CONTRE-EXPERTISE
M. le juge d'instruction nous commit de nouveau avec MM. Vulpian et Schiitzenberger dans les conditions que fait connaître l'ordonnance du juge.
« Attendu que les conclusions de l'expertise à laquelle il a été procédé par MM. Brouardel, Gab. Pouchet et Ogier, ont été communiquées à l'inculpé ;
« Attendu qu'il soutient qu'il n'a jamais donné de colcbicine ni uu aulre poison à sa femme;
« Attendu qu'il déclare vouloir accepter la proposition à lui faite de procéder à de nouvelles expériences sur les matières conservées ;
«Attendu qu'il désigne pour le représenter à l'expertise M. Schiitzenberger, professeur au Collège de France ;
« Attendu qu'en prévision d'un désaccord qui pourrait se produire, il y a lieu d'adjoindre aux premiers experts M. le professeur Vulpian;
« Commettons MM. Brouardel, Gab. Pouchet, Ogier; M. Schiitzenberger à la demande de l'inculpé, et M. Vulpian à l'effet de contrôler par de nouvelles expériences les résultats de la première expertise, et de répondre aux questions qui avaient été posées.
« Toutes les vérifications que l'expert ou son représentant jugeront nécessaires devront être faites;
« Dans le cas où un désacord se produirait, les opinions personnelles de chaque expert devront être énoncées dans un rapport. »
Serment préalablement prêté, nous avons rempli cette mission ainsi qu'il suit :
Les restes des organes de la dame R... non employés dans la première expertise faite par MM. Brouar del, Gab. Pouchet et Ogier ont été conservés au laboratoire de Toxicologie.
Ces organes sont enfermés dans des bocaux scellés et cachetés. Les scellés sont intacts.
La première expertise concluait à la non-existence dans les viscères examinés d'une substance minérale toxique :
Elle signalait par contre, des traces d'un corps offrant les réactions connues de la colchicine. Mais, d'une part, les réactions
PiftCES ANNEXES.
chimiques très fugaces et peu nombreuses de la colchiciiie sont par elles-mêmes trop peu probantes, pour qu'on puisse affirmer scientifiquement l'existence de ce poison ;
D'autre part l'expérimentation physiologique, sans ôtre en désaccord avec l'hypothèse d'un empoisonnement par la colchicine, ne fournit pas de résultats bien caractéristiques et n'apporte à cette hypothèse aucune confirmation précise.
Les premiers experts n'ont donc pu formuler leur conclusion qu'avec une grande réserve, en disant :
« Les données fournies par l'observation des symptômes, par l'autopsie, par l'analyse chimique sont en concordance avec cette hypothèse que la mort de la dame R... a été causée par une intoxication résultant de l'ingestion d'une certaine dose de colchicine. Mais nous ne pouvons affirmer scientifiquement, avec une entière certiturle, que cette hypothèse soit exacte. »
En raison de ces conclusions, il nous a paru que dans cette seconde expertise il importait surtout de caractériser la présence de la colchicine dans la partie des organes restée à notre disposition ; de reproduire les réactions chimiques de la colchicine déjà effectuées en nous plaçant dans de meilleures conditions de quantité de matières premières employées; d'ajouter, si possible, d'autres réactions à celles déjà essayées; de soumettre les réactions à une critique expérimentale approfondie, afin d'écarter toute cause d'erreur dans l'appréciation des résultats; enfin de faire de nouvelles expériences sur les effets toxiques de la colchicine, en réservant une large part à l'expérimentation physiologique exécutée avec les résidus extraits du cadavre.
Nous avons donc néghgé toute recherche relative aux poisons pour lesquels la première expertisî avait donné des résultats franchement négatifs et nous avons consacré la lolalité des restes des viscères de la femme R... aux expériences dirigées en vue de la recherche de la colchicine.
L Ces viscères comprennent :
Estomac 55 grammes.
Le poids total de matière employée est donc environ trois fois plus fort que celui qui, dans la première expertise, a été consacré à la recherche de la colchicine.
Intestins
Foie, rein, rate Cœur, muscle..
Poumon Cerveau,
1 630 grammes.
ACCUSATION d'intoxication PAU LA COLCIIICINK. 377
II. Nous avons fait subira ces matières réunies un Iraitement identique à celui qui avait été employé dans la première expertise, traitement qui olfre les meilleures garanties de sécurité et d'exactitude.
Ce Irailement est le suivant.
Les viscères sont réduits en pulpe au moyen d'un hachoir; on délaye la masse dans de l'alcool à 90", et on l'acidulé avec de l'acide tarlrique. Le tout est maintenu pendant dix heures à une température voisine de 60".
Au bout de ce temps, on filtre, et le liquide alcoolique est soumis à l'évaporation à froid, dans le vide sec.
Le résidu sec est ensuite épuisé par l'alcool dilué, et après filtratiou la solution est agitée à plusieurs reprises avec du pétrole léger, qui sépare une grande partie des matières grasses; enfin le liquide ainsi purifié par le pétrole est épuisé par le chloroforme. Le trailemeut par le chloroforme est renouvelé une seconde fois, et les solutions chloroforraiques, soigneusement décantées de la partie aqueuse, sont réunies.
C'est dans ce chloroforme que doit se trouver concentrée la colchicine, s'il en existe dans les organes.
Les deux tiers environ de la solutioii cliloroformique sont mis de côté pour servir aux expériences physiologiques.
III. Réaction de V acide nitrique de densité égale à 1,40. — On -a réparti sur plusieurs verres de montre une certaine quantité (13 à 20 centimètres cubes par verre de montre) de liquide chloroformique et on a évaporé doucement au bain-marie. La réaction caractéristique de l'acide nitrique de densité égale à 1,40 a été recherchée à plusieurs reprises.
On sait que la colchicine eu présence de ce réactif donne lieu à une coloration violette qui se transforme en une coloration rougeorangé par addition de polasse caustique.
En opérant sur les extraits du cadavre de la dame R... nous observons les faits suivants :
Lorsqu'on laisse tomber une goutte d'acide nitrique de densité égale à 1,40, exempt de vapeurs nitreuses, au centre du verre de montre et de l'extrait chloroformique desséché et étalé eu couche mince à la surface du verre, la goutte elle-même resie incolore; mais sur le pourtour, làoii la goutte est en contact avec l'extrait sans qu'il y ait excès d'acide, il se forme une aréole rose ou rose violacé assez persistante.
L'addition ultérieure de potasse caustique donne à toute la masse du liquide une teinte orangé rougeàlre. Lorsqu'on répète la même expérience, en procédant de la
PlftCBS ANNEXES.
môme façon, sur un verre de montre dans lequel on a évaporé une solution récemment préparée de colchicine pure dans le chloroforme, on constate que la totalité de la goutte d'acide nitrique se colore en violet, à mesure que la colciiicine s'y dissout : la teinle violette est plus ou moins intense selon la proportion d'alcaloïde employée.
Les différences observées entre les deux modes d'apparition de la teinte colorée sont :
i° Aréole rose violacé ou rose autour de la goutte, au point de contact de son pourtour avec l'extrait, aréole qui s'élend en disparaissant dans les parties d'abord atteintes, à mesure que la goutte s'étale, — observée avec les extraits du cadavre de la dame R...;
2° Coloration violette dans la goutte elle-même, observée avec la solution chloroformique de colchicine récemment préparée.
Ces différences, disons-nous, peuvent s'expliquer par l'influence de matières étrangères dans l'extrait chloroformique du cadavre, matières dont la présence est indéniable, qu'il est impossible d'éliminer complètement et qui doivent modifier dans une certaine mesure la netteté et l'aspect des réactions colorées. Ces impuretés, qui sont de nature grasse, ne peuvent entrer en contact direct ^ivec la goutte d'acide nitrique ; on comprend donc qu'il ne puisse se produire dans ce cas une coloration immédiate dans la niasse même delà goutte d'acide, comme il arrive avec la colchicine pure.
D'autre part, la coloration propre de ces impuretés doit évidemment altérer la coloration due à l'action du réactif et en modifier plus ou moins la teinte. En répétant nos premiers essais avec un extrait chloroformique purifié davantage par solution dans l'acide acétique et évaporation dans le vide à la température ordinaire, nous avons obtenu une coloration rose ou rose violacéun peu plus nette et qui se développait même dans toute la masse lorsqu'on «xposait celle-ci aux vapeurs d'acide azotique fumant.
Nous devons aussi faire observer que les teintes développées par l'acide nitrique d'une densité égale à 1,4 dans les divers produits retirés du cadavre de la dame R... ne se sont jamais présentées à nous avec le caractère franchement violet que l'on ■constate avec la colchicine fraîchement dissoute dans le chloroforme et séparée par évaporation au bain-marie. Les masses étaient surtout roses ou rose rougeàtre violacé (1).
(1) MM. Gab. Pouchet et Ogier croient devoir rappeler ici que, dans le cours de la première expertise, ils ont observé à plusieurs reprises des colorations plus violettes que celles décrites ci-dessus.
C'est principalement avec le résidu provenant du traitement d'une partie des reins que ces résultats plus nets ont été obtenus.
ACCUSATION u'iNTOXlCATlON PAU LA COLClllCINE. 37U
Cette différence assez tranchée conduirait à faire rejeter l'hypollièse d'un empoisonnement par la colchicine. mais d'autre part, d'après nos expériences personnelles, il semble que la colchicine pure en dissolution dans le chloroforme subit au bout de quelque temps une altération notable; nous avons, en effet, observé que la colchicine extraite de solutions chloroformiques préparées depuis plusieurs mois ne donne plus la réaction franchement violetteou bleu-violet avecTacide nitrique de densité 1,40, mais une coloration rouge violacé qui se rapproche assez de celles que nous avons été à même d'observer.
