Les empoisonnements en Grèce
Chez les Grecs, les empoisonnements criminels semblent avoir été fréquents. Galien donne une liste des poisons employés de son temps, mais il ajoute : « qu'il est imprudent de traiter des poisons et d'en faire connaître la composition au vulgaire qui pourrait en profiter pour commettre des crimes ».
Lesanciens semblent s'être servis de poisons tirés des trois règnes de la nature.
Dioscoride (I), et après lui Galien, donne la liste suivante des substances toxiques qu'ils connaissaient (2) :
a. Règne animal : les canthaiHdes, dont les effets sur les organes génito-urinaires étaient bien connus.
Le lièvre marin, qui était probablement un crustacé, le crapaud, la salamandi^e, les serpents venimeux.
Les anciens n'ignoraient pas le pouvoir nocif de certaines substances alimentaires avariées, et à Athènes on employa comme poison du sang de taureau probablement putréfié ; c'est ainsi que, d'après Plutarque, s'empoisonna Thémistocle.
hQmiel d'Héraclée, dans la province de Pont, était appelé Maïnotnenon ou furieux, parce qu'il possédait la propriété de rendre furieux ceux qui l'avaient ingéré. Les soldats de Xénophon furent frappés par cette intoxication, et celui-ci donne la description suivante des symptômes qu'il observa : « Tous
(1) Ilœfer, Histoire de la chimie, t. 1, p. 21G, 1866.
(2) Ogier, Traité de cinmie toxicolof/iqiie, 1800, p. G.
P. BfloiiA.nnEL. — Les Empoisouaements. 2 -
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les soldats qui mangèrent des gâteaux de miel eurent le transport au cerveau, vomirent, furent purgés, et aucun d'eux ne pouvait se tenir sur ses jambes. Ceux qui n'en avaient que goûté, avaient l'air de gens plongés dans l'ivresse; ceux qui en avaient pris davantage ressemblaient les uns îi des furieux, les autres à des mourants. On voyait plus de soldats étendus sur la terre, que si l'armée eut perdu une bataille, et la même consternation y régnait. Le lendemain personne ne mourut, l'accès cessait peu à peu, à la même heure où il s'était déclaré la veille. Le troisième et quatrième jour, les empoisonnés se levèrent las et fatigués, comme on l'est après un remède violent. »
b. Règne végétal : parmi les plantes dont les propriétés ' toxiques étaient connues, Dioscoride cite :
La mandragore, nom sous lequel on semble avoir réuni ! un certain nombre de plantes de la famille des Solanées ;
La jusquiame, V aconit, dont la racine, la partie la plus I toxique de la plante, avait reçu le nom de pardalianchès ou
tue-panthère ;
j Le colchique, qui servit à la magicienne de Colchide,
Médée, pour préparer ses poisons.
Nicandre, grammairien grec du u-^ siècle avant Jésus- Christ, décrivait ainsi l'empoisonnement par Vopium : « Celui qui boit un breuvage dans lequel entre le suc de pavots, tombe dans un sommeil profond ; les membres se refroidissent, les yeux deviennent fixes, une abondante sueur se déclare sur tout le corps, la face pâlit, les lèvres enflent, les ligaments de la mâchoire inférieure se relâchent, les ongles deviennent livides et les yeux concaves présagent la mort. Cependant ne te laisse pas effrayer par cet aspect, donne vite au malade une boisson tiède, composée de vin et de miel, et remue le corps violemment, afin que le malade vomisse. »
Chez les Athéniens, la ciguë était le poison judiciaire. On employait le suc condensé des tiges, des feuilles, des fleurs