LES EMPOISONNEMENTS EN GRÈCE
et des graines de la cicuta virosa, plante de la famille des Onibellifères, très commune dans les endroits marécageux. Platon (1) rapporte dans ces termes remarquables par leur précision les phases de la mort de Socrate :
« Cependant Socrate, qui se promenait, dit qu'il sentait ses jambes s'appesantir et il se coucha sur le dos comme l'homme l'avait ordonné. En même temps, le même homme qui lui avait donné le poison s'approche, et, après avoir examiné quelque temps ses pieds et ses jambes, il lui serra fortement le pied et lui demanda s'il le sentait; il dit que non. Il lui serra ensuite les jambes; et portant ses mains plus haut, il nous fit voir que le corps se glaçait et se raidissait; et le touchant lui-même, il nous dit que dès que le froid gagnerait le .cœur, Socrate nous quitterait. Déjà tout le ventre était glacé. Alors se découvrant, car il était couvert : « Criton, » dit-il, et ce furent ses dernières paroles, <■ nous « devons un coq à Esculape, n'oublie pas d'acquitter cette « dette(2). »— « Cela sera fait, répondit Criton, mais vois si tu « as encore quelque chose à nous dire. » Il ne répondit rien et un peu de temps après, il fît un mouvement convulsif; alors l'homme le découvrit tout à fait : ses regards étaient fixes. Criton s'en étant aperçu lui ferma la bouche et les yeux. »
En Grèce, l'État était le dépositaire du poison « il était défendu d'en faire usage, même sur sa personne, sans autorisation. Ceux à qui la vie était à charge allaient à la Curie, exposaient les raisons qu'ils avaient de quitter la vie, et demandaient l'autorisation d'en finir avec elle. Ceux dont les motifs semblaient suffisants recevaient, avec l'autorisation, une tasse de ciguë.
Cette même coutume existait dans l'antiquité, à Mar^ seille, colonie phocéenne. La nécessité d'une autorisation préalable pour le suicide avait une sanction : l'individu appartenait à la cité et celui qui la désertait sans permis-
S rïi v?' ^''''°^î!f Trad. de Cousin.
sion était puni, dans ses enfants qu'on privait de son héritage et dans sa mémoire qui était flétrie.
c. Règne minéral : parmi les substances minérales employées comme poison, je vous signalerai le sulfure d'arsenic qui « pris en breuvage, dit Dioscoride, cause de violentes douleurs dans les intestins qui sont vivement corrodés. C'est pourquoi il faut y apporter en remède tout ce qui peut adoucir le corrosif. »
Le cinabre ou sulfure de mercure, la lilharrje et la céruse étaient employés comme poisons.
« Ilestprobable, ditOgier (i), que les prêtres égyptiens ont connu l'acide cyanhydrique et qu'ils savaient l'extraire par distillation des amandes du pécher. L'empoisonnement par ce corps était, semble-t-il, la peine réservée aux initiés parjures qui avaient révélé les mystères sacrés.
« En Grèce et en Égypte, l'empoisonnement étaitdoncun accident ou un crime ou même un mode de supplice. Je ne sache pas qu'il en ait été ainsi chez les autres peuples civilisés. »