Quant à la couleur rouge-orangé ou orange que prend l'acide nitrique après addition dépotasse caustique, nous pensons qu'on ne peut lui attribuer qu'une valeur restreinte, attendu qu'il existe un nombre assez considérable de matières organiques azotées, prises parmi celles que l'on rencontre normalement dans l'organisme animal, qui développent une couleur analogue lorsqu'on les traite successivement par l'acide nitrique concentré et par les alcalis.
IV. Réaction du sulfovanadate d'ammoniaque. — Depuis l'époque de la première expertise, on a signalé un nouveau réactif de la colchicine. Ce réactif, proposé par M. Mandelin (laboratoire du professeur Dragendorif à Dorpat), est formé de vanadate d'ammoniaque dissous dans l'acide sulfurique monohydraté (1 gramme de vanadate dissous -dans 200 grammes d'acide sulfurique) ; avec la colchicine pure, celle liqueur donne naissance aune coloration verte assez intense, à laquelle succède très rapidement une teinte brun violacé.
Avec les résidus chloroformiques provenant du cadavre de la dame R..., nous avons observé une coloration verte fugitive tournant au brun violacé.
Nous avons cherché à préciser l'importance de la coloration
verte obtenue avec le sulfovanadate d'ammoniaque. Cette réaction
est-elle spéciale à la colchicine ? ne se produit-elle pas avec
d autres alcaloïdes? Voici ce que nous avons observé :
Les alcaloïdes suivants ont été soumis à l'action du nouveau réactif :
^ Vératrine, digitaline, pilocarpine, morphine, narcéine, codéine, ésérme, cocaïne, caféine, berbésine,gelsémine, narcotine, kaïrine, brucme, strychnine, solanine, colchicine, colchicéine, curare, arbutine, sabadilline, aloïne, rhéine, éseuline, santaline, igasurine.
Avec la colchicine et la colchicéine, coloration verte immédiate.
Avec l'arbutine, coloration verdàtre au commencement, devenant tout de suite brun sale.
380 Plf-.CES ANNEXES.
Avec Taloïne, coloration verte devenant brune.
Avec la rhéine, coloration verte, persistante.
Les autres alcaloïdes ont donné des colorations très différentes ou n'en ont donné aucune.
La colchicéine, i'arbutine, l'aloïne, la rhéine, sont donc, parmi les corps étudiés, les seuls qui puissent être confondus avec la colchicine.
Nous n'essayerons pas de différencier la colchicéine de la colchicine. La chose a peu d'importance en elle-même : ces deux corps ont des propriétés extrêmement voisines.
La colchicéine est un dérivé direct de la colchicine. Le seul éclianlillon de colchicéine que nous ayons pu nous procurer possède toutes les réactions de la colchicine.
Il est d'ailleurs fort peu vraisemblable que l'inculpé ait pu se procurer de la colchicéine.
Pour I'arbutine, elle se distingue de la colchicine en ce que, par addition d'acide nitrique, elle ne donne pas, comme celle-ci, de coloralion violette.
Même résultat pour la rhéine et l'aloïne.
Ainsi, il n'y a aucune confusion possible, si l'on s'appuie simultanément sur les deux réactions.
11 résulte de ces données expérimentales que l'acide nitrique et le sulfovanadate combinés ont une importance réelle et sérieuse dans la recherche de la colchicine.
V. D'autres caractères moins spéciaux et s'appliquant à un grand nombre d'alcaloïdes ont pu être constatés comme dans la première expertise, tels sont : précipitation par l'iodure double de potassium et de mercure, précipitation par le tanin.
Ces réactions, communes à la plupart des alcaloïdes et même des alcaloïdes cadavériques, ne peuvent être invoquées que comme preuves secondaires, venant à l'appui de réactions plus caractéristiques.
VI. Il nous reste à examiner si, pendant la putréfaction, il ne peut pas se former des alcaloïdes cadavériques pouvant otTrir simultanément la réaction violette par l'acide nitrique et la réaction verte par le sulfovanadate. Ce point capital avait déjà été examiné en ce qui concerne l'acide nitrique dans le premier rapport par MM. Brouardel, Gab. Pouchet et Ogier.
Il nous a semblé utile, vu l'importance de la question, de procéder à de nouvelles expériences sur ce point.
Avec des organes putréfiés provenant de deux cadavres pour lesquels l'idée d'une intoxication par la colchicine ne peut être soulevée, nous avons préparé deux extraits chloroformiques en
ACCUSATION d'intoxication PAU LA COLCHICINE. 381
Opérant exactement dans les conditions énoncées plus haut à propos des viscères de la dame R...
I/un de ces extraits n'a donné ni coloration verte avec le sulfovanadate, ni la coloration violette de la colchicine fraîclieraent dissoute dans le chloroforme avec l'acide nitrique, ni la coloration rose ou rose violacé observée avec les extraits du cadavre de la dame R...
Le second extrait cadavérique a donné une coloration vert sale avec le sulfovanadate, comparable à celle que produisait le résidu chloroformique des viscères de la dame R... Avec l'acide nitrique de densité égale à 1,40, ce second extrait cadavérique a donné une coloration rose violacé, formant aréole autour de la goutte d'acide, coloration analogue à celle obtenue dans les essais sur les viscères de la dame R...
Cette coloration était, il est vrai, beaucoup moins intense dans la contre-épreuve et après purification des extraits par dissolution dans l'acide acétique, la différence d'intensité s'est notablement accentuée.
Les extraits cadavériques n° 2 précipitaient également par le tanin, l'iodure de potassium iodnré, l'iodure double de potassium et de mercure, ce qui indique la présence d'un ou de plusieurs alcaloïdes cadavériques. Il résulte de ces observations que dans certains cas il peut se former, pendant la putréfaction, des composés alcaloïdiques capables de donner avec les réactifs les plus caractéristiques de la colchicine des colorations qui se rapprochent dans une certaine mesure de celles que donne la colchicine elle-même.
Expérimentation physiologique. — Nos expériences ont été faites sur plusieurs grenouilles, sur deux lapins et sur sept chiens. Dans toutes ces expériences, nous nous sommes servis de colchicine provenant de la maison de produits chimiques Rousseau et sauf dans l'une de celles qui ont été faites sur des chiens : Celte expérience, ditlerente des autres, avait pour objet l'étude des effets produits par l'ingestion stomacale du résidu chloroformique que nous avions obtenu avec les organes de la dame R...
1" Grenouilles. — Nous avons injecté, chez plusieurs grenouilles, sous la peau d'un des membres postérieurs, une petite quantité de colchicine en solution dans un mélange à parties égales d'eau et d'alcool. Il n'y a eu aucun effet reconnaissable à la suite de l'injection, ainsi faite, soit de 5, soit de 10 milligrammes de colchicine.
Quelques milligrammes de colchicine, en solution hydroalcoolique, ont été injectés sous la peau d'une grenouille qui était
préparée eu vue de prendre des tracés rayographiques. Plusieurs tracés avaient été pris avant l'injection sous-cutanée de colchicine. Deux minutes après l'injection, on a pris de nouveaux tracés et l'on a continué à en prendre pendant plusieurs minutes. Ces tracés étaient absolument semblables aux tracés normaux.
Il n'y avait donc rien à attendre d'un essai d'intoxication d'une grenouille par le résidu chloroformique qui était à notre disposition. En supposant que ce résidu contint de la colchicine, la quantité qu'on en aurait pu injecter sous la peau d'une grenouille, en restant dans les données des expérimentations utilisables, n'aurait certainement pas renfermé plus de 1 ou 2 milligrammes de cette substance toxique et, par conséquent, celte injection n'aurait produit aucun effet pouvant être attribué à la colchicine, puisque 5 et même 10 milligrammes de ce poison, injectés sous la peau de grenouilles, n'ont déterminé aucun phénomène d'intoxication.
2" Lapins. — a. Sur un lapin affaibli par une expérience faite quelques jours auparavant, on a pratiqué une injection hypodermique d'un centigramme de colchicine en solution hydro-alcoolique (c'est une solution semblable à celle qui a servi aux expériences sur les grenouilles). L'animal est mort au bout de vingtquatre heures. On ne l'avait observé que pendant quelques heures après l'injection et, pendant ce temps, il n'avait présenté aucun symptôme morbide.
L'ouverture du corps de ce lapin n'a révélé qu'une modification à mentionner. L'intestin grêle et le gros intestin étaient remplis de liquide diarrhéique. Il n'y avait d'ailleurs aucune rougeur soit intérieure, soit extérieure, soit des intestins, soit de l'estomac.
6. Un lapin vigoureux a reçu, le même jour que le précédent, une injection hypodermique de 2 centigrammes de colchicine (même solution). Ce lapin était très malade le lendemain du jour où l'on a fait l'injection : il avait de la diarrhée, était abattu et ne mangeait presque pas. La diarrhée a continué les jours suivants; par moments, elle était noirâtre. L'animal s'est affaibli progressivement et est mort au bout de dix jours.
A l'examen nécroscopique, on a trouvé une rougeur violacée de toute la longueur de l'intestin grêle et du gros intestin, un gonflement des follicules agminés et des valvules conniventes : il n'y avait pas d'ulcération. Tout l'intestin était rempli de mucus abondant, liquide, de teinte un peu rosée. Tous les autres organes étaient sains.
