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EMPI,OI DE LA SACCHARINE. «J

tion, une influence nuisible, et nous sommes en droit de conclure que la saccharine et ses diverses préparations doivent ûlre proscrites de l'alimentalion.

Conclusions approuvées par le Comité consultatif cl' hygiène publique de France, dans sa séance du iS août 1888.

PIÈCE No 29.

Emploi de la saccharine (1).

Rapport de MM. Brouardel et Ogier.

Le Comité a reçu quelques documents concernant l'emploi de la saccharine et les réglemeulations adoptées en pays étranger. Les avis sur la- saccharine sont encore loin d'être unanimes, comme on va le voir par ce court résumé des documents en question.

Pays-Bas. — Les Conseils sanitaires de Frise et de Groningue, d'une part, d'Overyssel et de Drenthe, d'autre part, ont décidé que, dans l'état actuel de nos connaissances, il n'y a pas lieu de prendre des mesures spéciales contre l'emploi de la saccharine. Malgré les conclusions favorables prises par les conseils sanitaires des sept provinces relevant de la circonscription d'Amsterdam, les autorités de cette ville auraient , paraît-il, fait procéder à l'examen d'un grand nombre de produits alimentaires soupçonnés d'avoir été préparés avec la saccharine. Dans aucun de ces produits, on n'aurait découvert de saccharine.

Les conseils médicaux des provinces de la Hollande septentrionale, d'Utrecht et de Gueldre se sont récemment occupés de la question de la saccharine. D'après le professeur Stokvis, l'emploi de ce produit est rare en Hollande ; le D'' Leignes Bakhoven l'a trouvé quelquefois dans des sirops de fruits. M. Stokvis rapporte quelques expériences sur la saccharine : tout en disant qu'on n'a pas encore observé de conséquences fâcheuses, il ajoute qu'il a remarqué de légères convulsions chez des animaux auxquels on avait fait absorber 2 grammes de saccharine par kilogramme de poids. Il rappelle les observations faites en France sur les troubles de la digestion consécutifs à l'usage de la saccharine et confirmées par Pilugge.

(1) Recueil des travaux du Comité consultatif d'/iygiâne, t. XVIll. Circulaire du garde des Sceaux du 16 octobre 1888, p. G09. — Circulaire du ministre du Coiumerce, du 9 novembre 1888, p. 610. — Décret prohibant l'importation du 1='" décembre 1888, p. 611.

PlfîCES ANNEXES.

Le D'' Bïiger a donné de la saccharine a de jeunes enfants ; leur augmentation de poids a été normale ; il constate que la saccharine n'est pas un aliment, mais ce point est, suivant lui, de peu d'importance, car les matières sucrées elles-mêmes ne représentent qu'une bien faible portion des hydrates de carbone journellement absorbés par l'homme, 20 grammes peut-ôtre sur 400 ou 500. L'auteur critique, à cette occasion, les conclusions du Comité consultatif d'hygiène de France. Le prétexte nous semble assez mal choisi : il est assurément légitime de dire, comme nous l'avons fait, que le sucre est un aliment et que la saccharine ne saurait le remplacer : 20 grammes de sucre représentent quelque chose dans l'alimentation journalière ; la quantité équivalente de saccharine (240 fois moins) — en admettant qu'elle fût assimilée — est absolument insignifiante.

M. Stoorn a fait beaucoup d'essais en ville sur les bonbons, les chocolats, les jus de fruits, et n'a jamais trouvé de saccharine.

M. Forster fait ressortir l'avantage de l'emploi de la saccharine, qui permet l'utilisation des sucres à bon marché.

En résumé, l'assemblée répond au ministre de l'Intérieur que, pour l'instant, il n'y a pas lieu de prendre des mesures spéciales limitant l'emploi de la saccharine. Il semblerait toutefois, d'après cette discussion, que, si l'on ne conseille pas de mesures spéciales, c'e^t peut-être surtout parce qu'il n'y a pas encore besoin d'en prendre, la saccharine n'étant pas employée.

