Perchlorure de fer. — Pas de coloration bleue (morphine
7. Mélange à'acide sulfurique et de bichromate de potasse. — Pas de coloration violette (stryctuiine).
8. Mélange de sucre et d'acide sulfurique. — Pas de coloration verte (vératrine).
9. Solution éthérée d'iode ; pas d'aiguilles rouges (nicotine).
10. Mélange d'acide sulfurique et d'alcool, puis perchlorure de fer. — Pas de coloration verte (digitaline cristallisée).
Le liquide aqueux, résultant de l'épuisement par l'éther (p. 404), a été épuisé par l'alcool amylique, dans le but de rechercher spécialement la morphine qui pouvait avoir échappé au traitement par l'éther. Les réactions (sulfomolybdate, acide iodique, sulfosélénite, perchlorure de fer) ont été tout à fait négatives.
La totalité du résidu dont nous disposions ayant été employée aux divers essais que nous venons d'indiquer, il a fallu borner là nos expériences. Bien qu'elles puissent être complétées sur plus d'un point, ces expériences montrent cependant qu'il n'existait pas, dans les résidus examinés, de quantité appréciable des alcaloïdes suivants : morphine, codéine, narcotine, strychnine, brucine, colchicine, nicotine, digitaline, vératrine. En résumé, les réactions chimiques ont donné des résultats tout à faits nuls.
Les expériences physiologiques indiquent aussi l'absence de : vératrine, strychnine, brucine, digitaline.
D'autre part, on a vu (p. 405) que l'injection d'une petite portion du résidu à une grenouille, déterminait une exagération de l'amplitude des mouvements du cœur : c'est un caractère de l'àconiline : mais il ne conviendrait nullement de s'appuyer sur cette seule observation pour conclure à la présence de l'aconitine. En effet, les expériences de MM. Vibert et Lhote (1) ont montré que cet alcaloïde n'est pas le seul corps qui puisse produire cette réaction. D'ordinaire, dans l'intoxication par l'aconitine, le cœur de la grenouille présente une période d'ataxie, précédant la période d'amplitude (Bg. iO];ce quin'a pas été observé ici. Remarquons enfin qu'il faut être très réservé dans l'interprétation d'un résultat de ce genre, alors que les essais n'ont pas été répétés plusieurs fois : quel que soit le soin apporté à l'expérience, il peut arriver, par suile des mouvements de l'animal, qu'un très léger changement de la position du cœur entre les cuillerons qui le maintiennent, amène des modifications importantes dans la grandeur du tracé inscrit par le style.
En somme la présence de l'aconitine n'est aucunement démontrée, et nous n'avons là qu'une indication très grave; qui n'est corroborée ni par l'expérience i, faite sur le cobaye, animal cependant très sensible à l'aconitine, ni par la saveur de l'extrait (pas de fourmillement caractéristique de l'aconitine). Nous ne nous sommes pas arrêtés à l'étude des réactions chimiques de l'aconitine, réactions que nous avons toujours trouvées peu sensibles et peu probantes : mentionnons toutefois que l'acide sulfurique n'a point fourni la coloratien brune, puis violacée, qu'on observe avec certaines marques d'aconitine. En résumé :
I. L'autopsie du baron Jacques de Reinach n'a révélé l'existence d'aucune lésion à laquelle on doive nécessairement attribuer la mort.
Les organes étaient sains, à l'exception du cœur; celui-ci se trouvait dans un état qui justifie certaines réserves ; on sait, en effet, que le mauvais fonctionnement de cet organe est une cause fréquente de mort subite.
Parmi les accidents cardiaques pouvant entraîner la mort subite, les uns, tels que : rupture du cœur, anévrysme du cœur, oblitération des artères coronaires, thrombose cardiaque, affec-
(1) Lhote et Vibert, Aclion de l' aconiline sur le cœur d-; la grenouille [Annales d'hygiène publique el de médecine léqale, 3« série 1892, t. XXVIir, p. 144).
PlKCIîS ANNKXIÎS.
tions aoiliques et milrales, sont eu rapport avec des lésions que révèle l'aulopsie. Aucutie lésion de cet ordre n'ayant été observée dans le cas actuel, ces causes de mort doivent être écartées. Laissons encore de côté l'hypothèse d'une angine de poitrine, affection qui peut bien tuer dès le premier accès, mais qui détermine une angoisse très vive, force le malade à s'asseoir, l'oblige à appeler des secours ; circonstances qui ne semblent pas s'être produites lors du décès de M. de Reinach.
D'autres accidents, difQciles à reconnaître lorsque l'autopsie n'est faite que tardivement, doivent être signalés. — Rappelons que le cœur de M. de Reinach était gras; la paroi du ventricule droit était amincie et réduite presque à la moitié de l'épaisseur normale ; une partie de la substance musculaire, qui détermine les contractions cardiaques, était transformée en tissu adipeux; du fait de cette dégénérescence graisseuse, il pouvait résulter un fonctionnement défectueux des mouvements de diastole et de systole; dans ces conditions vicieuses de l'organe, un arrêt du cœur pouvait être particulièrement à craindre sous la forme d'une syncope. Il est donc légitime de dire que le baron de Reinach était plus exposé au danger de mort subite que ne l'aurait été une personne possédant un cœur de structure normale et sans trace de dégénérescence graisseuse.
