BLANC DE ZINC ET BLANC DE CÉRUSE
(1 Monsieur le Préfet, la fubricalion et le broyage de la céruse sont depuis longtemps signalés comme des opérations éminemment insalubres. L'emploi des peintures qui admettent cette substance produit également les plus funestes effets parmi les ouvriers peintres. En ce qui touche la fabrication, elle pourrait, grâce à des perfectionnements récents, devenir jusqu'à un certain point inoffensive ; mais il est à craindre que ces perfectionnements ne soient pas toujours réalisés par les fabricants ; quant à l'emploi de la céruse, il est certain que des précautions de diverses natures peuvent bien en affaiblir, mais non en paralyser complètement la pernicieuse influence. L'intérêt de la santé d'une classe nombreuse d'ouvriers l'éclame donc à cet égard toute la sollicitude de l'autorité supérieure.
« Déjà un arrêté émané du ministère des Travaux publics, à la date du 24 août 1849, prescrit la substitution du blanc de zinc au blanc de céruse dans les travaux de peinture à exécuter dans les bâtiments de l'État. Depuis, une commission instituée au même ministère, enlSoOet 1851, et composée des hommes les plus compétents a étudié cette question avec un soin tout spécial ; elle est tombée d'accord sur les dangers de la fabrication et de l'emploi de la céruse et sur la nécessité de la remplacer par le blanc de zinc. D'après les conclusions de celte commission, la préparation, l'emploi et le grattage de la peinture au blanc de zinc ne paraissent présenter aucun dangerpour la santé de l'ouvrier. En outre, cette peinture a des qualités de durée, de solidité et d'éclat qui ne se retrouvent pas au même degré dans la peinture au blanc de céruse; enfin, s'il y a aujourd'hui entre l'une et l'autre égalité de prix, il est permis d'espérer que la peinture au blanc de zinc pourra bientôt être établie à des prix inférieurs.
« En présence de ces conclusions^ Monsieur le Préfet, je crois devoir vous inviter à prendre les mesures nécessaires pour que le blanc de zinc soit employé généralement dans les travaux de peinture à exécuter dans les bâtiments départementaux. Une prescription exclusive et absolue risquerait d'apporter une perturbation trop subite dans l'import-ante fabrication de la céruse; mais il est essentiel, au moins, que des essais comparatifs de l'une et de l'autre peinture soient faits sur une large échelle, de telle sorte que la préférence puisse être accordée à celle des deux dont l'expérience aura démontré la supériorité, au double point de vue sanitaire et économique.
« Vous donnerez, dans ce sens, des instructions aux architectes chargés des édifices départementaux; vous transmettrez aussi les mêmes recommandations aux maires des
PIKGICS ANNEXES.
communes de votre département en ce qui louche les bâtiments communaux.
« Le ministre de Vlntérieur, deVAgricullure et du Commerce,
« V. DE PlîRSIGNY. (i) »
Le Comité n'ayant à donner sou opinion que sur le côté hygiénique du sujet, notre enquête aurait pu être des plus brèves, et nous aurions pu nous borner à émetti^e des conclusions qui ne
(1) Avant la circulaire de 1852, le ministre des Travaux publics avait déjà prescrit l'emploi du blanc de zinc, ainsi qu'il résulte des deux pièces ci-dessous :
Lelli'e du ministre des Travaux publics au directeur de la Société du titane de zinc, lui faisant connaître les conclusions du rapport de la commission spéciale nommée par son ordre le 20 décembre 1848.
« Monsieur, suivant le désir que vous m'avez exprimé, j'ai chargé une commission spéciale d'examiner, au double point de vue de la salubrité dans la fabrication et de la valeur industrielle et artistique des produits, le procédé proposé par M. Leclaire pour arriver à la suppression du blanc de céruse dans les travaux de peinture.
« La Commission vient de me remettre son rapport; j'ai l'honneur de vous en l'aire connaître les couclusions.
« Au point de vue de la salubrité, la Commission regarde comme étant dès à présent incontestables les avantages de la substitution de l'oxyde de zinc à la céruse, en raison des ell'ets nuisibles que cette dernière matière produit fréquemment, principalement sur les ouvriers et sur les personnes exposées à séjourner dans des habitations l'écemment peintes.
« Au point de vue industriel et artistique, elle pense : 1° que les peintures ayant pour base l'oxyde de zinc seront plus inaltérables n'étant surtout aucunement attaquables par les émanations sulfureuses, comme sont nécessairement les peintures à la céruse; 2" que l'oxyde de zinc peut procurer des tous au moins aussi frais et aussi beaux que la céruse; 3» enfin qu'il y a heu d'espérer que l'emploi de l'oxyde de zinc dans les peintures purement artistiques empêchera l'altération si rapide des tons qui se fait remarquer dans la plupart des tableaux modernes.
« Le ministre des Travaux publics, Vivien.
Arrêté du ministre des Travaux publics.
Le ministre des Travaux publics, Considérant qu'il importe, dans l'intérêt de la santé des ouvriers peintres, de substituer le blanc de zinc au blanc de céruse dans les travaux de peinture exécutés par l'État,
Arrête ce qui suit :
A l'avenir le blanc de zinc sera exclusivement employé dans les travaux de peinture à l'huile exécutés dans les bâtiments de l'Etat parles ordres du ministre des Travaux pubhcs.
Fait à Paris, le 24 août 1849.
T. Lachosse.