
« Monsieur descendit pour aller à Paris. Il trouva Mme de Meckelbourg sur le degré et remonta avec elle. Madame quitta Boisfranc et vint à Mme de Meckelbourg. Comme elle parlait à elle, Mme de Gamaches lui apporta, aussi bien qu'à moi, dit Mme de La Fayette, un verre d'eau de chicorée qu'elle avait demandé il y a quelque temps. Mme de Gourdon, sa femme d'atours, le lui présenta. Elle le but et, en rémettant d'une main la tasse sur la soucoupe, de l'autre elle se prit le côté et dit, avec un ton qui marquait beaucoup de douleur : « Ah! quel point de côté! Ah! quel mal! je n'en puis plus. »
« Elle rougit en prononçant ces paroles et, dans le moment d'après, elle pàlit d'une pcàleur livide qui nous surprit tous ; elle continua de crier et dit qu'on l'emportât, comme ne pouvant plus se soutenir. Nous la prîmes sous les bras; elle marchait à peine et toute courbée; je la soutenais pendant qu'on la délaçait. Elle se plaignait toujours et je remarquai qu'elle avait les larmes aux yeux. J'en fus étonnée et attendrie, car je la connaissais pour la
300 PlteES ANNEXES.
personne du monde la plus patiente. Je lui dis, en lui baisant les bras que je soutenais, qu'il fallait qu'elle souffrît beaucoup; elle me dit que cela étaitinconcevable. On la mit au lit, et sitôt qu'elle y fut, elle cria encore plus fort qu'elle n'avait fait et se jeta d'un côté et de l'autre comme une personne qui souffrait infiniment. On alla en même temps chercher son premier médecin, M. Esprit ; il vint et dit que c'était la colique et ordonna les remèdes ordinaires à de semblables maux. Cependant les douleurs étaient inconcevables. Madame dit que son mal était plus considérable qu'on ne pensait, qu'elle allait mourir, qu'on lui allât quérir un confesseur. »
La jeune femme se croyait empoisonnée. On lui apporta, en manière de contrepoison, de l'huile et de la poudre de vipère, ce qui la fit vomir.
Après quelques heures d'une affreuse agonie, Henrielle d'An glelerre expira, exhortée par Bossuet.
Madame montra vis-à-vis de la mort une grandeur d'àme dont tous ceux qui l'ont approchée ont rendu un témoignage ému. « Madame fut douce envers la mort, dit Bossuet, comme elle l'était avec tout le monde. Son grand cœur ni ne s'aigrit, ni ne s'emporta contre elle. Elle ne la brava pas non plus avec fierté, contente de l'envisager sans émotion et de la recevoir sans trouble. »
Ce simple récit des faits suffirait à infirmer l'opinion d'après laquelle Mme Henriette serait morte empoisonnée. Les observations qui suivent contribueront à lui enlever tout crédit. Les écrivains sont unanimement d'accord sur ce fait que Madame n'a pu être empoisonnée que par le verre d'eau de chicorée qui lui fut présenté par Mme de Gamaches: Or, dès que les soupçons s'éveillèrent dans l'esprit de Madame et parmi son entourage, c'ost-ùdire dès le premier moment. Monsieur commanda de donner de de cette eau à un chien ; Mme Desbordes, femme de chambre de la princesse, et qui lui était toute dévouée, lui dit qu'elle avait fait l'eau et en but; Mme de Meckelbourg en but également (1). Force est donc de reconnaître que la fameuse eau de chicorée ne pouvait être empoisonnée. M. J. Lair, avec son esprit net et vigoureux, a bien analysé la scène (2) : « La tisane, dont tant de personnes burent, était saine ; c'est la tasse qu'il eOit fallu examiner. >. « Les détails donnés par Mme de La Fayette et par d'autres, écrit M. de Boislisle (3), excluent l'idée de poison versé dans l'eau
(1) Mémoires de M^o de La Fayette et Lettre de Bossuet. (•2) J. Lair, Louise de La Valliere et la Jeunesse de Louis XIV. Pans, 1881, in-80, p. 241.
(3) Boislisle, Op. cit., VIII, 047 .
LA MOUT DE «MADAME». 301
même - aussi Mme Palatine dit-elle que l'on avait empoisonné, non pas l'eau, ni le pot non plus, mais la tasse réservée à la princesse el dont personne n'eût osé se servir. » . , , . .