Mais nous sommes bien loin de pouvoir affirmer que telle a été réellement la cause de la mort. Quelles que soient, en effet, les conditions dans lesquelles elle se produise, la syncope, qui consiste en un arrêt fonctionnel des mouvements cardiaques, ne laisse aucune trace qui puisse être appréciée par l'examen direct, ni même par l'examen microscopique. Dans la syncope, les cavités du cœur sont vides ; mais cette constatation n'est plus possible quand l'autopsie est pratiquée trois semaines après la mort; car, alors, par suite de la putréfaction, le sang a été expulsé du cœur et des vaisseaux, et le cœur est normalement vide.
II. La mort de M. de Reinach peut donc avoir eu une cause tout autre que celle dont nous venons d'indiquer seulement la possibilité; elle peut avoir été le résultat d'un empoisonnement : beaucoup de poisons, en effet, donnent la mort sans laisser sur le cadavre de traces appréciables à l'autopsie.
L'analyse chimique n'a révélé la présence d'aucune substance toxique à laquelle on doive attribuer la mort.
11 nous semble utile de préciser ici les résultats de cette analyse. Les recherches faites en vue de retrouver les composés métalliques, tels que : plomb, mercure, arsenic, antimoine, — recherches qui ne présentent pas de grandes difficultés même lorsque l'ana-
CAUSlîS UE LA MORT DU BARON DE REINACII. 409
Fig. 10. — Tracé dul^cœur d'une grenouille intoxiquée par l'aconitine cristallisée Duquesnel. - a, Avant l'injection ; b, c, d, e, f, période aataxie; période des pulsations ampliûées.
lyse est faite longtemps après la nfAort, — nous conduisent à affirmer que le décès du baron de Reinacli n'a pas été causé par un poison de ce genre. Quant aux poisons volatils ou facilement altérables (acide prussique, chloroforme, etc.), qu'on peut craindre de ne pas retrouver par l'analyse, lorsque celle-ci est pratiquée trop tardivement, nous dirons seulement qu'il n'en existe actuellement pas de traces dans les viscères, et que toute nouvelle recherche dirigée dans ce sens serait vaine.
Il nous reste à parler des poisons végétaux ou alcaloïdes. On a vu qu'il n'a été trouvé aucun indice formel de la présence d'un poison alcaloïdique. Mais nous devons faire remarquer que, soucieux de réserver une très grande partie des viscères en vue de nouvelles expériences qui pouvaient devenir nécessaires, nous avons opéré sur des résidus d'extraction fort peu abondants, et que par suite nos essais pourraient être étendus et complétés.
En reprenant ces essais avec la totalité ou la presque totalité de ce qui reste des viscères, on obtiendra des résultats plus certains ; et, s'ils concordent avec ceux de nos premières expériences, ils pourront être tenus pour probants. — Quant à présent, tout ce que nous devons dire, c'est que nous n'avons pas trouvé dans les viscères de traces des alcaloïdes les plus importants, a savoir : morphine, codéine, narcotine, brucine, colchici i e, strychmne, vératrine, nicotine, digitaline, acouitine.
Il importe de remarquer que, si l'analyse n'indique pas dans les viscères la trace d'un poison végétal, ce n'est pas une preuve absolue qu'un tel poison n'a pas été absorbé : il existe des alcaloïdes qui tuent à la dose de 2 à 3 milligrammes ; on conçoit les difficultés à peu près insurmontables que peut présenter la recherche d'une aussi minime quantité de substance, disséminée dans la masse énorme du cadavre, alors surtout que cette dose infiniment faible a été partiellement ou totalement transformée par son passage dans l'économie, en partie éhminee par les excrétions, altérée ou détruite par les phénomènes de la putréfaction. .
m. Pour reconnaître avec précision un empoisonnement par un alcaloïde, il faudrait encore pouvoir rapprocher des résultais fournis par l'analyse chimique un autre ordre de documents ; il faudrait connaître les accidents et phénomènes pathologiques qui ont précédé la mort. Dans le cas actuel, les documents de ce genre nous font à peu près complètement défaut Si nous nous en rapportons aux déclarations faites devant M. le juge d'instruction par la personne qui, la première, a vu M. de Reinach, mort dans son lit, le matin du 20 novembre i{^9-, le
défunt aurait été trouvé couché sur le dos, dans la position qu'il occupait d'ordinaire pendant son sofnmeil ; et la mort n'aurait été précédée ni de diarrhée, ni de vomissements, ni de phénomènes convulsifs qu'aurait révélés le désordre du lit ou l'attitude du cadavre.
Cette déposition serait plutôt de nature à faire écarter l'hypo- Ihèse d'un empoisonnement ; car, dans une intoxication aiguë, il y a presque toujours, peu de temps après l'absorption du poison, des phénomènes pathologiques tels que ceux que nous venons d'indiquer : parmi les poisons qui feraient exception à cette règle, on pourrait ciler l'opium et la morphine, et seulement dans des circonstances spéciales ; par exemple, dans le cas d'une injection hypodermique de morphine à dose élevée, pratiquée sur un individu déjà accoutumé à ce poison.
Conclusions. — Des expériences qui viennent d'être rapportées, il découle que nous ne pouvons déterminer d'une façon formelle quelle a été la cause de la mort du baron de Reinach. Toutes réserves étant faites sur les résultats que pourra donner une seconde série d'expériences, nous nous bornerons à dire :