II
6 juin 3 690 —
(( Le IS juin, l'animal présente des secousses dans le train postérieur; peu à peu ses membres se paralysent, bientôt les quatre membres sont complètement inertes, la sensibilité est affaiblie, l'animal ne peut plus se tenir debout.
(( Le 16 juin, son poids est de 2''e,970.
« Le 17 au matin, il meurt ayant perdu plus du tiers de son poids.
u L'autopsie a été faite par M. Brault, directeur du laboratoire d'anatomie pathologique de la Faculté, qui nous donnera ultérieurement les résultats de l'examen microscopique des centres nerveux.
« M. le Dr Vibert, chef des travaux anatomiques au laboratoire de toxicologie, a fait l'examen histologique de l'estomac, de l'intestin [iléon), du foie, de la rate et des reins de deux chiens qui avaient pris de la saccharine pendant à peu près un mois, à
(1) Appétit faible.
(2) L'appétit revient.
la dose de 1 à 3 grammes par jour. Les organes étaient sains. C'ipeiidant le rein d'un des chiens présentait une stéatose assez marquée des cellules épilhéliales. Nous ne voulons pas conclure de ce fait, parce que les cellules épilhéliales des reins du chien contiennent de la graisse à l'étaL normal. Cet état était plus marqué que d'habitude. Nous nous contentons de noter le fait. »
Nous ne devions pas passer ces constatations sous silence ; mais comme elles sont isolées, nous n'en tiendrons aucun compte dans nos conclusions, laissant à l'avenir le soin de préciser leur valeur.
' Résumé. — En thèse générale, les matières antiseptiques ou •capables d'entraver la fermentation, matières si intéressantes au point de vue thérapeutique, ne doivent pas être introduites dans l'alimentation. Rappelons qu'une substance n'est un aliment qu'à condition d'être altérable, de pouvoir subir dans l'économie toute la série des transformations qui la rendent assimilable. Non seulement, comme nous l'avons dit, la saccharine n'est pas un aliment, mais il y a plus : par ses propriétés antiseptiques, elle rend partiellement inaltérables les substances alimentaires auxquelles elle se trouve mélangée. Remplacer le sucre par la saccharine, c'est supprimer un aliment pour le remplacer par un corps inerte ; c'est entraver ou retarder les actions physiologiques qui produisent la transformation en sucre des matières amylacées; c'est, en somme, exposer de ce chef l'organisme à un double déficit. Le retard apporté à la transformation de la fibrine, de de l'albumine, n'est pas moins bien démontré ni moins grave.
Tels sont les motifs pour lesquels votre Commission pense que la saccharine ne doit pas être introduite dans l'alimentation.
Nous vous proposons, en conséquence, de répondre comme il suit à M. le ministre du Commerce :
1" La saccharine n'est pas un aliment et ne peut pas remplacer le sucre ;
2» L'emploi, dans l'alimentation, de la saccharine ou des préparations saccharinées, suspend ou retarde les transformations des substances amylacées ou albumiueuses ingérées dans le tube digestif;
30 Ces préparations ont donc pour effet de troubler profondément les fonctions digestives. Elles sont de nature à multiplier le nombre des affections désignées sous le nom de dyspepsie;
40 L'emploi de la saccharine est encore trop récent pour que les conséquences d'une alimentation dans laquelle entrerait journellement de la saccharine, puissent être toutes bien déterminées ; mais dès maintenant, il est établi que son usage a, sur la diges-