Il est certain que les empoisonneurs du xvii-^ siècle cherchaient à préparer les gobelets el tasses d'argent de manière à empoisonner les personnes qui, dans la suile, s'en serviraient. Fréquentant chez la Voisin, la Bosse, la Chéron, la Vigoureux, les sorcières les plus renommées de l'époque, nous trouvons un certain Fr. Belot, garde du corps du roi, de la compagnie de Noailles, qui avait, effectivement, celte spécialité et en tira de jolis revenus — jusqu'au jour où ce commerce le conduisit en place de Grève, oii il fui roué le 10 juin 1679. Voici comment il procédait : « Il gorgeait un crapaud d'arsenic, le plaçait dans un gobelet d'argent, puis, en le piquant à la tête, le faisait uriner el enfin l'écrasait dans le gobelet. » Sur cette belle opération il prononçait des formules magiques. — « Je sais un secret, disait Belot, lel qu'en accommodant une tasse avec un crapaud et ce que j'y mets, si cinquante personnes venaient à y boire après, encore qu'elle fût lavée et rincée, elles crèveraient toutes, et que la tasse ne se pourrait après clésempoisonner qu'en la jetant dans le feu ardent. Après avoir ainsi empoisonné la tasse je n'en ferais pas l'essai sur un chrétien, mais sur un chien, et je ne confierais la tasse à personne. » Mais il arriva qu'un client de Belot, plus sceptique, fit boire un chien dans la tasse préparée et constata que l'animal ne s'en porta pas plus mal ; il en fil même au magicien une scène violente, lui reprochant que sa marchandise ne valait rien. Belot parla franchement aux commissaires de la Chambre ardente : « Je sais que le crapaud ne peut faire de mal à personne; ce que j'en faisais avec les tasses et les écuelles d'argent, c'était pour attraper les tasses et les écuelles. » Son art n'en jouissait pas moins d'une réputation fortement établie. A la même date, le magicien Blessis passait pour savoir accommoder les miroirs de façon que toute personne qui viendrait à s'y regarder fût frappée de mort (1).
Ces faits apparaissent comme des enfantillages sous un examen scientifique. La connaissance que l'on avait au xvii'= siècle des poisons se bornait à l'arsenic, à l'anlimoine et au sublimé; elle ne permettait pas d'empoisonner une tasse de manière à provoquer une mort foudroyante sans que la personne appelée à s'en servir s'aperçût, au moment de boire, de la présence du poison. L'opinion de M. le professeur Brouardel est, sur ce point, formelle, et,
(I) Ces faits, d'après les documents provenant du procès de la Chambre ardente conservés à la Bibliothèque de l'Arseual, Archives de la Bastille, mss 10 338-359.
PI f: CES ANNEXES.
quelque convaincu qu'il soit de l'empoisonnement de Madame, M. le D'' Légué doit reconnaître que l'iiistoire de la tasse est à faire sourire tout homme compétent.
La conclusion est que, Madame n'ayant pu être empoisonnée, ni par l'eau qu'elle but, ni par la tasse qui contenait celte eau, n'a pas pu être empoisonnée du tout.
« On a ouvert son corps (i), écrit Bossuef, avec un grand concours de médecins, de chirurgiens et de toutes sortes de gens, à cause qu'ayant commence à sentir des douleurs extrêmes en buvant trois gorgées d'eau de chicorée, que lui donna la plus intime et la plus chère de ses femmes, elle avait dit d'abord qu'elle était empoisonnée. » Dans la même pensée, l'ambassadeur d'Angleterre assista à l'opération avec un médecin et un chirurgien anglais.
Après avoir fait voir que Madame ne pouvait avoir été empoisonnée, il reste à établir de quel mal elle est morte. Notre tâche est simplifiée par la merveilleuse étude de Littré (2) démontrant que Madame succomba à une péritonite suraiguo, conséquence inévitable et immédiate d'une perforation, par ulcère simple, de l'estomac. Cette étude, nous dit le D»" Paul Le Gendre, est le plus bel exemple que l'on puisse citer d'une démonstration médicale rétrospective. Nous l'avons sous les yeux; mais nous la trouvons résumée sous la plume du plus pur écrivain de ce temps, M.Anatole France, qui voudra bien nous autoriser à lui faire cet emprunt.
