‹ Les empoisonnements criminels et accidentelsChapitre 74 sur 96 · RÉSIDU PROVENANT DU TRAITEMENT DE LA LIQUEUR ALCALINE · texte numérisé non relu

RÉSIDU PROVENANT DU TRAITEMENT DE LA LIQUEUR ALCALINE

Essais chimiques. — Une fraction du résidu, dissoute dans une goutte d'eau légèrement acidulée a été additionnée d'une goutte dHodiire de potassium ioduré, et dans un deuxième essai d'une goutte d'iodure double de mercure et de potassium. Ces deux réactifs donnent avec les alcaloïdes, le premier un précipité brun, le second un précipité blanc jaunàlre ou jaune. Il ne s'est produit dans les deux cas qu'un trouble extrêmement léger, qui peut être regardé comme du même ordre que celui que l'on observe toujours lorsque l'on opère sur des viscères plus ou moins altérés. La production de ce trouble peut être attribuée à des plomaïnes

l'ésuUant de la putréfaclion, et n'implique pas la présence d'alcaloïdes propremenLs dits. Dans tous les cas, la faiblesse du précipité obtenu indique que si ces derniers sont contenus dans le résidu, ce n'est que dans des proportions extrêmement faibles.

Acide picrique. — Il ne produit pas de précipité caractéristique même après concentration par évaporation.

Acide azotique de densité 1,4.— Il ne détermine qu'une légère coloration jaune. Ce caractère exclut la présence de la colchicine (coloration violette), de la brucine (coloration rouge). — Après évaporation à sec au bain-marie et addition de potasse alcoolique, on n'a qu'une coloration jaune-orangé, que l'on peut obtenir dans le cas de résidus renfermant des traces de ptomaïnes, et différant absolument de la coloration violette qui est fournie dans ces conditions par l'atropine.

Sulfomolybdate de soude (réactif de Frôhde). — Il ne donne aucun résultat, ce qui exclut la morphine, avec laquelle on obtient une coloration lilas.

SLdfosélénite d'ammoniaque (réactif de Lafon) — Il ne donne qu'une très légère coloration brune; pas de coloration verte (codéine).

Sulfovanndate. — Légère coloration verte, déjà signalée dans la première expertise. Cette coloration est produite par les ptomaïnes et aussi par la colchicine; mais celte dernière est absolument exclue par le résultat négatif obtenu avec l'acide azotique. — On n'observe nullement la coloration violette qui est donnée si nettement par des tracés de strychnine.

Acide sulfurique. — Aucune réaction, ni à froid ni à chaud (la vératrine donne une coloration Jaune; la narcotine, à chaud, une coloration rouge, puis violacée).

Acide sulfurique et sucre.- — Aucune coloration, (la vératrine dans ces conditions donne une coloration verte).

Une partie du résidu chauffée avec un mélange d'rtcu/e sulfurique et d'alcool, puis additionnée de perchlorure de fer ne se colore pas en vert (digitaline cristallisée.)

Acide sulfurique bromé. — Il ne détermine pas de coloration rouge (réaction d'un produit toxique de la digitale, autre que la digitaline cristallisée).

Potasse alcoolique. — A chaud, elle ne donne pas lieu à un dégagement d'un produit éthéré, d'une odeur spéciale (cocaïne).

Ces résultats indiquent qu'il n'existe pas, dans le résidu de l'évaporalion de l'éther provenant de la liqueur alcaline, de quantité appréciable de strychnine, brucine, colchicine vératrine, atropine, morphine, codéine, narcotine, digitaline, cocaïne, et

concordent avec ceux obtenus dans la première expertise.

De même, les réactions douteuses qui ont été indiquées pour l'aconitine ont été encore une fois essayées et n'ont donné aucun résultat :

L'acide sulfurique a légèrement jauni le résidu, sans le colorer en violai, ainsi qu'on peut l'observer avec certaines espèces d'aconitine.

L'acide phosphorique de densité 1,5. n'a donné aucune colo-

ration.

Enfin une portion du résidu déposée sur la langue n'a déterminé aucune sensation particulière (aconitine, cocaïne).

Essais physiologiques. - 1" Une fraction du résidu, égale au dixième du produit total, a été injectée sous la peau d'une grenouille, après avoir été délayée dans l'eau. Les tracés de la figure i l représentent les contractions du muscle gastrocnéraien,

Fig. 11. — Tracé des contractions du muscle gastro-cnémien.

sous l'influence d'une excitation électrique. On n'observe aucun ralentissement dans la courbe de contraction (vératrine) - La même grenouille n'a pas présenté de convulsions tétaniques indiquant la présence de strychnine ou de brucine. - Aucun fait anormal n'a pu être noté.

20 Une deuxième grenouille reçoit une injection semblable Les traces de la figure 12 représentent les mouvements du cœur la première ligne en bas, avant l'injection, les lignes suivantes' après 'injection. Vers la huitième minute, on observe une aug-' men tation de l'amplitude des pulsations. Mais cette augmentation n est que d un vingtième environ, c'est-à-dire de l'ordre des TrlTr. t"'''"' imperfections de l'appareil enregi ! treur et absolument négligeable. Du reste elle ne persiste pas • vers la onzième minute, l'amplitude diminue et redevient égalé P. Brouardel. — Les Empoisonnements. 27

•à ce qu'elle élaiL au début, puis elle devient môme un peu plus faible. On n'a donc ici aucune indication de l'aconiline, qui déter- ,mine, au bout d'un quart d'heure environ, une exagération très

marquée de l'amplitude des mouvements du cœur, la période d'amplitude étant précédée par une période d'ataxie.

Le nombre des battements du cœur est resté le même pendant tout le temps de l'expérience.

En résumé, les deux tracés obtenus dans ces deux premières expériences sont tout à fait normaux, et paraissent exclure l'hypothèse de la présence de l'aconitine, et des poisons cardiaques.

30 La môme quantité du même ^T-ig. 12. -Tracé des mouvements ^ ^^^^ p,^^

u cœur. ^^^^ cobaye. L'animal est resté

■très vif, et a continué à manger, sans qu'aucun symptôme

• anormal ait pu être constaté.

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