BAGUE AYANT PU SERVIR A EMPOISONNER
M. Viberl (i) dit: « Dans les cas de suicide surtout, l'on a assez souvent l'occasion d'observer de graves lésions de l'estomac. La muqueuse est très congestionnée, tuméfiée, de manière à former des plis volumineux; elle est parsemée d'ecchymoses plus ou moins étendues et d'escarres... Les escarres se détachent quelquefois très vite, laissant à leur place des ulcérations qui dépassent rarement la couche sous-muqueuse. » M. Vibert ne parle pas de perforation.
Il reste donc un seul cas, celui de Taylor. Voici le texte du médecin anglais (2) : « La perforation de l'estomac est rare comme effet de ce poison (le sublimé corrosif); on n'en a rapporté, je crois, qu'un cas. »
Je ne voudrais pas conclure que dans l'intoxication par le sublimé il n'y a pas de perforation' de l'estomac. De l'ensemble des observations publiées il me semble établi qu'il n'y a pas de perforation dans les premières heures qui suivent l'ingestion du poison (vingt-qualre à quarante-huit heures); mais il est possible que les ulcérations de la muqueuse de l'estomac résultant de l'ingestion de la solution du sublimé soient suivies, au moment du travail d'élimination, d'une perforation qui ne pourrait guère survenir avant le quatrième ou cinquiènie jour.
Nous sommes loin des hypothèses soulevées à l'occasion de la mort de Madame.
Bague ayant pu servir à empoisonner Par M. Gaillard, de la Dionnerie (3).
M. Gaillard de la Dionnerie fait la communication suivante, à la Société des antiquaires de l'Ouest, de Poitiers :
J'ai l'honneur d'offrir à la Société une photographie reproduisant, dans sa grandeur exacte, une bague ayant pu servir à empoisonner; jusqu'àprésent, je n'ai pas vu signaler un bijou semblable.
« J'en ai fait l'acquisilion, au cours de l'année 1878, dans une ville de Normandie, et le marchand me céda, en même temps, une remarquable paire de pistolets à vent remontant au dernier siècle, mais de fabrication étrangère. Il me déclara tenir ces divers
(1) Vibert, Précis de toxicologie, p. 232, 1900.
(2) Taylor, Médecine légale, trad. de Coutagne. Paris, 1881, p. I-IS.
(3) Séance du 11 avril 1889, extrait du procès-verbal. Je reproduis celte communication, en ajoutant que cette bague pouvait également servir à répandre des parfums.
PiftCES ANNEXES.
objets d'une dame d^origine ilalieniie qu'il me nomma et qui habitait, me dit-il, les environs.
« Le corps de l'anneau est formé par une baguette creuse en argent, ayant une petite ouverture dissimulée entre les deux pierres qui ornent le chaton. A la partie opposée se trouve une seringue en laiton faisant corps avec l'anneau et communiquant, de chaque côté, avec l'intérieur de la baguette, de telle sorte que, lorsqu'on presse le piston, le liquide contenu dans la seringue jaillit aussitôt entre les deux pierres du chaton.
« Le diamètre intérieur de cette bague est de 2 centimètres, ce qui permet à un homme de la porter au petit doigt de la main gauche. En la fermant, il cache complètement la seringue, dont il peut cependant faire jouer en même temps le piston, en le pressant avec la base du pouce de la même main. Une femme, munie d'un mouchoir de poche, dissimulera plus facilement encore ce dangereux instrument à l'aide duquel on peut, au cours d'un repas, verser adroitement le poison dans les aliments ou le breuvage offert à la personne dont on veut causer la mort.
« Les deux pierres du chaton sont fausses et sans éclat, sans doute pour ne pas attirer l'atlention. L'empoisonneur avait peut-être aussi la précaution de porter habituellement une autre bague dépourvue de seringue mais absolument semblable, pour le reste, à celle que j'ai fait photographier. La seringue amorcée et garantie par un écrin devait être cachée dans une poche ; au moment opportun, l'échange des deux bagues pouvait se faire rapidement d'une seule main; puis, le crime accompli, l'empoisonneur s'empressait de reprendre sa bague ordinaire.
« Le réservoir cylindrique a 7 millimètres de diamètre intérieur sur 22 de haut sans y comprendre l'espace occupé par le piston; ce bijou ne pèse que 8b'",S0.
(( Pour compléter cette description, je puis ajouter que la parlie supérieure de la seringue, dans laquelle glisse la tige du piston, recouvre le corps de la seringue, comme le couvercle d'un étui, sur une hauteur de 3 millimètres. Ce couvercle mobile se détache en le tournant; alors le crochet fixe qui en dépend se dégage de
Fig. 6. — Bague ayant pu servir à empoisonner.