« Littré, fort des observations de la médecine, n'hésite pas à diagnostiquer l'ulcère simple de l'estomac (3), que le professeur Cruveilhier fut le premier à décrire (4), et que les médecins de Madame ne purent reconnaître puisqu'ils ne le connaissaient pas. Il est certain que, depuis quelque temps, Madame, après ses repas, souffrait de l'estomac. Le liquide qu'elle prit le 29 juin détermina la perforation de la paroi ulcérée. De là cette cruelle douleur au côté, puis la péritonite que nous avons constatée. Les médecins qui ouvrirent le corps trouvèrent, en effet, que l'estomac était percé d'un petit trou; mais comme ils ne pouvaient
(1) Dans la soirée du 30 juin. L'opération fut commencée à 8 heures.
(2) Publ. dans le volume intitulé Médecine et Médecins. Paris, 1872, iu-8, p. 429-74. Cette étude avait paru précédemment dans la Plnlosopliie positive, sept.-oct. 1867.
(3) A.ussi appelé « ulcère rond » ou « ulcère perforant »; appelé « ulcère simple » pour le distinguer de l'ulcère caucéreux.
(4) En 1830. L'ulcère simple est aussi, de ce fait, souvent appelé maladie de Cruveilhier.-
LA MORT DE « MADAME »
s'expliquer l'origine patliologique de ce trou, ils s'imaginèrent — après coup — qu'il avait été fait par mégarde pendant l'autopsie, « sur quoi, dit le chirurgien du roi d'Angleterre, je fus seul qui fis instance ». L'incident est rapporté de la manière suivante par l'abbé Bourdelot : « Il arriva par mégarde, lors de la dissection, que la pointe du ciseau fit une ouverture à la partie supérieure du ventricule, sur laquelle ouverture beaucoup de gens se récrièrent demandant d'où elle venait. Le chirurgien dit qu'il l'avait faite par mégarde et M. Vallot dit qu'il avait vu quand le coup avait été donné. »
Liltré objecte avec raison qu'il est difficile de faire, par mégarde, une incision avec une pointe de ciseaux — il ne s'agit pas d'un bistouri — dans une membrane résistante et distendue comme l'estomac dans une autopsie. L'illusion des médecins qui assistèrent à l'ouverture du corps de Madame s'explique d'autant mieux que, dans cette lésion, maintenant connue, les bords du pertuis sont d'une netteté et d'une propreté parfaites, très réguliers, en sorte que le trou semble fait d'une manière artificielle. Jaccoud signale « la délimitation très nette de l'ulcère, l'absence d'inflammalion et de suppuration périphérique (1) ». — « La section des tissus, écrit M. Bouveret (2), est tellement nette que, suivant une comparaison classique, l'ulcère paraît comme taillé à l'emporte-pièce. » La dimension en varie d'une lentille à une pièce de cinq francs.
M. Anatole France explique fort bien quel étail, en cette occasion, l'état d'âme des médecins qui rédigèrent le procès-verbal d'autopsie : « Les médecins français tremblaient de trouver dans les entrailles de la princesse les indices d'un crime dont le soupçon eût atteint la famille du roi. Ils craignaient même tout ce qui prêtait au doute, et, par cela même, à la malveillance. Sachant que la moindre incertitude sur la cause de la mort ou l'état du cadavre serait interprétée par le public dans un sens qui les perdrait, ils avaient pour lout expliquer la raison de l'intérêt et le zèle de la peur. Or, dans l'impossibilité où ils étaient de rapporter à un type pathologique normal une lésion inconnue à tous et suspecte peut-être à quelques-uns (3), ils avaient grand avantage à expliquer par un accident d'aulopsie cette plaie énigmatique.Et
(1) Jaccoud, Pathologie, t. II, 1877, p. 159.
(2) Bouveret, Traité des maladies de V estomac, 1893, p. 230.
(3) Le passage suivant du journal d'Olivier d'Orraesson donne une grande force à la supposition de M. Anatole France : « Le rapport des médecins montra l'estomac entier, d'où l'on conclut que ce n'était pas poison, car l'estomac aurait été percé et gâté ». Il, 594.
304 PIÈCES ANNEX.ES.
l'on comprend qu'ils crurent naturellement ce qu'ils désiraient croire. Les chirurgiens anglais, aussi ignorants qu'eux, acceptèrent leur raison faute d'en trouver de meilleure. » — « Lefaitest, dit Littré en concluant, qu'on devait trouver un trou et qu'on le trouva; toute contestation tombant devant ces trois choses: l'invasion subite du mal, la péritonite et la présence de l'huile — et de la bile, ajoute le D'' Paul Le Gendre — que les procès-verbaux d'autopsie montrent dans le bas-ventre. » On trouva, en effet, répandue dans le bas-ventre, une matière que les rapports des médecins français quaUBent de grasse comme de Vhuile (1). C'en était, en eCfet. C'était l'huile que Madame avait bue comme contrepoison et qui s'était épanchée hors de l'estomac.
