N.Jahrb., 1892, II
leucite a pu alors cristalliser librement. Au moment de l'éruption, le magma a été plus ou moins fondu et a attaqué la leucite, qui a été ainsi, complètement ou partiellement, épigénisée.
La structure de la plupart de mes microsanidinites à leucite semble indiquer la cristallisation d'un magma en voie d'ascension; les passages insensibles de ces microsanidinites à de véritables trachytes microlitiques paraissent aussi prouver que le magma a dû venir bien près de la surface.
Il me semble difficile d'attribuer ces pseudomorphoses à l'action du magma fondu. Les renseignements que l'étude des enclaves énallogènes nous a fournis sur les phénomènes qui ont accompagné la genèse des roches à orthose, tenderait à prouver, au contraire, que ces transformations se sont effectuées par voie de fumerolles. Ces pseudomorphoses de leucite de la Somma sont comparables aux produits de transformation des feldspaths des trachytes englobés par les trachytes du Mont-Dore, et dans lesquels, sans que la roche paraisse altérée, tous les grands cristaux de sanidine sont remplacés par un agrégat miarolilique de sanidine, avec parfois du pyroxène, etc. (Page 248.)
J*ai, du reste, un fait précis à apporter en faveur de mon hypothèse. J'ai recueilli dans la lave du Vésuve de 1872, un bloc do leucotéphrite d'une éruption antérieure, et dont tous les grands cristaux do leucite sont transformés ou en voie de transformation en orthose. Dans ce cas de pseudomorphoses, le rôle joué par les fumerolles est prépondérant.
On peut donc supposer que les roches acides à leucite qui nous occupent ont cristallisé en profondeur et dans des conditions favorables sous forme de sanidiniteSi microsanidinites^ ou trachytes à leucite^ et que ne s'élant
pas épanchées, elles ont été longtemps soumises à des émanations volatiles qui les ont accompagnées ou les ont postérieurement traversées; ce sont elles qui ont transformé la leucite dont la composition chimiiiue explique aisément la nature des minéraux néogènes formés à ses dépens.
Somma. — J'ai exposé page 306 les raisons pour lesquelles je croyais devoir établir deux catégories dans les sanidinites de la Somma. L'une, dont J'ai seulement à m'occuper ici, est constituée par des roches dont le mode de formation est comparable à celui des sanidinites des autres gisements étudiés dans ce chapitre (sanidinites normales), tandis que l'autre s'est produite dans des conditions spéciales, au sein des druses de calcaires métamorphisés.
Je distinguerai dans ces sanidinites normales deux catégories, suivant qu'il existe ou non de la leucite.
a) Sanidinites sans leucite. — Les sanidinites sans leucite correspondent au type commun miarolitique; elles sont souvent assez friables. Leurs feldspaths (orlhose et quelquefois anorthose) sont très aplatis suivant g^ (010) et limitent des cavités plus ou moins remplies par de lasodalite, et plus rarement de la néphéline. Il existe toujours une petite quantité de hornblende brun verdâtre, soit en grands cristaux, soit en longues aiguilles cristallitiqnes. Du sphène, quelquefois un peu d'augite, de biotite complètent la composition de ces roches, en somme fort simples.
L'apparition du grenat mélanite semble établir le passage de ces sanidinites à celles auxquelles j'ai fait allusion plus haut, et dans les druses desquelles abondent les minéraux exceptionnels, sur lesquels je crois inutile de revenir maintenant. (Voy. p. i^06.)
Les sanidinites normales forment non seulement de gros blocs cpars dans les tufs de la Somma, mais encore
des nodules de toutes grosseurs, englobés non seulement par les trachytes, mais encore par les leucotéphrites acides^ scoriacées ou compactes. Il est à remarquer que les sanidinites que l'on rencontre en enclaves dans ces roches sont généralement dépourvues de grenat.