La dose de 2 centigrammes, en injection sous-cutanée, est mortelle pour un lapin vigoureux : la longue durée de la période
ACCUSATION d'intoxication PAR LA COLCHICINE. 383'
de maladie qui a précédé la morl chez le second lapin indique que, dans les conditions de santé normale, la dose dont il s'agit est à peu près, pour les animaux adultes de celle espèce, la dose mortelle minima. Chez le premier lapin qui était beaucoup plus faible, la dose d'un cenligramme de colchicine a suffi, en injection sous-culanée,pour déterminer la morl en vingt-quatre heures» La diarrhée et l'aftaiblissement progressif ont été les principaux symptômes constatés (les lapins ne vomissent pas). Les lésions n'ont pas élé les mêmes dans les deux expériences, sauf la présence, chez les deux animaux, de liquide diarrhéique dans l'inleslestin. Chez le lapin qui n'a vécu que vingt-quatre heures, il n'y avait pas de rougeur de l'intestin, tandis qu'on a trouvé une teinte rouge violacée chez le lapin qui a survécu dix jours h l'injection sous-culanée, ce qui tient sans doute à ce que, dans ce dernier cas, la congestion prolongée de la membrane muqueuse a déterminé une sorte de paralysie vasculaire et peut-être même de l'extravasation sanguine dans l'épaisseur de celte membrane.
3» Chiens. — a. On fait avaler par un chien d'assez forte taille (non pesé) 10 centigrammes de colchicine, en enveloppant cette substance à l'état sec dans du fromage d'Italie. Il semble éprouver du malaise au bout d'une heure : il esl agité.
Un premier vomissement a lieu, une heure trois quarts après l'ingestion de la substance : ce vomissement est à moitié liquide, de couleur jaune verdàtre; il contient des matières alimentaires incomplètement digérées. Un second vomissement se produit une demi-heure plus tard : liquide muqueux un peu verdàtre.
Le lendemain, on trouve à côté du chien des matières de vomissement et de diarrhée. Il esl abattu, très faible, se tient difficilement dressé sur ses membres ; il vomit encore dans la journée et rend aussi des matières diarrhéiques muqueuses.
Le second jour, on constate qu'il y a eu de la diarrhée pendant la nuit. Le chien boit du lait qu'il vomit : plus tard il peut en boire sans vomir.
L'affaiblissement augmente les jours suivants ; il y a un amaigrissement considérable : l'animal est somnolent ; il ne vomit plus et n'a plus de diarrhée.
Il meurt le cinquième jour après l'ingestion de la colchicine. On trouve de la congestion des poumons. La membrane muqueuse de l'estomac est congestionnée ; la cavité stomacale contient un peu de mucus. L'intestin est peu congestionné et contient des matières muqueuses diarrhéiques. Les plaques de Peyer sont légèrement gonllées, et onl une teinte noircitre; les ganglions mésentériques sont un peu tuméfiés.
h. On fait avaler, au moyen du même procédé, par un chien pesante kilogrammes (petite taille), 3 centigrammes de colchiciiie.
L'animal commence à vomir au bout de trois heures ; la diarrhée se déclare une demi-heure plus tard. Les vomissements se répètent une dizaine de fois dans l'espace de trois heures; les matières vomies sont muqueuses, parfois spumeuses; elles ont été sanguinolentes une fois. Les matières diurrhéiques sont muqueuses d'abord, puis deviennent sanguinolentes et conservent ce caractère pendant quatre heures; les selles ont été un peu moins nombreuses que les vomissements. Le chien s'affaiblit rapidement et, trois heures après le début des vomissements, il peut à peine se tenir levé sur ses membres. Dans les deux heures qui suivent, il y a encore des vomissements muqueux et des selles sanguinolentes : l'affaiblissement est extrême.
Le lendemain matin, on trouve le chien mort. On constate un peu de congestion de la pie-mère cérébrale. 11 y a quelques ecchymoses sous-pleurales. Le cœur est sain. La membrane muqueuse de l'estomac offre une teinte rouge, violacée par places. 11 en est de même de la membrane muqueuse de l'intestin ; il y a même des ecchymoses dans l'épaisseur de la membrane muqueuse, de la valvule iléo-cœcale et de celle des plis du gros intestin. Matières muqueuses dans l'intestin. Les plaques de Peyer ne sont pas gonflées. Le foie, la rate, les reins, la vessie sont dans l'état normal.
c. Un chien, du poids de 6 kilogrammes, avale, le 4 juin 1885, à dix heures du matin, 2 centigrammes de colchicine dans du fromage d'Italie. A six heures et demie, ce chien n'avait pas encore vomi. Le S juin, dans la matinée, on trouve près de lui des matières muqueuses vomies et des matières de diarrhée. Pendant la journée du 5, l'animal ne vomit plus ; mais il rend, à plusieurs reprises, des selles muqueuses, sanguinolentes : il est extrêmement abattu et affaibli. Il meurt dans la nuit suivante (nuit du S au 6). On le trouve, le matin, en rigidité cadavérique, les membres en extension.
A l'ouverture du corps, on constate de la congestion des méninges cérébrales. L'estomac est congestionné. L'intestin grêle est le siège d'une congestion beaucoup plus vive, surtout dans sa première partie : il est rempli d'un liquide muco-sanguinolenl. Congestion vive du gros intestin. On trouve aussi de la congestion du foie et des reins, rate saine. Quelques ecchymoses sous l'endocarde. Poumons : état sain.
- d. Un chien pesant 8 kilogrammes avale 1 centigramme de colchicine dans du fromage d'Italie, à 1^,30. Il vomit un mucus spumeux et des débris alimentaires à 3",45. Il ne paraît pas malade
ACCUSATION d'intoxication PAR LA COLCHICINE. 385
pendant la nuit suivante. li est manifestement alFaibli le lendemain du jour de la mise en expérience. lia encore de la diarrhée non seulement pendant celle seconde journée, mais encore le surlendemain et les deux jours suivants; cependant il prend et garde un peu de lait chaque jour. 11 n'y a pas eu de vomissements à partir du lendemain du jour de l'ingestion de la colchicine.
A dater du cinquième jour, le chien recommence à manger du pain et de la viande; il reprend rapidement ses forces et revient à la santé complète.
e. Un jeune chien pesant 4 kilogrammes a pris, de la même façon que dans les précédentes expériences, S milligrammes de colchicine (cependant la substance était enveloppée dans de la viande cuite au lieu de l'être dans du fromage d'Italie). L'expérience a été faite à 10",30 du matin. A 3 heures, vomissement d aliments. — 3",15, l'animal pousse des cris plaintifs aigus. — S\7; vomissement de matières liquides après des efforts répétés.
Le lendemain matin, on trouve près du chien une grande quantité de matières liquides jaunes (selles diarrhéiques). 11 n'y a pas de matières de vomissement. Le chien est un peu abattu. Il revient assez rapidement de cet abattement et peut manger dès le soir. Le surlendemain, il est tout à fait guéri. • r. On fait avaler 2°'sr,g de colchicine par .un chien du poids de 18 kilogrammes. Il n'y a eu ni vomissement, ni diarrhée, ni trouble apparent quelconque de la santé pendant le reste de la journée et pendant la nuit. Le lendemain matin il paraît bien portant ; il a rendu, pendant la nuit, des matières fécales dures Vers onze heures et demie, il rend des matières diarrhéiques • Il ne semble pas malade d'ailleurs et ne présente, dans la suite aucun nouveau trouble morbide. '
Ces expériences montrent que la colchicine peut tuer des chiens d assez petite taille à la dose de 2 centigrammes. La dose d'un centigramme détermine des effets morbides, mais n'est pas sûrement mortelle, puisque le chien quia pris cette dose a été malade mais a survécu et a guéri complètement. La dose de S milligrammes peut rendre malade, d'une façon passagère, un ieune ch.en de petite taille; la dose de 2-.-,5 ne produit qu'une selle ûiarrhéique, et longtemps après l'ingestion, chez un chien adulte cassez grande taille.
Les symptômes observés dans ces expériences ont été assez «nilormes. Des vomissements ont eu lieu dans toutes les expé- .«LTrT','' u'''' la dernière (chien ayant avalé seulement -5 «' ,5 de colchicine). Ils se sont produits assez longtemps après P. Bhouardel. — Les Empoisonnements. 25
ringeslioii de la colchicine. Un des chiens (a) a commencé à vomir au bout d'une heure et quarante-cinq minutes; les premiers vomissements ont eu lieu chez le second chien (6) au bout de trois heures; le troisième chien (c) n'avait pas encore vomi au bout de huit heures et demie. Le premier de ces animaux avait avalé 10 centigrammes de colchicine; le second, 5 centigrammes; le troisième, 2 centigrammes de cette substance. Le quatrième (d), qui n'est pas mort et qui avait avalé un centigramme de colchicine, a vomi au bout de deux heures et quart. Enfin le cinquième (e), qui n'a pris que 5 milligrammes de colchicine, na vomi qu'au bout de quatre heures et demie.
La diarrhée a été constante chez tous les chiens soumis a l'action de la colchicine. Ils ont rendu d'abord des matières fécales liquides; puis les selles ont été formées uniquement de liquide muqueux, plus ou moins abondant, souvent sanguinolent (il n'y a eu qu'une selle diarrhéique chez le chien qui n'a pris que g de colchicine).
Les seuls autres phénomènes symptomatiques constates chez ces chiens (sauf le dernier) ont consisté en une perte complète d'appétit, avec soif plus ou moins prononcée, en un aHaibUssement rapide, produisant une prostration extrême chez tous ceux nui ont succombé. On a constaté un amaigrissement très prononcé chez le chien qui a survécu quatre jours (a). On n a pas pu examiner les animaux pendant les dernières heures de leur ve, et on ignore s'il y a eu des phénomènes spasmodiques dans la période terminale de l'intoxication.