Aussi bien, en supposant même — contre toute vraisemblance — que ce Irou eût été réellement fait par mégarde par le jeune Félix, qui fut l'opérateur, tous les détails connus de la santé de Madame avant la mort et les détails révélés par l'autopsie sont si concluants en faveur du diagnostic d'ulcère simple terminé par perforation, qu'on serait conduit à admettre qu'il devait exister, sur un autre point de la paroi de l'estomac, un autre petit trou ayant échappé à l'observation des médecins et des chirurgiens qui regardaient l'autopsie, ce qui n'offrirait rien de surprenant, car leur attention n'était pas sollicitée sur ce point. On pourrait encore supposer que les ciseaux de Félix, s'ils avaient vraiment traversé la paroi de l'estomac par mégarde, n'auraient fait qu'agrandir la perforation spontanée déjà existante. 11 faut, en effel, tenir compte de l'état de ramollissement putride oiî devaient se trouver les organes, le cadavre étant demeuré exposé pendant toute une ournée de grande chaleur. (Paul Le Gendre.)
« En résumé, avant le 29 juin, douleurs gastriques causées par l'ulcération ; le 29, déchirure de l'ulcéralion et péritonite suraiguë. » La péritonite est d'ailleurs nettement caractérisée par les procès-verbaux.
(l) Le rapport du médecin anglais, Chamberlain, dit en propres termes que c'était de l'huile. « Le bas-ventre était rempli d'une humeur biUeuse et de rhuile flottait dessus. » Publ. par Everett-Green, Uves of princesses of England, VI, 589. Cette observation est importante parce crue M le D"- Légué conteste Topinion de Littré. <■ Littré prétend que les médecins ont constaté la présence de l'huile; mais c'est parce qu il profite de l'équivoque à laquelle prête une phrase du rapport de 1 autopsie • « ... toute la capacité pleine d'une substance sanieuse, putride, « iaunàtre, aqueuse et grasse comme de Vhuile ». Franchement, n est-ce pas là donner au texte une signification qui, certainement, n est jamais entrée dans l'esprit des médecins? » {Médecins et Empoisonneurs, p. 255-56.) Le D'' Légué, pas plus que Littré, d'ailleurs, na connu les rapports publiés en anglais par Mrs Everett-Green.
LA MORT DE « MADAME >>
Telles sont les conclusions de Liltré ; M. le D"" Paul Le Gendre, avec sa haute compétence, nous les confirme sans liésilation, ainsi que M. le professeur Brouardel, qui nous fait l'honneur de nous écrire : « En admettant une ulcération de l'estomac, tous les phénomènes se déroulent d'une façon classique ».
Si nous nous reportons aux travaux de l'illustre Cruveilhier qui, le premier, donna la description de l'ulcère simple, nous y trouvons, par une coïncidence intéressante, dans le cas même qu'il présente comme le cas type, les rapports les plus étroits avec la maladie de Madame, et une preuve nouvelle de la justesse de l'opinion de Littré (1).
« Or, les accidents rapidement mortels, écrit Cruveilhier (2), qui sont la suite de la perforation de l'estomac, survenant brusquement et, quelquefois, immédiatement après l'ingestion d'aliments ou de boissons, la question d'empoisonnement a été soulevée un assez grand nombre de fois. Je n'ai jamais vu de cas plus remarquable à cet égard que celui d'un charbonnier, âgé de vingt-trois ans, d'une force athlétique, qui, chargé d'un sac de charbon, boit un verre de vin en passant devant un cabaret : il continue sa route, mais, au bout de quelques minutes, il est pris de douleurs atroces, reçoit chez lui les premiers soins, est apporté mourant le lendemain matin à la Maison de santé du faubourg Saint-Denis, présente tous les caractères d'une péritonite parperforatioii, et meurt trois heures après son entrée à l'hôpital, avec toute la plénitude de son intelligence. J'avais pu recueillir de sa bouche un précieux renseignement, c'est qu'il souffrait de l'estomac depuis plusieurs mois et que ses digestions étaient très laborieuses. La corporation des charbonniers, persuadée que leur camarade était victime d'un empoisonnement, et que la cause de cet empoisonnement était le verre de vin pris immédiatement avant l'invasion des accidents, décida qu'elle devait intenter une action judiciaire contre le marchand de vin, ei, dans ce but, elle voulut que l'autopsie fût faite en présence d'une députation de leur corps. C'était un cas de perforation spontanée par ulcère simple de l'estomac. »
L' « expertise » de Littré, pour reprendre l'expression dont il
(1) Le cas cité par Cruveilhier a des rapports beaucoup plus frappants que celui qui est cité par Littré, d'après la description du savant allemand Ludwig Muller, où il est dit que l'accident a eu lieu chez la malade « pour s'être baissée par hasard et avoir fait quelque mouvement ».