Dans d'assez nombreux échantillons, les cristaux de feldspath, au lieu d'ôtrc enchevêtrés les uns dans les autres, sont clairsemés dans la roche et entourés de cristaux d'orthose de même forme, mais plus petits, accompagnés de hornblende et de sodalite. On est ainsi conduit à des sanidinites ayant la structure des syénites néphéliniques trachytoïdes. Ces roches présentent donc une tendance à la production de deux temps de consolidation, plus ou moius distincts suivant les échantillons. Tantôt la sodalite est très abondante, formant de larges plages, qui englobent un grand nombre de lamelles feldspathiques, tantôt, au contraire, elle est très réduite, les cristaux de feldspath sont alors pressés les uns contre les autres, et la roche rappelle comme structure certaines microsanidinites du M^* Olibano, qui conduisent à de véritables trachytes microlitiques.
Dans quelques échantillons très feldspathiques, les relations mutuelles des cristaux de feldspath, présentant des dimensions différentes, sont renversées; ce sont alors les cristaux les plus petits qui sont englobés en grand nombre dans d'énormes plages d'orthose renfermant, en outre, de longues aiguilles de hornblende, et parfois du grenat.
Les relations de toutes ces sanidinites avec les trachytes à sodalite dont il a été donné une brève description, page 273, ne peuvent laisser aucun doute. Les dernières variétés de sanidinites dont il vient d'être question établissent le passage entre les types holocristallins miarolitiques et la forme microlitique du même magma.
II me reste à citer deux échantillons exceptionnels. L'un est une microsanidinite : elle possède un aspect très caractéristique, grâce à l'existence de grands cristaux d^orthose, niaclés suivant la loi de Garlsbad, aplatis suivant g^ (010), et rappelant comme dimensions les cristaux de sanidine des trachytes de la Grande-Cascade au Mont-Dore. Ils sont disséminés dans un magma grenu de biotite et de feldspath. Au microscope, on constate que ce magma est holocristallin, constitué par de Taugite, de la biotite et du feldspath triclinique moulé par de Torthose microgranitîque.
L'autre échantillon est à grands éléments, formés en grande partie d'énormes cristaux d'orthose maclés, pressés les uns contre les autres et donnant à la roche l'apparence d'un granité gneissique^ En lames minces, on constate que ces grands feldspaths englobent de Tapatite, de la biotite, de l'augite, de la hornblende et du feldspath triclinique. Les inclusions gazeuses sont très abondantes dans tous les feldspaths.
b) Sanidinites à lev.cite. — Les sanidinites à leuclte ne sont pas extrêmement rares. Je les ai trouvées soit en blocs épars, soit en enclaves dans les bombes de leucotéphrites à sanidine, décrites page 275. Elles sont à grands éléments, elles renferment des cristaux automorphes de hornblende verte et d'augite en voie de transformation en lamelles de biotite. Le même minéral se présente aussi en grandes plages, ophitiques par rapport à l'orthose. Ce feldspath est contemporain de la leucite, qui forme de grandes plages sans contours géométriques. Ces roches sont sou-
t. Cette analogie est, du reste, toute extérieure. Je rappellerai que des blocs de granité ont été trouvés à la Somma par J. Roth; j'en ai recueilli dans les tufs du lac de Vico et de Dracciano- Ils ne présentaient aucune modlHcation métamorphique, c'est pourquoi je les ai pas&és sous silence dans mon étude des roches énallogènes.
vent calcifiées et altérées; elles ont alors le cachet de roches anciennes.
Dans quelques autres écliantlllons, au contraire, les éléments sont parraitement frais; l'orlhose se présente souB forme de crlslaux aplatis, souvent curieusement creusés de cavités et englolxis en grand nombre par des plages plus grandes du môme minéral. On se trouve là eu pré-
sence d'une sorte de pegniatile graphique d'ortkose dans orlhose (fig. 29), La leucite paraît en partie postérieure aux feldspath». Ces sanidiniles renferment de l'amphibole, du pyroxène, du mica, parfois du grenat.