La durée de la survie chez les chiens qui sont mor s n a pas ele en rapport direct avec la dose ingérée. Le chien (a) qui avait avalé 10 centigrammes de colchicine est mort le cinquième jour apr s l'ingestion du poison ; le chien (5) qui avait pris 5 centi- Immes de colchicine est mort en moins de vingt-quatre heures le chien (c) qui avait avalé 2 centigrammes de cette substance e. Irt au bout d'une quarantaine d'heures. Cette différence dan Tsurvie s'explique en partie par le temps qui s'est écoule a^^n premier vomissement, temps qui a varié notablement chez le d ve™ chiens, comme on vient de le dire. Les lésions constant s ont té : une congestion plus ou moins vive de la n^mbrane muqueu e de l'estomac et de l'intestin, et l'existence d'une quan i.é plus ou moins grande de matières diarrhéiques muqueuses dan c s pa ti^sdu canal digestif; ces matières étaient sanguinolentes dans ui cas Comme le'sions inconstantes, on a trouve du gonneme" t d s ptques de Peyer, de la tuméfaction des Sanglions mesenlériques, de la congestion des mémnges cérébrales, des pou
ACCUSATION d'intoxication PAR LA COLCHICINE. 387
mous, du foie, de la rate; et des ecchymoses sous-pleurales et sous-endocardiques.
En somme ni chez les lapins, ni chez les chiens, la colchicine n'a produit des effels propres à caractériser ce genre d'intoxication. .\ombre d'autres substances et, parmi elles, celles surtout qui ont sur l'homme une action purgative, énergique, drastique, détermineraient, chez ces animaux, les mêmes symptômes et les mêmes lésions. Dans de telles conditions, les expériences faites à l'aide du résidu chloroformique provenant des viscères de la dame R... ne pouvaient évidemment pas donner des résultats bien significatifs. Quoi qu'il en soil, nous avons cru devoir faire avaler ce résidu par un chien et relater les effets produits chez cet animal par cette substance.
g. Le 16 juin 1883, après avoir constaté que les cachets apposés sur le vase de terre qui contient le résidu chloroformique dont il s'agit sont intacts, nous ouvrons ce vase et nous Irouvons sur son fond une petite quantité d'une substance de consistance de sirop épais, de couleur brun jaunâtre, à demi transparente, exhalant une odeur forte et très désagréable (odeur éthérée et cadavérique). Cette substance n'a subi ni putréfaction, ni fermentation, il n'y a pas trace de moisissure à sa surface.
Nous mêlons ce résidu à du fromage d'Italie très frais, et tout aussitôt, à onze heures du malin, nous faisons avaler ce mélange en plusieurs fois, coup sur coup, par un jeune chien pesant 9 kilogrammes. L'animal était à jeun depuis la veille. L'animal avale ainsi presque tout le résidu; mais il refuse le dernier bloc de fromage d'Italie avec lequel on vient d'essuyer le fond du vase, lorsqu'il n'y restait plus que des vestiges de résidu. Il avait d ailleurs déjà éprouvé de la répugnance lors de la dernière déglutition. °
A trois heures, il n'y a pas eu de symptômes gastro-intestinaux, mais le chien a perdu de sa vivacité; il reste accroupi et a l'air triste. A cinq heures et demie, il n'y a rien de plus.
Le 17 juin, à huit heures et demie du matin, on trouve à côté du chien deux petits amas de mucus un peu spumeux, rendus certainement par vomissement. L'un d'eux contient un petit morceau de gras couenneux provenant du fromage d'Ilalie : tout le
malade. Ou lu, donne a boire, il boit avidement. Au bout d'une demi-heure, il vomit l'eau qu'il a bue. Toute la journée, il est évidemment malade. Pas de diarrhée.
Le 18, on ne trouve pas, le matin, de matières vomies. Le
chien est encore un peu faible et abattu, mais il est moins malade et il mange un peu sans vomir.
Il se remet rapidement les jours suivants et, dès le 21, il peut être considéré comme entièrement revenu h l'élat normal. Il n'a pas eu de diarrhée une seule fois depuis le moment où il a avalé le résidu chloroformique.
Cette expérience, la seule que nous avons pu tenter, puisque nous avons employé, pour la faire, tout le résidu chloroformique provenant des viscères de la dame R..., ne prouve assurément pas que ce résidu ne contenait pas de colchicine. Elle nous donne, toutefois, le droit de dire, en nous fondant sur les expériences dont nous avons rapporté précédemment les résultats que, si ce résidu contenait de la colchicine, la quantité de cette substance qui était renfermée était très minime, inférieure à 2»^'' 5. On a vu, en effet, que cette dose de 2'"SS5 a produit ■ une selle diarrhéique chez un chien pesant 18 kilogrammes, taudis que le chien qui a avalé tout le résidu chloroformique n a pas eu une seule fois la diarrhée, bien qu'il fût de petite laiUe (6 kilogrammes).
Ce chien qui a avalé tout le résidu chloroformique n a eu que des vomissements tardifs et peu nombreux. Les vomissements se produisent chez le chien avec une extrême facilité. Ils peuvent avoir lieu, même sous l'influence de l'ingestion de matières presque inertes. Il ny a donc rien d'étonnant à ce que ce résidu chloroiormique ait provoqué des vomissements chez le chien qui l'a avalé, et cela n'indique pas que ce résidu ait contenu une substance réellement toxique : en particulier, ils ne peuvent pas être considérés comme un indice de la présence de la colchicine dans ce résidu.
Conclusions. - 1° La physiologie, dans l'état actuel de nos connaissances, ne peut pas nous donner le moyen de reconnaître, au moyen d'expériences faites sur des animaux, un empoisonnement
par la colchicine. . ,
20 Si le résidu chloroformique provenant des viscères de la dame 11... contenait de la colchicine, il n'en renfermait qu une quantité très minime, insuffisante pour produire de la diarrhée, chez un chien de petite taille.
En résumé, laissant de côté : les réactions fournies par l'iodure de potassium ioduré, par l'iodure double de potassium et de mercure, par le tanin, par la potasse caustique après '■■^'"L'^;"^' nitrique, réactions trop générales, que nous avons du reste pu
ACCUSATION d'intoxication PAU LA COLCHICINE. 389
consteller aussi bien avec les extrails du cadavre de la dame R.., qu'avec le cadavre qui nous servait de contre-épreuve et qui s'appliquent par conséquent aux alcaloïdes cadavériques comme aux autres, fixant uniquement notre attention sur les deux seuls réactifs qui nous restent : acide nitrique de densité égale à 1,4; sulfovanadate d'ammoniaque, nous pouvons dire :
L'acide nitrique ne nous a pas donné la coloration franchement violette que développe la colchicine pure et fraîcliemeiit dissoute dans le chloroforme, mais seulement la coloration rose violacé ou rose que nous a donnée une colchicine modifiée et dissoute depuis longtemps dans le chloroforme (voir p. 378). Cette coloration rose ou rose violacé a été observée par nous sur un extrait cadavérique ordinaire avec une moindre intensité, il est vrai, mais avec des caractères analogues.
Le sulfovanadate d'ammoniaque nous a donné une coloration verte passant au rouge-brun sale : l°avec la colchicine ; 2" avec les extraits du cadavre de la dame R.,., et 3» avec les extraits de l'un des cadavres servant de contre-épreuve.
L'expérimentation physiologique ne nous a pas donné de résultats plus décisifs et, comme cela a été rapporté plus haut, elle ne peut servir à démontrer avec certitude le fait d'un empoisonnement par la colchicine.
Nos conclusions ne peuvent donc être que conformes pour le fond avec celles de la première expertise.
La réserve théorique formulée par MM. Brouardel, Gab. Pouchet .et Ogier se trouve justifiée par l'une des expériences que nous avons faites pour servir de contre-épreuve : dans celte expérience en effet, avec des extrails provenant d'un cadavre qui ne renfermait pas de colchicine, les réactions ont fourni des colorations, moins intenses, il est vrai, mais analogues cependant à celles qui ont été observées sur les extraits du cadavre de la dame R... Nous conclurons donc ainsi :
^ Conclusion. — Les résullals de nos expériences n'excluent pas l'hypothèse d'un empoisonnement par la colchicine, mais ils n'apportent à cette hypothèse aucune preuve décisive et qui ne puisse être controversée.
Telles sont les recherches médico-légales à la suite desquelles l'inculpé se présenta devant la Cour d'assises de la Seine.
Nous empruntons à l'acte d'accusation les détails qui se rapprotenl aux accidents éprouvés par la dame R... pendant les derniers jours de sa vie, aux moyens par lesquels l'accusation peu-
390 PiteRS ANNICXKS.
sail que R... s'était procuré de la colchicine, et aux raisons justificatives alléguées par ce dernier.
« L'accusé R..., après avoir été jusqu'à l'âge de seize ans en service chez des cultivateurs, puis tailleur d'habits dans son pays natal, est venu en octobre 1871 à Paris ; dès le 21 septembre 1812, il s'est marié avec la demoiselle Marie-Éniilie D..., vivait en très bonne intelligence avec sa belle-mère, la dame D..., qui lui lémoignait même une confiance particulière. Après son mariage en 1873, il est entré en qualité de placier chez un fabricant de fleurs et, en 1876, il a créé à son compte une industrie similaire. Ses affaires commerciales, difficiles au début, avaient ensuite prospéré et subissaient en 1 884 les conséquences de la crise industrielle. Deux enfants étaient nés de l'union contractée, en 1872, une fille actuellement âgée de douze ans et un jeune garçon de cinq ans.