(2) Cruveilhier, Archives générales de médecine, année 1856, 1™ partie, p. 155-56.
P. BnouABDEL. — Les Empoisonnements. 20
306 PiftCES ANNEXES.
qualifie lui-même son travail, se confirme donc de toutes manières.
Loiseleur (1) a cru devoir lui reprocher la rareté du cas. Ce n'est pas un argument ; le cas peut être rare et avoir été celui de Madame. Encore Loiseleur exagère-t-il beaucoup. Brinton estime que la perforation de l'estomac, en cas d'ulcère simple, se produit treize fois et demie sur cent, et qu'elle est plus commune chez la femme au-dessous de trente ans (2). Madame en avait vingt-six.
Loiseleur admet bien la péritonite, mais ce serait une péritonite survenue à la suite d'un refroidissement. « Pourquoi, écrit-il (3), Liltré passe-t-il absolument sous silence la fin de la phrase (de Mme de Lafayette), bien autrement grave et significative que le commencement : « Néanmoins il faisait extrêmement chaud, « elle voulut se baigner dans la rivière. M. Yvelin, son premier « médecin, fit tout ce qu'il put pour l'en empêcher ; mais, quoi qu'il (( pût dire, elle se baigna le vendredi, et le samedi elle s'en trouva « si mal qu'elle ne se baigna point », et plus loin : « ... elle se pro- « mena au clair de lune jusqu'à minuit. » Il n'y a qu'un malheur pour la théorie de Loiseleur, mais ce malheur est grand : la péritonite primitive, c'est-à-dire se produisant comme maladie première, et, en particulier, la péritonite par refroidissement, que Loiseleur veut substituer à la maladie de Cruveilhier, diagnostiquée par Liltré, n'est plus admise par la science moderne. « Les derniers cas que l'on a cru pouvoir en citer, dit M. le D-" Paul Le Gendre, éiaient des perforations de l'appendice. »
Venons enfin à l'ouvrage de M. le D-- Légué (4), oh la partie la plus importante est occupée par une étude minutieuse des circonstances qui entourèrent la mort de Madame. M. Légué conclut à l'empoisonnement parle sublimé, qui aurait été versé dans la fameuse eau de chicorée. Son étude est intéressante, comme le livre tout entier, mais les conclusions croulent sous les constatations suivantes :
,1» « Si l'eau de chicorée, nous fait l'honneur de nous écrire M. le professeur Brouardel, avait contenu une dose même minime de sublimé. Madame aurait repoussé le verre après la première gorgée. Le sublimé a un goût révoltant. A dose médicamenteuse (1 gramme pour un litre), le goût est atroce. »
Madame, depuis plusieurs jours, prenait de l'eau de chicorée
(1) Loiseleur, le Temps, 3 nov. 1872.
(2) Légué, Médecins el Empoisonneurs.
(3) Bouveret, Traité des maladies de l'eslomac, p. 2G7. 4) Loiseleur, le Temps, 3 nov. 1872»
LA MORT DE <( MADAME ». 307
tous les soirs, et ce soir elle la but comme de coutume.
2° << Pour tuer une personne, poursuit M. le professeur Brouardel, il faut au moins 12 ou 15 centigrammes. Cette dose correspond h une quantité de solution représentant environ 200 grammes de liquide. II semble impossible de l'ingérer sans être arrêté par une vive répugnance. »
Madame ne but certainement pas 200 grammes de son eau de chicorée, elle en prit à peine quelques gorgées.
3° « L'empoisonnement par le sublimé, écrit M. Brouardel, produit des lésions de la muqueuse stomacale qui n'auraient pu échapper aux médecins qui ont fait l'autopsie. »
Nous avons cinq procès-verbaux d'autopsie qui sont unanimes à constater que l'estomac — à l'exception du petit trou dont nous avons parlé — était en bon état.