Mêmes conclusions au Conseil médical d'Utrecht et de Gueldre; plus réservés, les membres de cette assemblée constatent que la saccharine à petites doses n'est pas nuisible comme remède, mais que sa valeur comme aliment est encore inconnue; il nous paraît que cette réserve est au moins inutile : que penser de la valeur comme aliment d'une substance que l'on n'emploiera jamais qu'à des doses infiniment faibles? C'est un peu comme si l'on parlait de la valeur alimentaire de la morphine ou de quelque autre produit analogue. Cette assemblée voudrait ne pas formuler encore de conclusion : elle répond cependant que, puisqu'on n'a pas encore constaté d'accident, pour le moment, il n'y a pas lieu de prendre contre la saccharine de mesures spéciales.

Allemagne. — Le ministre de l'Intérieur a fourni au Reichsiag quelques indications sur les intentions du gouvernement allemand relativement à l'emploi de la saccharine. L'Office de santé continue ses expériences. Le seul résultat considéré comme acquis est que la saccharine ne saurait constituer un aliment. Les observations assez nombreuses des médecins allemands semblent démontrer l'innocuité delà saccharine ; on constate généralement

EMPLOI DE LA SACCHARINE. OiO

que la saveur sucrée de ce produit est assez rapidement prise en dégoût. Le ministre de l'Intérieur a émis l'avis que, pour l'instant, il n'y avait pas lieu de régler, par des mesures législatives, la question de savoir si le mélange de la saccharine aux substances alimentaires devait être autorisé ou interdit — la justice n'ayant pas encore eu à se prononcer à ce sujet.

De son côté, le ministre des Finances estime qu'il n'y a pas urgence à frapper celte substance d'une taxe spéciale.

Seine-Inférieure. — Au Conseil d'hygiène de la Seine-Inférieure, M, le D'" Le Plé a présenté un rapport dans lequel il fait de nombreuses réserves au sujet de l'avis défavorable émis par le- Comité d'hygiène et au sujet de l'exécution des instructions transmises aux préfets et aux procureurs généraux pour poursuivre la saccharine dans les boissons et matières alimentaires. Après avoir rappelé les divers travaux connus, favorables à l'emploi de la saccharine, il semble s'appuyer sur une note de M. Pavy dans le Lancet, où M. Pavy dit d'abord, il est vrai : « En aucun cas, la saccharine ne présente de propriétés irritantes ou nocives, et on peut l'employer indéfiniment en toute sécurité. » Mais le même auteur ajoute : « La saccharine n'est pas un aliment : c'est un condiment. Elle peut rendre les plus grands services aux diabétiques, obèses, à tous ceux qui, pour des raisons quelconques, désirent éviter de prendre du sucre. » Nous n'avons jamais dit autre chose, et nous n'avons jamais eu l'intention de proscrire la saccharine en tant que médicament.

iVI. Le Plé critique la circulaire du ministre du Commerce du 9 novembre 1888, circulaire où il est dit que, d'après les conclusions du Comité, la saccharine possède des propriétés antiseptiques, qu'elle a pour effet de suspendre ou de retarder les actions physiologiques qui transforment les matières amylacées en sucre et trouble profondément les fonctions digestives. M. Le Plé admet fort bien que la saccharine n'est pas un aliment; il admet qu'elle est antiseptique ; mais il n'admet pas qu'elle puisse troubler les fonctions digestives, parce que le fait est contredit par les conclusions unanimes de tous les expérimentateurs qui nous ont devancés. Il ne reste, par suite, à M. Le Plé, pour motiver son jugement, qu'à démontrer l'inexactitude des expériences de MM. Brouardel et Loye, sur lesquelles nous nous sommes principalement appuyés ; c'est ce dont il n'est aucunement question. M. le Plé eslime qu'il est téméraire de proscrire la saccharine de l'alimentation, parce que « la valeur antiseptique de cet agent de saveur peut neutraliser les effets de la ptomaïne (?) ou de certains bacilles et nous préserver des maladies infectieuses dont le foyer

est l'appareil digestif. » En ce qui regarde la destruction des bacilles, nous pensons d'abord que les microbes ne sont pas tous à détruire, et c'est précisément à cause de ses propriétés autisepliques que la saccharine doit être proscrite de l'alimentation. M. le D'' Le Plé estime que la saccharine se recommande à la thérapeutique : nous n'avons jamais dit le contraire, mais il importe de ne pas confondre thérapeutique et alimentation. Quant à la neutralisation des ptomaïnes du tube digestif par la saccharine, nous n'avons aucune donnée sur ce point, et l'idée de M. Le Plé ne se comprend pas très bien et ne repose sur aucun fait précis.