« Depuis le janvier 1881, les époux R... avaient fixé à Noisyle-Sec leur habitation particulière. L'état de santé delà dame R... était en général satisfaisant; grande et robuste, elle avait eu quelques maladies aiguës, dont elle s'était bien remise ; elle conservait quelques affections sans gravité, couperose de la face, eczéma, qui n'étaient pas de nature à compromettre son existence, et jamais elle n'avait cessé de vaquer à ses occupations ordinaires. Cependant le dimanche 24 février 1884, elle ressentit pour la première fois les atteintes d'un mal étrange qui devait l'emporter en treize jours. Elle fut prise de vomissements, qui s'accompagnaient d'une forte diarrhée. Deux jours après, le mardi gras 26, l'accusé étant venu à Paris dîner chez sa belle-mère, lui tint le propos brutal et prophétique qui, sur le moment, ne causa que de ladouleurà la dame D..., mais qui plus tard devait éveiller ses soupçons : « Ta fille est f... )>. Et tandis que le mari prédisait ainsi la mort prochaine, le médecin qui visita la dame R... les 3, 4 et b mars, crut ne reconnaître que les symptômes d'un embarras gastrique, qui lui parurent sans gravité.
« Le S mars, il la trouva même si bien qu'il annonça son intention de ne lui faire une nouvelle visite que le dimanche 9. Mais le 6, k huit heures du matin, il fut appelé de nouveau auprès de la malade qui lui dit que la veille, se trouvant mieux, ellfi avait mangé du veau et des épinards ; elle avait eu ensuite des vomissements d'apparence bilieuse. Le médecin prescrivit une potion calmante. En sortant, il fut interrogé par R... sur la nature et la gravité du mal. Il prononça le mot de « dyspepsie <>, que R... le pria d'écrire sur un papier en lui demanJanl si le mal était mortel : «Non, répondit le médecin, à moins de circonstances impos- « sibles à prévoir. »
ACCUSATION d'intoxication PAR LA COLCHICINE. 391
«Pendant cette même journée du 6, la dame D... vint voir sa fille dont les vomissements étaient incessants. 11 lui semblait, disait-elle, avoir un fer rouge sur la poitrine. Ce qu'elle buvait lui paraissait avoir un goût amer. La dame D... voulait rester auprès de sa fille. R... s'y opposa. Il dit à une voisine : « C'est fini, elle ne passera pas la nuit»; tandis que le médecin répondait : « Cela a une certaine gravité; mais il n'y a aucun danger. Elle guérira, je vous le garantis. » Pendant la nuit du 6 au 7, nouvelle visite du médecin :1a diarrhée et les vomissements redoublaient. Refroidissement général du corps, ralentissement du pouls, battements du cœur. Le 7, le frère de la dame R... et sa belle-sœur vinrent la voir. Elle parut au sieur D... haletante, comme un chien qui a fait une course. R... ne voulut pas que sa belle-sœur lui donnât à boire, et il semblait pressé de voir partir les époux D...
«Le soir même, vers onze heures, la malade expirait : R... seul ne s'était pas trompé.
«Le lendemain 8 mars, le médecin de l'état civil qui vint constater le décès ne put, soit en interrogeant la mère de R... qui était présente, soit en se faisant communiquer les ordonnances de son confi-ère, se rendre compte des causes de la mort. Il fut fi'appé de l'insuffisance des explications qui lui étaient fournies, de la courte durée de la maladie, et il remarqua l'absence du mai i, qu'on lui dit être à Paris. On lui présenta le papier portant ( crit le mot ; Dyspepsie.
« Il pensa que son confrère avait voulu dissimuler sous cette expression une affection héréditaire de l'estomac, afin de ne point effrayer la famille, et il indiqua sur le certificat de décès, avec un point d'interrogation, que la mort était due à un étranglement de l'œsophage. D'autre part, le médecin qui avait soigné la dame R... déclara que cette mort lui avait paru fort étrange, et que l'hypothèse d'un empoisonnement se conciliait avec les symptômes observés.
« Dès le lendemain de l'inhumation, R... annonçait à sa bellemère l'intention de se remarier; trois jours après la mort de sa femme, il demandait la main d'une de ses apprenties.
« Les soupçons de la dame D... s'affirmèrent nettement le 21 septembre 1884, jour oîi elle rencontra, par hasard, un ancien ouvrier de R..., le sieur A..., qui lui raconta que, pendant la maladie de sa fille, l'accusé l'avait envoyé chez un pharmacien de Paris, avec une ordonnance que celui-ci avait refusé d'exécuter, parce que cette ordonnance, suspecte au pharmacien, avait pour but d'obtenir la remise d'un poison violent.
« Sa profession avait familiarisé R... avec l'usage des poisons
dont il se servait pour obtenir des résultats meilleurs dans la coloration des fleurs qu'il fabriquait, sans qu'il eût jamais étudié théoriquement la chimie ; ses connaissances pratiques lui enseignaient cependant que les poisons végétaux laissaient des traces moins fixes et moins durables que les poisons minéraux. L'accusé songea à se servir d'un poison de ce genre ; il est établi notamment que le jeudi 28 février, en arrivant à Paris, il remit à son homme de peine, l'ouvrier A..., un écrit rédigé dans la forme d'une ordonnance de médecin et ainsi conçu :
c< Colchicine-cristal, 1 gramme en 4 paquets. En mettre un « paquet par litre de limonade, en boire trois verres par jour; appli- « quer cataplasme farine de lin sur la poitrine tous les soirs. « 28, 2, 84. Signé : Guillaume. »
(( Est-ce pressé? » demanda A... « Non, répondit l'accusé, il «suffit que je l'aie à temps pour l'emporter ce soir. C'est le médecin « qui est venu ce matin et qui l'a prescrit pour ma femme. »
« Et il recommande en même temps à A... d'aller, non pas chez son fournisseur habituel, qui vendait cependant moins cher, mais chez un autre pharmacien dont il lui donna l'adresse. A... dut expliquer au pharmacien que ce remède était destiné à la femme de son patron. Mais le pharmacien refusa d'exécuter cette ordonnance, qu'il conserva, en disant : « Le médecin est un àne, ou il s'est trompé; je n'exécuterai qu'après lui avoir écrit. »
« Il écrivit, en efîel, à Noisy-le-Sec, où il n'existe, d'ailleurs, aucun médecin du nom de Guillaume, et sa lettre lui revint avec la mention : inconnu.
« R... ne parut pas troublé de la réponse du pharmacien que lui rapporta A... « C'est bien, dit-il, si ce n'est pas lui, ce sera un «autre.» Et le lendemain, il déclara à A... qu'il avait fait exécuter Pordonnance par un pharmacien de Noisy-le-Sec, ce qui surprit A..., car l'accusé lui avait, au contraire, dit la veille qu'il ne trouverait pas ce produit à Noisy-le-Sec, où les pharmaciens étaient trop mal montés. L'assertion de R... était d'ailleurs mensongère; l'un des deux pharmaciens de Noisy n'a jamais eu de colchiclne; l'autre n'en a jamais vendu. L'information n'a pu établir où l'accusé s'en était procuré.
« Cependant, l'ordonnance du 28 février avait été conservée par le pharmacien de la rue Salomon-de-Caux et retrouvée chez lui.
« Interrogé pour la première fois, R... feignit tout d'abord l'étonnement, puis après avoir lu avec un trouble visible celle ordonnance qu'on lui représentait et qu'il comprenait éire la preuve directe de sa culpabilité, il répondit qu'U ne savait ce que c'était. Mais réfléchissant aussitôt qu'en présence du témoignage
d'A... qui devait être confirmé plus tard par le rappoi't de l'expert en écriture, toute dénégation de sa part deviendrait une maladresse, il s'écria : « Eh bien ! oui, c'est moi qui ai fait cette ordon- « nance pour avoir cette colchicine. Je l'ai envoyée chercher par «A..., je voulais m'en procurer pour mes teintures. On m'avait dit « que cela faisait virer les couleurs. »
Pendant les débats une seule objection nous fut opposée par la défense. On nous demanda s'il n'était pas possible que la dame R... eiU succombé au choléra; cette question était justifiée parce que le médecin qui avait soigné la dame R... avait dit pendant sa déposition que si une épidémie de choléra avait régné en ce moment à Paris, il aurait attribué la mort de sa malade à cette affection.
Nous avons répondu d'abord qu'en février et en mars, il n'y avait pas de choléra à Paris, et surtout que, si les symptômes pris isolément pouvaient avoir quelque ressemblance avec ceux du choléra, leur ordre d'apparilion chez la dame R... était précisément l'inverse de ce que l'on observe dans le choléra lui-même.
Les vomissemenis avaient paru d'abord, puis la diarrhée et l'algidité n'étaient survenues qu'au bout de quarante-huit heures.
Telle fut la partie médico-légale de ce procès, qui se termina par l'acquitlement de l'accusé.
Étude médico-légale sur les causes de la mort du Baron de Reinach (1).
A. — Premier rapport par MM. P. Rrouardel, Richardière et Ogier. , Nous soussignés,
Paul Brouardel, doyen de la Faculté de médecine, professeur de médecine légale, membre de l'instilut;
Henri Richardière, médecin des hôpitaux;
Jules Ogier, docteur ès sciences, chef du Laboratoire de toxicologie,
Commis par une ordonnance de M. FranqueviUe, juge d'instruction au Tribunal de première inslance du département de la Seme, en date du 8 décembre 1892, ainsi conçue :
«Attendu qu'il y a lieu de rechercher les causes de la mort du haron Jacques de Reinach, décédé à Paris le 20 novembre 1892, et
(I) Brouardel Richardière et Ogier, Étude médico-légale sur les causes de la mort du baron de Reinach [Ann. dliyg., 1893, t. XXIX, p. ici)
3U4 PH>.GES ANNEXES
inhumé au cimetière de Nivillers, près Beauvais (Oise), le 22.novembre dernier.
