‹ Les enchainements du monde animal dans les temps géologicquesChapitre 54 sur 128 · I. Terebratm, perforé · texte numérisé non relu

I. Terebratm, perforé

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puis les temps cambriens, soit depuis l'époque silurienne, soit depuis l'époque dévonienne jusqu'à nos jours; plusieurs autres sont restés confinés dans les temps primaires.

Nous avons vu que les brachiopodes, qui, à en juger par l'étal actuel de nos connaissances, ont apparu les premiers dans le monde, ont été des brachiopodes inarticulés, et notamment des lingules; ils ont présenté la forme la plus simple sous laquelle on puisse concevoir une coquille à deux valves.

Aujourd'hui les brachiopodes inarticulés, lingules, discines, cranies ont une bouche et un anus. 11 est permis de croire qu'autrefois il en a été ainsi; ce qui donnerait quelque base à cette supposition, c'est que les bryozoaires, auxquels on attribue une parenté avec les brachiopodes, ont une bouche et un anus. Il est incontestable que la présence d'un anus est un caractère de supériorité; chez les êtres inférieurs, tels que les polypes composés, les molécules qui sont introduites servent pour la plupart à former des individus nouveaux; chez les êtres supérieurs arrivés à l'état adulte, la nutrition ne produit pas des parties nouvelles, mais un renouvellement continuel des parties anciennes, de manière à réparer les déperditions de forces causées par une puissante mise en jeu des organes; l'excrétion devient alors une importante fonction, et l'anus, qui en est l'organe, marque un progrès. Si donc les brachiopodes pourvus d'un anus ont eu leur règne avant ceux qui en sont dépourvus, nous sommes obligés d'admettre que l'histoire paléontologique de ces animaux indique à certains égards, non pas un progrès, mais un amoindrissement, t // faut supposer, a dit M. King, que les trétentérés ont dégénéré en distenlérés, de même que les ophiuridés qui sont sans anus proviennent de larves pluléiformes avec anus. >

Lorsque l'on considère les différences considérables qui existent entre les types extrêmes des coquilles réunies sous le nom de brachiopodes, il semble qu'il doive être facile d'établir parmi eux des divisions bien tranchées; pourtant on trouve là plus encore peut-être qu'ailleurs des exemples de passages. On

en remarque même entre les deux divisions principales des brachiopodes : celles des articulés et des inarticulés; suivant M. Davidson, la Trimerella est intermédiaire entre ces deux divisions; le Produclus a ses valves non articulées, quoique, par l'ensemble de ses caractères, il doive être rangé parmi les brachiopodes à valves articulées.

Il y a des transitions aussi entre les familles : la Chonetes, la Strophalosia, la Strophomena participent des caractères des orthisidés et des productidés; YAtrypa diminue la distance qui sépare les rhynchonellidés des spiriféridés, elfaRhynchotrela diminue celle qui sépare les rhynchonellidés des térébratulidés.

Entre les genres d'une même famille, les limites sont souvent difficiles à établir, et des caractères qui d'abord avaient été jugés excellents pour les distinctions génériques, ont paru instables à mesure qu'on les a étudiés sur un plus grand nombre de sujets. Par exemple, les premiers naturalistes qui ont jeté de la lumière sur la classification des genres de brachiopodes, ont pris pour bases de cette classification les caractères de l'ouverture et ceux du deltidium qui la recouvre plus ou moins; on ne pouvait, en effet, considérer ces caractères comme dépourvus d'importance, car de la présence ou de l'absence d'une ouverture pour le passage du pédicule, résulte l'état de liberté ou de captivité des brachiopodes. Mais on s'est bientôt aperçu combien l'ouverture est variable : le StringocephaluSy la Cyrtia, YAlhyris (Spirigera), VAtrypa, VOrthisina, la Slrophomena, la Leptœna ont dans leur jeunesse une ouverture qui tantôt persiste, tantôt se ferme dans l'âge adulte, ce qui équivaut a dire que des animaux issus des mêmes parents peuvent devenir libres ou rester captifs. Alors on a rayé de la liste des caractères génériques ceux qui sont tirés de l'ouverture, espérant pouvoir, avec d'autres caractères, arriver à former des genres dont les séparations seraient plus fixes. Ces séparations ne me semblent pas devoir être bien nettes aux yeux mêmes des spécialistes les plus expéri-

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mentes, car je suis frappé de voir combien il y a de désaccord sur les délimitations génériques de plusieurs des brachiopodes les plus vulgaires; on en peut faire la remarque particulièrement sur les animaux de la famille des orthisidés.

On n'a pas observé dans les parties internes, telles que les impressions des muscles, les cloisons, les supports des bras, la même variabilité que dans la forme de l'ouverture et les autres caractères externes. Mais cela peut provenir de ce que les parties enfermées dans l'intérieur de coquilles difficiles à ouvrir, comme celles de la plupart des brachiopodes, ont été moins étudiées. Par exemple, il y a lieu de supposer que, suivant les harmonies habituelles de la nature, les muscles destinés à agir sur le pédicule ont été modifiés en même temps que lui. Récemment, un paléontologiste de Manchester, le révérend Norman Glass, est parvenu à dégager les supports des bras d'un grand nombre de brachiopodes avec une singulière netteté ; un des premiers résultats des habiles procédés de M. Glass a été de révéler la mutabilité de ces supports : il a montré que le nombre et la direction de leurs circonvolutions spirales varient dans une même espèce de spiriféridé 4 .

D'après les considérations qui précèdent, je suis porté à croire que les genres de brachiopodes ont pu passer les uns aux autres. Cependant, comme M. Davidson n'admet pas les passages des genres, je dois, en présence d'une aussi haute autorité, supposer que, dans l'état actuel de la science, les passages des genres ne sont pas encore suffisamment démontrés. Mais, ainsi que j'ai eu occasion de le dire dans un de mes précédents ouvrages, les discussions des naturalistes au sujet de la fixité ou du passage des espèces rappellent celles des nominalistes et des réalistes du moyen âge; comme les nominalistes, les partisans de la fixité des espèces contestent en

1. Dans la planche XXXII du Supplément aux brachiopodes fossiles, M. Davidson figure des Spirifer Uneatus dont les cônes spiraux se dirigent vers le bord cardinal au lieu de se diriger vers les bords latéraux comme dans la plupart des Spirifer.

général la réalité des genres; ils n'admettent que la réalité des espèces; les noms de genres ne sont pour eux que des noms conventionnels. C'est donc seulement la question des espèces qui doit les préoccuper. Or M . Davidson doute qu'il soit possible de marquer les limites des espèces de brachiopodes; en vouant sa vie entière à l'étude de ces animaux, en les suivant à travers tous les temps géologiques, à travers tous les pays, il a touché du doigt leurs mutations, et a donné la plus éloquente preuve de la plasticité des espèces. Ses ouvrages montrent souvent réunies, dans une même planche, des variations d'espèces tellement grandes, que s'il n'avait pas découvert leurs insensibles dégradations, on n'hésiterait pas à les regarder comme des entités distinctes, indépendantes les unes des autres : t Parmi les brachiopodes, a dit M. Davidson 1 , les passages de formes sont si nombreux el si insensibles, que pour peu que Von opère sur un nombre considérable d'individus, on se trouve sans cesse dam Vembarras de savoir où tracer des lignes de démarcation entre une espèce et une autre, et Von se perd dans le labyrinthe où on a eu le malheur de pénétrer. »

1. Bulletin de la Société géologique de France, 2* série, vol. XI, p. 173, 1854.

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