En résumé, nous ne trouvons, dans les travaux qui viennent d'être résumés, aucune donnée nouvelle, qui soit de nature à faire revenir le Comité sur les conclusions qu'il a précédemment adoptées.

M. le ministre du Commerce et de l'Industrie a adressé à M. le ministre de l'Intérieur une lettre émanant de la chambre syndicale des facteurs de province el des expéditeurs de France, dans laquelle cette compagnie, s'appuyant sur diverses considérations qu'il n'y a pas lieu de reproduire ici, demande qu'il soit permis « aux fabricants et aux travailleurs d'user, pendant la période des hauts cours du sucre, des produits que la science a mis à leur disposition, particulièrement de la saccharine, qu'un décret du 1" décembre 1888 a prohibée ». Cette chambre syndicale dit à la fin de la lettre en question : « Il est très possible, très probable même, que, si la question était de nouveau portée devant le Comité consultatif d'hygiène, elle recevrait une tout autre solution et serait tranchée en faveur du nouveau produit. »

Les motifs d'ordre scientifique — les seuls sur lesquels nous ayons à baser notre opinion — qui nous ont fait penser que l'usage de la saccharine devait être proscrite de l'alimentation, n'ont aujourd'hui rien perdu de leur valeur; nous ne croyons donc pas qu'il y ait lieu d'accueillir favorablement la demande formulée par la chambre syndicale des facteurs de province et des expéditeurs de France.

M. le ministre de l'Intérieur a reçu, en outre de M. le ministre du Commerce et de l'Industrie la lettre suivante :

« Paris, le 9 avril 1889,

« Monsieur le Ministre et cher collègue, j'ai été saisi par une Chambre de commerce d'un vœu tendant à l'interdiction de la fabrication de la saccharine en France.

« Afin de pouvoir étudier cette question en tenant compte des

divers intérêts qui s'y trouvent engagés, j'aurais besoin de savoir si l'inlerdiclion demandée pourrait être prononcée sans qu'il en résultât des inconvénients dans la pratique de l'art médical, étant donné que l'importation de la saccharine se trouve maintenant prohibée.

(( Je vous serai obligé de vouloir bien appeler le Comité consultatif d'hygiène publique à délibérer sur ce point et de me faire connaître le résultat de sa délibération.

« Agréez, Monsieur le Ministre et cher collègue, l'assurance de ma haute considération.

Le Pi'ésident du Conseil, Mi7iistre du Commerce, de Vlndustrie et des Colonies, Signé : TIRARD. »

Le Comité d'hygiène pense qu'il serait excessif de prohiber d'une manière absolue la fabrication de la saccharine ; il est, en effet, des cas, assez rares d'ailleurs^ oii ce produit rend des services ; il peut entrer dans la composition de certains médicaments : les médecins en conseillent quelquefois l'usage à des doses faibles à des malades (diabétiques) auxquels le sucre serait nuisible, et qui peuvent, grcàce à l'emploi de la saccharine, retrouver dans certains aliments la saveur du sucre qui leur est interdit.

Ce que le Comité a voulu empêcher, c'est l'emploi régulier de la saccharine comme succédané du sucre dans l'alimentation ordinaire ; mais il estime, pour les raisons qui viennent d'être énoncées, qu'il n'y a pas lieu d'interdire la fabrication d'un produit, qui peut, dans certains cas, rendre des services en thérapeutique.

Conclusions approuvées par le Comité consultatif d'hygiène publique de France, dans sa séance du 20 avril i894 .

Emploi de l'acide borique pour la conservation des poissons de Norvège.

Rapport de M. Gab. Pouchet.

Par une lettre en date du 7 mai 1883, M. le préfet de police demande à M. le ministre du Commerce s'il y a lieu de tolérer la vente, aux Halles centrales de Paris, de poissons conservés par addition d'une certaine quantité de borax.

Un rapport antérieur de M. Bouley (1) conclut à l'autorisation

(1) Recueil des travaux du Comité consultatif d'hygiène, t. YIII, p. 352i

du borax pur pour la conservalion des subsLances alimentaires.

Depuis la proscriplion de l'acide salicylique et des salicylates pour ce môme usage, l'emploi du borax a pris une extension qui justifie une étude approfondie de la question de l'innocuilé de cette substance, introduite aujourd'hui dans une grande quantité d'aliments pour en empêcher les altérations.