«Commettons : 1" M. Brouardel, doyen de la Faculté de médecine de Paris, professeur de médecine légale; 2" M. Richardière, médecin des liôpilaux, expert-légiste ; 3" M. Ogier, docleur ës sciences, chef du Laboratoire de toxicologie de Paris, à l'effet, serment prêté, de se transporter au cimetière de Nivillers (Oise), d'assister à l'exhumation du corps du baron Jacques de Reinach; d'indiquer à M. le juge d'instruction près le Tribunal de Reauvais, qui sera présent à toutes leurs opérations, les mesures ou dispositions nécessaires pour que l'exhumation soit faite en observant toutes précautions qu'ils jugeront convenables ou nécessaires, de prêter leur concours à M. le juge d'instruction pour vérifier au moyen de la photographie du baron de Reinach qui leur sera présentée, l'iJenlité du cadavre que renferme le cercueil qui porte le numéro de l'élat civil de Paris, 2055, de faire toutes observations, dires et affirmations concernant l'idendité dudit cadavre, lesquels dires, observations et affirmations seront consignés dans un procès-verbal que dressera à cet effet M. le Juge d'instruction; d'assister à la photographie qui sera prise du cadavre avant l'aulopsie ; de procéder à l'autopsie du cadavre du baron Jacques de Reinach, dans le lieu qu'ils choisiront offrant les conditions matérielles les plus favorables pour cette opération; de rechercher les causes de la mort du baron Jacques de Reinach ; de dire si cette mort a été naturelle ou violente ; de procéder à toutes vérifications médico-légales, de placer dans des bocaux ou vases (lesquels seront scellés et cachetés en leur présence) tous viscères ou organes dont l'examen ou l'analyse chimique seraient jugés nécessaires.
«Le transport à Paris de ces bocaux ou vases cachetés et scellés sera fait immédiatement par les soins de M. Clément, commissaire de police aux délégations judiciaires, que nous commettons à cet effet, et qui se conformera à toutes les prescriptions ordonnées par MM. les experts pour le transport de ces scellés.
« ne dresser un rapport sur les opérations, recherches et découvertes qui seront faites, lequel rapport sera déposé conformément
^ Sennent préalablement prêté, nous avons rempli comme il suit la mission qui nous a été confiée :
Exhumation. Identification du cadavre. - L'exhumation a été faite, en notre présence, le samedi 10 décembre 1892, dans la cimetière de Nivillers.
Le cercueil portait le n" 2055 de l'état civil de Paris ; il a Hé transporté dans la grande salle de la mairie de Nivillers,
Trois cercueils étaient emboîtés l'un dans l'autre. Nous avons fait ouvrir successivement le premier cercueil, en bois de chêne; le deuxième, en plomb, soudé sur les côtés de l'enveloppe; le troisième, en bois blanc, capitonné à l'intérieur. Les trois cercueils étaient en bon état.
Dans le troisième cercueil, renfermant le cadavre, se trouvait une certaine quantité de mixture de sciure de bois phéniquée, recouvrant les membres inférieurs.
Le cadavre enfermé dans ce triple cercueil est celui d'un homme de cinquante à cinquante-cinq ans, chauve, porlant une barbe bien fournie de couleur brun roussâtre.
La figure est peu altérée; il est facile de reconnaître les traits du visage. En comparant ces traits avec les photographies qui nous avaient été remises, nous acquérons la conviction que le corps est bien celui du baron Jacques de Reinach, décédé à Paris le 20 novembre 1892.
L'identification a été d'ailleurs formellement établie par plusieurs témoins qui connaissaient personnellement le baron de Reinach. Ces témoins sont :
i° M. le D'' Lesage, de Reauvais ;
2» M. le D' Levaillant, de Beauvais;
3" M. Louvet, adjoint, de Nivillers;
4° M. Bavard, juge de paix, de Nivillers.
Des photographies du cadavre ont été prises devant nous par M. Alphonse Rertillon, directeur du service anthropométrique.
Le corps reconnu pour être celui du baron Jacques de Reinach est revêtu d'un habillement de soirée (habit noir, gilet noir, pantalon noir, cravate blanche, bottines vernies). La chemise blanche
porte une marque qui paraît être : n° 5199 ?. Le plastron est
attaché par des boutons de perle; le col par un bouton de nacre ; les manchettes ont des boutons de métal marqué J. R. avec une couronne.
Les vêtements sont en bon état, sans déchirures d'aucune sorte. Après avoir déshabillé complètement le cadavre, nous procédons :
i" A son examen extérieur; 2° A l'autopsie proprement dite.
Ces opérations ont été pratiquées en présence des personnes suivantes :
1" M. Castaing, procureur de la République à Beauvais;
2" M. Guest, juge d'inslruction près le tribunal de Beauvais ; Z° M. Bertillon, chef du service anthropométrique à la préfecture de police ;
40 M. Bordas, docteur en médecine, préparateur au Laboratoire de toxicologie;
S" M. Dugast, photographe au service anthropométrique; 6" M. Gougeon, employé au Laboratoire de toxicologie.
Examen extérieur du cadavre. — La face est peu altérée; les traits sont nettement reconnaissables.
Les dents sont en bon état; la dentition est complète.
Les pupilles sont normales, demi-dilatées.
Il n'existe aucune trace de violences autour du cou.
Il s'échappe des narines une certaine quantité de sérosité brun rougeàtre.
Le corps a subi l'influence de la putréfaction; elle se manifeste par des plaques livides et par des marbrures dessinant en lignes brunes les veines superficielles des membres et du tronc.
En plusieurs points du corps, l'épiderme est soulevé par de la sérosité roussâtre, et forme de larges phlyctènes, notamment en arrière de l'oreille droite et sur les parois latérales du tronc et de l'abdomen. Dans les points où il ne s'est pas formé de phlyctènes, l'épiderme s'enlève sous l'influence d'un frottement, môme superficiel, de la peau.
Le cou est gonflé et œdématié par la putréfaction.
L'abdomen est relativement peu météorisé.
Les pieds, enfermés dans des bottines serrées, sont bien conservés.
Nous ne découvrons sur le cadavre aucune trace de violences; il n'existe aucune plaie, aucune blessure faite par un instrument piquant ou tranchant, ni par un projectile lancé par une arme à feu.
L'examen de la bouche, des narines, de tous les orifices naturels est également négatif.
La bouche ne renferme pas de sang; la muqueuse qui la tapisse n'est ni ulcérée, ni cautérisée.
Aucun os n'est fracturé.
L'examen extérieur ne révèle, en un mot, aucune lésion produite par un traumatisme. La putréfaction ne permet pas de reconnaître les traces de piqûres qui auraient été faites par un instrument tel que la seringue de Pravaz, employée pour injecter une substance médicamenteuse ou toxique, la morphine, par exemple, ou tout autre alcaloïde.
Autopsie. — A. Tcte. — Le cuir clievolu est doublé par une coucUe épaisse deséi-osité sanguinolente. Il n'y a pas de fracture des os du crâne, ni à la voûte, ni à la base.
Les méninges sont saines; il n'y a pas d'épanchement sanguin liquide ou collecté, sous forme d'hémorragie méningée.
L'arachnoïde et la pie-mère ont leur aspect normal ; elles ne sont pas enflammées.
Les méninges encéphaliques se détachent facilement de l'encéphale, et n'entraînent pas avec elles de fragments de la substance cérébrale.
Le cerveau, sous l'influence de la putréfaction, a perdu en partie sa consistance normale. La substance nerveuse est légèrement diflluente : malgré cet état de putréfaction, nous avons pu faire des sections de l'encéphale, et nous nous sommes assurés qu'il n'e.vislait pas d'hémorragie cérébrale en foyer ou en nappe, soit récente, soit ancienne. Nous n'avons pas constaté non plus de foyer de ramollissement pathologique par embolie ou par thrombose. D'ailleurs les artères du cerveau n'étaient pas athéromateuses. Nous n'avons pas trouvé d'anévrysmes miliaires.
L'isthme de l'encéphale (protubérance annulaire et bulbe) est plus ramolli par la putréfaction que le cerveau. Cette partie de l'encéphale ne présente pas non plus d'altération morbide appréciable, pas de foyer hémorragique, pas de tumeur.
B. Thorax. — Les côtes ne sont pas fracturées. Il n'y a pas d'épanchement sanguin ou séreux dans les cavités pleurales.
Les poumons, très putréfiés, ont un volume très réduit. Ils ne sont atleinis d'aucune lésion pathologique.
Pas d'altérations du péricarde ; pas d'épanchement péricardique.
Le cœur et les gros vaisseaux sont absolument vides de sang. Le poids du cœur, avec les gros vaisseaux, est de 363 grammes; débarrassé des vaisseaux, le cœur pèse 300 grammes; il est légèrement hypertrophié (le poids moyen du cœur étant de 266 grammes, d'après le Prof. Sappey).
Cet organe est atteint de dégénérescence graisseuse : la face antérieure présente de larges Ilots de graisse, au niveau desquels la substance musculaire est réduite d'épaisseur. Les îlots de graisse sont visibles à la face antérieure des deux ventricules au niveau de la pointe. Ils ont une forme triangulaire et paraissent comme encadrés par la substance musculaire brun rougeâtre apparaissant sur les bords et au niveau de la cloison interventriculaire.
La dégénérescence graisseuse du cœur porte sur la partie super-
ficielle de l'organe. Sous la graisse on retrouve la substance musculaire, mais moins épaisse qu'à l'élal normal.
La paroi du ventricule est notablement réduite en épaisseur. Elle ne mesure en effet que i»"",o à 2 millimètres.
Les cavités du cœur ne contiennent pas de caillots.
L'orilice mitral est sain.
L'orifice aortique paraît suffisant. La base d'insertion des valvules est légèrement indurée. Les valvules aortiques sont souples.
L'endocarde du cœur et des valvules ne présente pas de végétations.
Immédiatement au-dessus des valvules aortiques, on remarque sur la paroi de l'aorte, en dehors de l'embouchure des artères coronaires et sans rapport avec ces artères, deux ou trois dépôts athéroraateux de la grosseur d'une lentille : ces dépôts n'ont pas la consistance calcaire.