Je les ai surtout rencontrées en enclavesdans des roches à leucite renfermant de grands cristaux de sanidinc.
Enfin, j'ai trouvé de laleucile dans des sanidinites niiaroUtiqucs à sodalite; elles y jouent le môme rôle que ce dernier minéral. L'une d'elles possède la structure à deux
temps, conduisant aux microsanidinites ; la sodalite est très abondante et accompagnée de grandes plages de leucite, qui parait le dernier élément consolidé. La roche est creusée de géodes, que remplissent des cristaux de werné-i rite (mizzonite), denéphéline, de microsommite, d'orthose, de grenat, de pyroxène, minéraux qui, sur le plancher de la druse, ont imprégné les éléments normaux de la roche.
Cette microsanidinite établit le passage entre les sanidinites à grands éléments et un trachyte à sodalite et leucite dont je n'ai recueilli qu'un seul échantillon, et qui ne diffère du trachyte à sodalite de Scarrupata (page 293) que par l'existence do plages xénomorphes de leucite. La postériorité de la leucite à tous les autres éléments est ici un Fait digne d*ôtre noté.
Enfin, en terminant, je signalerai un échantillon fort intéressant qui possède la structure d'une microsanidinite et qui contient des grands cristaux de sanidine (type Grande-Cascade) et des cristaux de leucite de 1 cent, de diamètre, entièrement transformés en un mélange de sanidine en cristaux nets et de sodalite.
Au microscope, on constate que la roche est à deux temps distincts; il existe de grands cristaux d'orthose, d'augite, de mica, accompagnant les pseudomorphoses de leucite dont il vient d'être parlé. Ces dernières sont consti^ tuées par des cristaux de sanidine, aplatis suivant (7^(010), offrant parfois la structure pegmatoïde représentée par la figure 29. Ils sont en partie moulés par de la sodalite. Il existe, en outre, parfois un peu d'augite. Ces cristaux d'orthose sont enchevêtrés et souvent implantés en faisceaux sur les parois du pscudocristal de leucite. Le centre de celui-ci est parfois occupé par une géode remplie par des cristaux nets et limpides de sanidine. Un grand cristal d'orthose se trouve-t-il englobé par une de ces pseudomor-
pfaoses , il sert de centre d'attraction à Torthose néogène qui s'oriente sur lui et le termine par une bordure de couleur plus claire avec des faces brillantes. Ces pseudomorphoses sont, au point de vue de la structure, et de la composition, identiques à quelques-unes des sanidinites du même gisement. Quant à la pâte de la roche, elle est riche en sodalite et ne dififère de la microsanidinite décrite plus haut que par Tabsence de la leucite.
Ces pseudomorphoses de leucite sont celles qui ont été étudiées par A. Scacchi^ Haidinger, Blum, Rammelsberg^ et Ë. Scacchi ^, elles sont identiques à celles des syénites néphéliniques du Brésil et de TArkansas. Dans le résumé de ce paragraphe, j'ai montré comment on peut les interpréter.
Massif de Roccamonflna. — Dans mon récent voyage à Roccamonfina, j'ai trouvé des enclaves fort curieuses que je décris ici, tout en faisant quelques réserves au sujet de leur origine. Elles sont constituées par des syénites néphéliniques : je les ai trouvées au milieu de scories basiques rougeàtres, peu après avoir quitté le village de Gescheto, sur le flanc 0. du Monte la Frascara. Je dois à l'obligeance de M. Bassani des roches analogues qu'il a recueillies en blocs épars à Valogno-Piccolo, non loin des célèbres leucilophyres qui contiennent les énormes cristaux de leucite, répandus dans toutes les collections.
Les enclaves de la Frascara renferment beaucoup d'augite, de hornblende vert foncé, d'apatite, de sphène, de magnétite, englobés par de grandes plages d'orthose qui sont associées à un peu de feldspath triclinique. Il existe,