‹ Les Emprunts de GuerreChapitre 3 sur 143 · LEONE · texte numérisé non relu

LEONE

la conduite de la guerre et qu'il désire obtenir en faisant appel au Crédit, que sont-elles ? Quelles sont leur étendue et leurs limites qui marqueront elles-mêmes les limites que pourra atteindre le Crédit ?

L'Etat dispose seulement des richesses présentes: Marchandises existant actuellement, services des individus exi1stant actuellement; il est impossible d'utiliser des richesses futures ; tout ce qui est nécessaire à la guerre doit-être ou bien produit pendant la guerre même ou bien faire partiedu stock préexistant, dans le pays lui-même, où à l'étranger.

Par contre, il n'est pas douteux que l'Etat utilise l’épargne future, en vue de se procurer les richesses présentes. Il semble cependant étrange de dire épargne future, quand on pense que les emprunts sont en principe soldés aux guichets d'émission en numéraire. Ce n’est qu'une apparence en cflet; lorsque les premières émissions ont épuisé l'épargne avec quoi les souscripteurs acquittent-ils leurs titres? Lorsque tout le capital circulant disponible à louverture des hostilités, a été absorbé, l'Etat vient en aide aux souscripteurs et à lui-même.

Par les émissions de billets de banque ou d'Etat, par la multiplication du crédit en banque, il se procure directement des ressources qui déjà hypothèquent l'avenir; une partie de’ces mêmes ressources lui reviendra encore sous forme de souscription aux emprunts.

De cette façon l'épargne future est frappée deux fois: Par la nécessité du remboursement des billets ou des crédits et par la nécessité de l'amortissement des emprunts, ou tout au moins du service des intérêts, si l'Etat a contracté en-perpétuel.

Si le créditest limité aux richesses présentes, ces richesses elles-mêmes sont plus restreintes qu'on pourrait se limaginer, car ne doivent entrer en ligne de compte que les richesses susceptibles d'utilisation actuelle. Et cela est bien

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exact, si l’on considère la situation d’un Etat qui a tenté de dépasser cette borne ; en s'aperçoit qu’il y est ramené automatiquement, malgré lui, mais non sans dommage pour l’économie nationale. Un équilibre doit nécessairement se produire et malgré des oscillations, le crédit et la richesse

doivent finir par s'égaler. Le degré de tension de l'effort

demandé au crédit se manifeste par des symptômes qui sont:pour un gouvernement des avertissements qu'il serait coupable de négliger : Hausse des changes étrangers, dépréciation de la monnaie intérieure. Ces deux phénomènes se produisent concurremment sans que l’on puisse songer à

agir sur eux d'une manière efhicace et durable autrement

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qu'en se rapprochant de l'équilibre momentanément rompu entre la production et le crédit.

La notion du crédit, tel que le définit M. P. Leroy-Beaulieu ne se trouve peut-être pas entièrement réalisée en temps de guerre:

L'intervention des facteurs économiques se combine avec celle d’autres facteurs; il faut compter d’abord avec le rôle essentiel du sentiment patriotique, parfois aussi dans une certaine mesure avec la menace plus ou moins directe de l'emprunt forcé exprimé un jour ouvertement par M. Carlo .

Schanzer, ministre du Trésor italien (exposé financier du

16 décembre 1919).

« Dans la mesure de nos forces nous croyons avoir fait notre devoir. Ce que peut faire un ministère c'est bien peu de chose. C'est le peuple qui est le véritable artisan de la vie nationale et notre salut dépend de la conscience dont il fera preuve à cette heure toute pleine de difficultés et de dangers.

« Tout le monde, sans exception aucune, doit faire son devoir en souscrivant à l'emprunt. Si la bourgeoisie ny contribue pas de toutes ses forces, elle signera son abdication. En contribuant au salut de l'Etat aujourd'hui chacun

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se sauvera soi-même. lant pis pour celui qui ne sait pas comprendre ; s'il est des aveugles à ce point qui refusent de donner à l’Etat leurs ressources, qu'ils n'oublient pas cette loi supérieure, à la fois de morale humaine et de nécessité politique, qui ferait un devoir à l'Etat de demander par coercition, ce qu'il n'aurait pas réussi à obtenir de la libre volonté de tous les citoyens. » ;

Nous allons exposer dans la suite: de cette introduction la théorie générale des emprunts de guerre, la politique financière et la situation des dettes publiques à la veille des hoëtilités. Nous étudierons ensuite dans une première partie la politique financière et les emprunts pendant la guerre, et dans une deuxième partie là politique financière d’après guerre et la liquidation des dettes publiques.

Cette étude sera consacrée aux belligérants suivants :

France, Angleterre, Italie, Allemagne.

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