Pour compléter la description du cœur, nous avons examiné au microscope des fibres musculaires fragmentées par dissociation, et des parties de tissu musculaire cardiaque durci dans l'alcool absolu et coupé après inclusion dans la paraffine. Les fibres musculaires dont la dissociation a été tentée, se sont colorées très incomplètement par le picro-carmin ; parle fait de la putréfaction, elles n'ont présenté qu'en peu de points des traces de la structure normale des fibres (slriation, etc.). La fragmentation de ces fibres, la coloration incomplète sont en rapportavecla putréfaction.
Les coupes du parenchyme ont très mal pris la coloration par le picro-carmin ; il nous a été impossible de mettre en évidence la striation et la texture du parenchyme ; le tissu conjonctif, s'il en existait, n'a pas été imprégné; à la coupe du parenchyme, il ne paraît pas exister de sclérose cardiaque.
Les artères coronaires (droite et gauche), disséquées dans toute leur longueur et étalées sur des plaques de liège, ne paraissent pas réduites dans leur calibre : elles ne sont pas alhéromateuses ni Ihrombosées; elles ne renferment pas de caillot oblitérant. La tunique externe des coronaires a subi la dégénérescence graisseuse partielle, ce qui est peut-être un phénomène cadavérique.
Les artères pulmonaires sont normales; il n'y a pas d'embolie pulmonaire.
L'aorte est saine ; ce vaisseau n'est pas dilaté. Sa paroi présente deux ou trois dépôts athéromateux déjà mentionnés, au-dessus des valvules aortiques. Il n'y a pas d'anévrysme de l'aorte ni des grosses artères.
Les veines caves sont saines.
L'œsophage est sain; il ne renferme pas de corps étranger; sa
muqueuse ne présente aucune trace de brûlure ou de cautérisalion, pas plus ([ue la muqueuse du pliarynx.
Le larynx est normal; il n'y a pas de corps étranger dans les voies aériennes.
Pas d'hypertrophie des ganglions du raédiastin. Pas de tumeur du médiasliii.
G. Abdomen. — La paroi abdominale est surchargée de graisse. Le péritoine et les épiploons sont également recouverts par une énorme quantité de graisse.
A l'ouverture de l'abdomen, on ne constate pas d'autre odeur que celle de la putréfaction.
L'estomac n'est pas perforé ; il contient 32 grammes d'un liquide brun sans odeur spéciale. 11 n'y a pas de corps étranger, solide ou pulvérulent, déposé sur les parois de la cavité de l'estomac. La muqueuse de l'estomac a une coloration normale. Sa surface interne ne présente ni altération ni ecchymose. La muqueuse gastrique forme de nombreux plis. Les plis et sillons qui parcourent cette muqueuse donnent à l'estomac l'aspect dit de Yestomac à colonnes. Les tuniques de l'estomac sont normales. On ne constate pas d'épanchement sanguin dans leurs interstices ou dans leur épaisseur. En résumé l'estomac est sain.
L'intestin grêle renferme peu de liquide. Dans l'iléon, on trouve quelques matières à demi liquides. 11 n'y a pas de lésion de la muqueuse intestinale. On ne constate pas d'ulcération. Les follicules clos, solitaires ou agminés, ne sont pas gonflés.
Le gros intestin est également sain. Il renferme des matières fécales presque solides.
La vessie est d'un pelit volume; elle ne contient qu'une quantité insignifiante d'urine.
Le foie pèse 1 403 grammes. Il est de couleur blanchâtre, sa consistance est celle du mastic. Cet organe parait absolument graisseux. Les sections du foie démontrent qu'il n'existe pas de cirrhose. Les voies biliaires ne renferment pas de calculs.
Des fragments de foie ont été examinés au microscope après durcissement. Les coupes n'ont pas permis de retrouver la structure lobulaire du foie, qui avait disparu sous l'influence de la putréfaction : le parenchyme cellulaire est fragmenté ; les noyaux cellulaires ont disparu; le tissu musculaire a subi la fragmentaion et la dissociation moléculaire. Le parenchyme du foie, profondément altéré par la putréfaction, est presque méconnaissable.
Les reins pèsent 283 grammes. Ils ont leur apparence normale ; la capsule se décortique facilement. Après section longitudinale.
OU conslale que les deux substances ont pris, sous l'influence de la putréfaction, une coloration uniforme brun rougeâlre: les substances corticale et médullaire paraissent confondues. Les reins ne présentent ni kyste, ni induration scléreuse. L'examen microscopique a permis de reconnaître la structure normale des reins; il n'a pas décelé d'altérations.
La i^ate pèse 135 grammes, elle est normale.
Les testicules sont sains.
Comme dernière remarque, disons qu'en aucun autre point du corps (dos, membre, cavités), nous n'avons rien découvert qui fût anormal ou pathologique.
Au cours de l'autopsie, ont été mis sous scellés, dans des bocaux neufs et propres, les matières ou viscères dont suit l'énumération :
« Scellé n° 1. — Deux litres de la mixture de sciure de bois trouvée dans le cercueil ;
« Scellé n» 2. — Cerveau.
' « Scellé n° 3. — Contenu de l'estomac.
K Scellé n" 4. — Estomac.
« Scellé n° 5. — Cœur.
(( Scellé n° 6. — Poumons.
« Scellé iï° 7. — Contenu de l'intestin.
« Scellé n° 8. — Intestin.
« Scellé n» 9. — Reins.
« Scellé n" 10. — Rate.
(( Scellé u" 11. — Urine.
(( Scellé n° 12. — Foie.
« Scellé n° 13. — Vêtements. »
Les bocaux ont été revêtus du sceau de M. le juge d'instruction de Beauvais, transportés au greffe de Paris, par les soins de M. Clément, commissaire aux délégatioiis judiciaires ; ils ont été retirés du greffe par l'un de nous, le lundi 12 décembre, et déposés au Laboratoire de toxicologie, à la Préfecture de police, où l'intégrité des scellés a été constatée.
Les viscères pèsent les poids suivants :
Estomac 270 grammes.
Contenu de restomac 52 —
Intestin ' 19^0 —
Contenu de l'intestin 60 —
Foie 1^05 —
Reins 285 —
Rate -
Poumons
Cœur et annexes. 3G5 —
■ Cerveau •• ^''^ ~~
Les recherches toxicologiques ont été faites dans Tordre suivant :
1" Oxyde de carbone
2'^ Poisons volatils ;
3° Poisons minéraux ;
4» Chloroforme;
6" Alcaloïdes.
1. Oxyde de carbone. — Un centimètre cube de sang, pris dans le bocal renfermant les poumons, est dilué dans 100 cenlimètres cubes d'eau bouillie; la solution préalablement filtrée est placée dans une cuve à faces parallèles et examinée au spectroscope, sous une épaisseur de l'^^5. Le spectre observé est celui de l'hémoglobine oxygénée : les deux bandes d'absorption occupent sur 1 échelle du spectre les positions normales, ainsi qu'on peut s'en assurer en juxtaposant au précédent le spectre d'absorption d'un échantillon de sang ordinaire. Nous additionnons ensuite le liquide de quelques gouttes de sulfhydrate d'ammoniaque; au bout de trois minutes, l'espace clair compris entreles deux bandes obscures devient plus sombre ; au bout de cinq minutes, la réduction est totale et les deux bandes primitives ont fait place à la bande unique de l'hémoglobine réduite. On sait qu'avec le sang oxycarboné, la disparition des deux bandes sous l'influence du sulthydrate n'a pas lieu, ou n'a lieu qu'incomplètement : la réduction a été ici tout à fait nette, et il nous a paru inutile de procéder a 1 extraction des gaz du sang. La conclusion de ces premiers essais est donc que le sang examiné ne contient pas d'oxyde de carbone. " j'"'^
sur
IL Poisons volatils. - Cette seconde série d'expériences est faite
2o0 grammes de foie, "^0 — estomac, 6 — contenu de l'estomac, 383 — intestin, 13 — contenu de l'intestin.
Les matières sont broyées à l'aide d'un hachoir, additionnées deau de manière à former une bouillie fluide, acidulées par de acide tartrique et introduites dans un appareil dislillatoire dont le réfrigérant est placé dans l'obscurité. Pendant la distillation Il ne se produit dans le réfrigérant aucune lueur indiquani la présence du phosphore. - On recueiflc les vingt-cinq premiers centimètres cubes passant à la distillation, pour y chercher les composés P. Brouahdel. — Les Empoisonnemeats. 26
cyanhydriques. Une partie de ce liquide est traitée par un léger excès de potasse, puis par un mélange de sulfates de protoxyde et de peroxyde de fer ; après redissolution, dans l'acide chlorhydiique faible, de l'excès des liydrules précipités, on constate que le liquide reste clair et qu'il ne s'est produit aucun précipité de bleu de Prusse. — Une autre portion du môme liquide est chauffée avec une goutte de sulfhydrate ; l'excès de sulfhydrate est éliminé par un peu d'acide chlorhydrique ; l'addition d'une goutte de perchlorure de fer ne détermine aucune coloration rouge. — Ces deux réactions, complètement négatives, indiquent que les matières examinées ne contenaient point de composés cyanhydriques (acide prussique, cyanure de potassium, etc.).
L'odeur du liquide recueilli à la distillation n'a aucun caractère spécial - rien n'indique que ce liquide ait entraîné quelque substance volaille toxique, telles que : essences, éther, chloroforme, acide phénique, etc.