Les expériences de MM. Panum, Jourdes, Poinsot, Laborde et Rondeau, Polli, Rabuteau et Papillon, de Cyon, Vigiér, etc., concluent toutes à l'innocuité complète du borax employé même en quantité assez considérable. Mais à côté des résultats obtenus par ces expérimentateurs et constatant l'innocuilé de doses assez fortes de borax, administrées à des hommes et à des animaux, dans une période de vingt-quatre heures, il existe des expériences de M. Le Bon conduisant à des résultats tout opposés.

Sans nous arrêter à des accidents qui paraissent exceptionnels dans l'administration du borax, nous devons mentionner les conclusions d'un travail fort intéressant de M. Gruber relativement à l'influence du borax sur la désassimilation de l'albumine dans l'organisme. Pour cet expérimentateur, le borax déterminerait l'excrétion d'une proportion d'eau considérable, enlrainant ainsi une désassimilation plus forte des matières albuminoïdes.

Si, d'après les expériences de Capelli, citées dans le travail de Polli, des adultes ont pu absorber pendant trois semaines des doses de 4 grammes d'acide borique par vingt-quatre heures sans éprouver d'accidents d'aucune sorte, il n'en est pas moins certain que nul résultat expérimental ne peut nous permettre actuellement d'affu'mer que l'ingestion de doses même beaucoup plus faibles de borax, continuées pendant longtemps, ne finiraient pas par déterminer des accidents plus ou moins sérieux et sur la nature desquels il est impossible de se prononcer pour le moment.

L'action bien certaine du borate de soude sur le protoplasma végétal qu'il tue, ainsi que ses propriétés antifermentescibles, ne permettent pas à coup sûr de l'envisager comme une substance inactive. De plus, il faudrait sans doute, dans le cas d'une ingestion continue, songer à la possibilité d'une cachexie alcaline, plus ou moins analogue à celle qui se montre avec l'abus des alcalins.

D'autre part, le borax du commerce est, le plus souvent, fort impur, et ce n'est certainement pas le borax parfaitement purifié qui se trouve employé dans la grande majorité des cas. Mais nous voulons laisser ce côté de la question pour n'envisager que les résultats de l'ingestion d'un produit suffisamment purifié pour que tout accident imputable à une substance étrangère ne puisse

venir jeter quelque confusion. Le rapport déjà cilé de M. Bouley s'appliquait d'ailleurs au borate Je soude chimiquement pur.

L'état actuel de nos connaissances ne nous permet pas de décider en toute certitude de l'innocuité absolue pouvant résulter de l'ingestion très longtemps prolongée d'une substance qui, il faut bien le reconnaître, est complètement étrangère aux éléments qui constituent nos divers produits alimentaires et qui semble manifester sur l'organisme humain une action désassimilatrice dont la répétition constante ne saurait de prime abord être considérée comme complètement inoffensive.

Ce n'est que par les résultats d'expériences de longue durée que celle délicate question pourra être résolue.

Votre deuxième Commission s'occupe actuellement d'instituer des expériences pour résoudre définitivement la question de l'innocuité du borax introduit dans l'alimentation journalière et elle vous propose, en attendant, de répondre à M. le ministre du Commerce qu'il y a lieu, conformément aux conclusions du premier rapport de M. Bouley, de tolérer, jusqu'à plus ample informé, la conservation des substances alimentaires au moyen du borax.

Conclusions approuvées par le Comité consultatif d'hygiène •publique de France, dans sa séance du 9 novembre 1885 (1).

Acide borique.

Expériences faites dans le laboratoire du Comité consultatif d'hygiène publique de France sur l'action du borax dans V alimentation.

Par M. Gab. Pouchet.

Résultats de ces expériences sur déjeunes chiens nourris avec la pâtée ordinaire dans laquelle on ajoute une certaine quantité de borax :

1" série d'expériences sur trois jeunes chiens. 2° — — sur trois jeunes chiens.

Conclusions: Au bout d'un certain temps (quinze jours au maximum, quatre jours au minimum), les chiens refusent toute nourriture.

Au bout de dix-neuf jours de régime, au maximum, ils meurent tous.

(1) Recueil des travaux du Comité consultatif d'hygiène, t. XV, p. 398.

528 PltoS ANNEXES.

Tableau des expériences faites an Inhovaloive du Comilé consullalif d'hyr/iène •

CIIllïNS

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