Enfin, 4°, les faits sur lesquels M. le Légué s'appuie (1) pour diagnostiquer l'empoisonnement par le sublimé et qu'il emprunte au rapport de l'abbé Bourdelot, se sont produits, non pas après l'absorption de la tasse de chicorée, qui, d'après M. Légué, aurait empoisonné Madame, mais avant. En transcrivant dans son livre le rapport en question, M. Légué a omis par distraction le passage : « Il y a apparence qu'il y avait longtemps que cette bile se couvait... ,>, où l'on voit clairement que dans les lignes qui suivent l'auteur parle d'un étal bien antérieur à la crise fatale. L'argumentation de M. Légué ne se soutient donc d'aucune façon. L'historien peut enfin faire observer que la fille de Madame Marie-Lomse, la jeune reine d'Espagne, mourut en 1689, à peJ près au même âge que sa mère, après avoir bu une tasse de lait glace (2), et à cette occasion se répandirent également des bruits de poison.
Quand Charles II, frère de Madame, mourut, lui aussi, d'une manière brusque, on parla encore d'empoisonnement, et quand la petite-fille de Madame, la jeune et gracieuse duchesse de Bour^ gogne, fut frappée du mal qui l'enleva, on crul encore au poison.
Deja lorsque la mère de Madame, Henriette-Marie de France veuve de Charles I"d'Angleterre, était morte le 10 septembre 1669' dans sa maison de campagne de Colombes, on avait accusé son médecin Vallot de l'avoir empoisonnée, par inadvertance, en lui donnant des pilules à base d'opium.
nn!:-n ~ ^fo'-a^on l'estomac est-elle un des accidents possibles de 1 intoxication par le sublimé? Si elle se produit,
(1) Légué, p. 247 et p. 2G0.
(2) Revue historique, 1894, t. LVI, p. 25a.
est-ce dans les premières heures après l'ingestion ou plus tard?
C'est là une question que j'aurais dû me poser avant de répondre à M. l'^antz Funck-Brentano. Comme mes devanciers, i'ai accepté la tradition et n'ai pas vérifié les textes.
En relisant les cinq observations d'intoxication par le sublime, que i'ai personnellement recueillies, à la suite de méprises accidentelles ou de suicide, et en constatant que, dans aucune d elles il n'y avait eu perforation, j'ai été pris de scrupule, j ai chercbé dans les auteurs la confirmation des opinions régnantes, je n ai trouvé qu'un cas, celui de Taylor, déjà cité par Tardieu.
Si la perforation survient pendant le cours de l'intoxication par le sublimé, elle est donc excessivement rare.
Tardieu écrit (1) : « Enfin, tout à fait exceptionnellement, 1 estomac peut être perforé. Taylor en cite un cas ; c'est le seul dont, a ma connaissance, il soit fait mention. »
Hugounenq (2) ne fait pas allusion à la possibilité de cet accident. Von Jaksch (:») : « Si l'empoisonnement ne date que de quelques heures on ne trouve que les signes typiques dune gastnte oxiqu le diagnostic ne saurait être fait que d'une manière Sa , et on peut dire que l'individu a succombé à un empo,- So^neme'nt par Su sel caustique. Mais lorsque plusieurs heures se sont écoulées, etc. » Von Jaksch ne parle pas de perforation Masclika (4i parle de la possibilité de la perforation de lesto-
"-ZlZn^:::'':^^^- de cette perforation, mais
" U^^SL^ sSSi ulcérations polymorphes de la muqueuse dp l'estomac, mais ne parle pas de perforalion. 'VelTai'trouvé d'Lemple ^ ^l'^^^^^^; ^ dans le Fortschritte de Friedlander, m dans 1 Atlas de Léser, dans celui de Hofmann, Brouardel et Vibert.
. Arautopsie.éori.M. Ogier (7!. dans l'-'™rolnralions rouBes plus ou moins marquées, des suffusions sa guines ecchymoses! u>cérations ; la pertoraUon de l'orgaue. a elc rarement observée. »
(1) Tardieu, Elude médico-légale sur l'empoisonnement, p. 569, 1867 2« édit., 1875, p. 665. .
(2) Hugonnenq, Trailé des poisons, 1891.
(3) Von Jaksch, Die Vergiflungen, 1895.
4 Maschka, Encyclopédie de '«^'^f /^^.f ^«Jl-
g ^?r.ï':ri«<,»e de Broua.de,, ou-
bert et Girode, t. 111, p. ^8, 189i.
(7) Ogier, Traité de chimie toxicologique, p. 395, ISJa-