III Chloroforme. - Nous avons employé pour la recherche spéciale du chloroforme la totalité des poumons et du sang qui les baignait ; le poids était de 850 grammes. Les matières sont [inement divisées par le hachoir, et introduites dans un ballon chaulTé au bain-maiie vers 50». Dans la masse demi-pàteuse, on fait passer pendant plusieurs heures un courant d'air soigneusement privé de toute trace de chlore ou d'acide chlorhydrique par un lavage dans du nitrate d'argent. Les vapeurs entraînées parle courant d'air sont dirigées à travers un tube de porcelaine chauffe au rouge • et, au delà, dans un flacon laveur contenant une solution de nitrate d'argent acidulée par l'acidanilrique. L'expérience ainsi conduite n'a donné qu'un résultat négatif; il ne s est forme aucun précipité de chlorure d'argent; par suite le courant d air n'a entraîné aucune vapeur de chloroforme ou d un compose organique chloré volatil.
IV Poisons métalliques. - La recherche des poisons mélalliques a élé pratiquée sur les portions du viscère ayant precedemmen serv' l la recherche des poisons volatils ( Voirg II), auxquelles ont été ajoutés 100 grammes du mélange de poumon et sang deja employé pour le chloroforme (Voir § 111).
Les maUères sont additionnées de 100 grammes de chlorate de poL s^m pur et placées dans un grand ballon portant un bou- !h n " trois tubulures, dans lequel on dirige un couran -p de rie L chlorhydrique pur, produit par l'action de 1 acide sulfunque pur sui- l'acide chlorhydrique pur. Lorsque la concentrat.on
de la solution chlorhjdrique devient suffisante, le chlorate de potasse s'attaque et les matières organiques se détruisent sous 1 influence du chlore et des gaz chlorés ainsi produits • les quel ques bulles de gaz chlorés qui s'échappent sont condensées dans de l eau qui sera réunie plus tard au liquide du ballon. On obtient ams. une solution jaune, tenant en suspension quelques matières grasses non détruites, que l'on sépare par filtration. Celte solu-
à nnP l'ii v''' ^"^^"^^"^ P"^' soumise
a une ébulhtion prolongée pour chasser l'excès de gaz sulfureux.
1 reste en définitive une solution brun clair, dans laquelle on
fai passer un courant lent d'hydrogène sulfuré, pendant douze
heures, ce qui détermine la formation d'un très faible précipité
Xr'' ^ ""rr''r"^^°"j^"" ^" P-«'^^^« circonstance Ce p ecipite es divisé en deux parts égales; dans l'une, après dissolu ion par l'eau régale, évaporation, etc., nous reche chon les métaux proprements dits, précipitables par l'hydrogèn sul ure plomb cuivre, mercure, etc.), selon les procédas usuel de 1 analyse minérale. Les résultats sont négatifs. L'autre po ion du précipite est consacrée à la recherche spéciale de l'arsenic et de 1 antimoine : à cet effet, le précipité est traité par l'ammo niaque, la solution ammoniacale est évaporée à sec, le ré si est oxyd par l'acide nitrique; après évaporation comp ète de 1 excè dacide nitrique le résidu final est dissous dans l'acide sulfur aue
5^^X:r^rTrsf;t;::^^n-T-=
\. Alcaloïdes. - Les quantités suivantes de viscères ont été employées pour la recherche des alcaloïdes : " Estomac
Contenu de l'estomac! ^{ grammes.
Intestin ^ "
Contenu de "l'intestin. ~
Foie —
Reins.. 370 —
Rate ~
Poumons S —
Cerveau.. ~~ ' 410 —
préférence rm^ir^r, :i7T;;'rrr"""'
pius gênerai, le procède ancien, connu
404 Plf:CES ANNEXES.
sous le nom de: méthode de Stas ; et nous l'avons appliqué avec quelques modifications de détail sans importance. Voici d'ailleurs le résumé de ces expériences:
Les matières sont additionnées de 2 litres d'alcool a 9'ô", et légèrement acidulées par l'acide tartrique ; le mélange est maintenu à + 50» pendant vingt-quatre heures. La solution alcoolique est séparée par filtration sur papier, d'abord, et ensuite par filtration dans des toiles, sous une presse puissante. Tous les liquides alcooliques sont ensuite réunis, filtrés de nouveau et concentrés par distillation dans le vide, sous une pression de 5 à 6 centimètres, à la température + 30° à + 38». Lorsque la distillation a réduit le volume du liquide au cinquième, environ, du volume primitif, l'évaporation est poursuivie sous des cloches, dans le vide sec, à froid. Le liquide, amené à consistance sirupeuse, est repris par une grande quantité d'alcool jusqu'à ce qu'une nouvelle addition d alcool cesse de produire un précipité. Après filtration, la nouvelle solution alcoolique est distillée dans le vide, a + So» puis desséchée complètement dans le vide sec, à froid. Le résidu est arrosé d'alcool absolu, qui détermine une nouvelle précipitation de matières insolubles. Celte dernière solution alcoolique es filtrée et évaporée dans le vide à siccité. Le résidu final est délayé dans l'eau, additionné d'un excès de bicarbonate de soude et épuisé à trois reprises par de l'élher pur. L'évaporation de l'élher àbasse température laisse un très faible résidu, un peu coloré en jaune-brun clair, non cristallisé. Pour le pu. ifier, on dissout de nouveau ce résidu dans l'eau, on neutralise par la soude et on épuise par l'éther. Ce nouveau traitement sépare encore quelques impuretés, et le résidu f -poration de é^ est notablement moins coloré que le précèdent. - (Le liquide aqueux, séparé par décantation dans le premier épuisement par l'élher, est mis de côté pour des essais ultérieurs.)
Une très petite portion du résidu d'extraction est redissoute dans quelques gouttes d'acide chlorhydrique dilue au 1/20 , it dure de potassium ioduré y détermine la formation d'un Précipité brun, qui est l'indice de la présence d'une substance aTcaMd que : m'ais cette constatation est de peu d'importance car le précipité en question peut être attribué à des ptomarnes, co P possédant les'propriétés générales des alcaloïdes, et norm emenf produits par la putréfaction : il est à peu près impo s.b^ d'Tviter la présence de ces ptomaïnes, particulièrement abondantes dans'les viscères putréfiés pendant trois semaines ou un mois, comme dans le cas actuel.
A. Réactions physiologiques. — Trois expériences physiologiques ont élé faites pour examiner la toxicité du résidu d'extraction. Dans chacune de ces trois expériences, on a employé environ 1/10* du poids lolal du résidu.
1° La matière délayée dans l'eau est injectée sous la peau d'un cobaye de très petite taille. Dix minutes après l'injection, l'animal se ramasse en boule; la respiration est légèrement haletante; il ne présente pas de mouvements convulsifs; la sensibilité n'est nullement abolie; pas de vomissements ni de diarrhée ; en somme aucun symptôme digne d'être noté.
2» Une grenouille disposée en vue de l'enregistrement des battements du cœur, reçoit sous la peau une injection du même résidu. Voici le tracé graphique obtenu (fig. 9). Le tracé au bas de la figure correspond aux mouvements normaux du cœur avant \ \\ \ \\ \\ l'injection; les deux lignes supé- ^0\-j\J\J\ rieures soni, les tracés pris un quart
d'heure après l'injection. A partir V \\ K K \
de ce moment, on constate une J\ iV J^^J V, j\
augmentation évidente de l'amplitude des pulsations cardiaques, augmenlation qui a duré plus de trois quarts d'heure. On n'a rien
observé d'anormal pendant l'inter- LtT g/aphique des
. battements du cœur,
valle compris entre les lignes 1 et 2.
(pas de période d'ataxie). Nous verrons plus loin la signification qu'il convient d'attacher à ces résultats.
3° Une grenouille, disposée en vue de l'enregistrement des .contractions du muscle gastrocnémien , est injectée avec une troisième portion du même résidu. 11 ne se produit, après l'injection, aucune contraction tétanique. Sous l'influence d'une excitation électrique, le muscle se contracte normalement (pas d'allongement de la courbe de contraction). Notons cependant que, vers la huitième minute, le muscle a présenté une sorte de petit frémissement, à peine visible sur les tracés dont la durée a été d'une minute et demie.
4° En déposant sur la langue une petite portion du résidu, nous n'avons observé aucune sensation particulière (pas de fourmillement, pas d'engourdissement).
B. Réactions chimiques. — Le reste de l'extrait éthéré est redissous dans un peu d'éther ; la solution est répartie sur quelques verres de montre. Après évaporation totale de l'éther, nous pratiquons les réactions chimiques suivantes, choisies
PifcCIîS ANNEXES.
parmi les plus sensibles ou les plus caractéristiques entre celles qui peuvent servir à distinguer les alcaloïdes toxiques importants. T— Nous indiquons ici rapidement les résultats, tous négatifs, de ces expériences, et nous mentionnons, en môme temps les noms des alcaloïdes que les réactions étaient destinées à déceler :
1. Acide nitrique de densité i/i. — Pas de coloration rouge (brucine) ; pas de coloration violelte (colchicine). La solution nitrique, évaporée à sec au bain-marie, et traitée par la potasse alcoolique, ne fournit pas de coloration violette (atropine).
2. Acide sulfurique. — Pas de coloration jaune (vératrine), pas de coloration rouge (narcotine, etc.).
3. Sulfomolybdate de soude (Réactif de Frcihde). — Pas de coloration lilas (morphine).
4. Sulfovanadate d'ammoniaque (Réactif de Mandelin). — Pas de coloration violette (strychnine); il se produit une teinte vert-olive, qui est un caractère de la colchicine; mais plusieurs autres alcaloïdes, et en particulier certaines ptomaïnes, possèdent aussi ce caractère ; l'autre réaction delà colchicine, beaucoup plus importante [acide nitrique), ayant été négative, il n'y a pas lieu de supposer la présence de cet alcaloïde.
5. Sulfosclénite d'ammoniaque (Réactif de Lafon). — Pas de coloration verte (codéine), ni vert-olive (morphine).