‹ Les enclaves des roches volcaniquesChapitre 14 sur 206 · Tschermak's Miner. Miitheil, VII · texte numérisé non relu

Tschermak's Miner. Miitheil, VII

quartzite de la grosseur d'ua œuf de poule qui se séparent facilement de la matière ambiante. Entre les deux, existe une couche mince, vitreuse, jaunâtre. La couronne d'augite brune est formée d'individus disposés sans ordre ou, plus rarement, orientés normalement à la surface du quartzite. Il semble que le quartz aie parfois recristallisé, car on y trouve en inclusions de Taugite semblable à celle du magma. Le verre basaltique injecté dans les fentes du quartzite a des aspects très variés suivant la couleur et Tétat de dévitrification. 11 renferme : augite, magnétite et feldspath triclinique en proportion variable. De la calcite secondaire remplit les fentes de retrait. Le quartz possède quelques inclusions vitreuses secondaires et une quantité considérable d'inclusions gazeuses (cristaux négatifs). Une enclave de quartz provenant des blocs détachés de Harra montre dans Taugite des cavités allongées à section arrondie ou triangulaire. L'augite présente de l'extérieur vers l'enclave une couleur variant du brun violacé au brun clair.

Sur le versant N. du Abd Mâr, près Salchat, les enclaves de quartzite sont si nombreuses qu'on ne peut casser un bloc de basalte sans en trouver. Le quartz est laiteux, fritte, friable, très riche en cavités à gaz. Le quartzite est formé par une mosaïque de quartz intact dont les éléments sont séparés par un réseau vitreux.

Au sommet de la même montagne, on ne voit plus d'enclaves de quartzite, mais leur place est occupée par de belles d ruses d'augite.

Pays des Somalis. — Les enclaves de quartz décrites par M. A. BosivaP dans les laves basaltiques d'Addele

1. Beitrage zur geol. Kenntnis der Ostlichen Afrika. — Denkschr, des maih, Naturwiss, Classe der kais. Àkad, d. Wissensch, Wien,, l^VIU, 1891, p. 64 du tirage à part.

Gubo présentent les particularités habituelles dans les zones de verre et d'augite microlitiques.

Philippines. -— M. Renard a signalé des enclaves de quartzite dans les UÂbradorites augitiques à hornblende et augite (passant aux basaltes) de Tile de Caminguin. La roche est partiellement fondue, et dans la partie intacte, on distingue, au milieu du verre, des cristallites d'augiteet des lamelles de tridymite.

Australie. — J'ai eu l'occasion d'examiner une bombe provenant des projections basaltiques du mont Eléphant (Victoria). Elle est formée par un grès fondu, à surface vernissée, ne montrant au microscope que des grains de quartz, disséminés en grand nombre dans un verre jaunâtre à structure fluidale nette. Il n'existe pas de recristallisations. Les basaltes en coulée de cette région sont très riches en petites enclaves sporadiques de quartz et de feldspath. *

Amérique du Nord. — Les volcans de TOuest américain offrent des basaltes remarquables par Tabondance des grains de quartz qu'ils renferment. MM. Diller* et Iddings^ qui les ont étudiés, considèrent ces roches comme des basaltes quartzifères ^ dans lesquels le quartz est un élément primaire, antérieur à Tolivine. J'exposerai tout d'abord les faits d'après les savants américains.

Le basalte à hypersthène du Ginder Gone (Lassen Peak, Volcanic Ridge, N. Galifornie) renferme des grains arrondis ou anguleux de quartz (possédant un petit nombre d*inclusions gazeuses, liquides et vitreuses) en même temps que des fragments irréguliers de feldspaths anciens (criblés d'inclusions vitreuses) en voie de résorption.

1. Amer, Joum. ofSc, XXXIII, Janv. 1887, et BulL U. S. Geol. Survey, n" 79, 1891.

2. Amer. Joum, ofSc. XXX Vï, 208, 1888, et Bull. U.S. Geol. Survey, Q" se, 1890.

Ces feldspaths difTèreut nettement de ceux qui abondent comme éléments normaux dans la roche. Le quartz est généralement entouré par les zones habituelles de verre et de microlites d'augite. II est également abondant dans les produits de projection, et, dans ceux-ci, M. Diller décrit des fragments ponceux blancs, contenant des grains de quartz et de feldspath imparfaitement fondus. L*auteur, tout en admettant que le quartz du basalte est indigène, ne se décide pas sur Torigine de ces scories blanches qui i*essemblent, à s'y méprendre, d'après sa description, auxgranulites scorifiées de la Denise.

Dans les basaltes du Rio -Grande Canon (Tewen, Montains, New-Mexico), le quartz, d'après M. Iddings, est dépourvu d'inclusions (sauf celle d'un zircon dans un échantillon) ; les individus arrondis ou anguleux sont parfois formés de deux grains accolés. Dans les projections, on a trouvé des nodules à olivine, du quartz et du feldspath (d'après M. Diller).

Des basaltes semblables, mais avec moins de quartz, s'observent dans la môme région au mont Taylor et dans ses environs, près d'Eureka (Nevada), dans le Santa Maria Basin (Arizona) [les inclusions sont rares dans le quartz, ce sont des inclusions gazeuses, des cristaux de zircon, d'apatite], dans TUtah, à Ice Cave Buttes et Tabernacle Grater ; dans le Colorado, aux environs de Crescent et de Whitehead Peaks, de Camel Mountains et de Eik Head Creek près Hayden. "

Dans les basaltes de ce dernier gisement décrit par M. Iddings, les inclusions gazeuses sont assez abondantes dans le quartz, on y trouve en outre en inchisions du zircon, de Tapatite. Les cristaux de quartz sont souvent formés de deux ou trois individus accolés.

M. Iddings admet que la cristallisation du quartz a dû

se produire en profondeur « par la sursaturation du magma, grâce à des changements de température ou de pression accompagnés par l'action minéralisatrice de la vapeur d'eau, absorbée par le magma ». L'auteur ajoute que la couronne du quartz montre que les conditions dans lesquelles ce minéral a cristallisé n'étaient pas les mêmes que celles qui ont présidé à la fin de la cristallisation de la roche.

M. Diller se range à la même manière de voir et fait remarquer en outre que dans la région du Ginder Cône, il n'existe pas (sauf une dacite peu abondante) de roches quartzifères et que, du reste, le basalte du Ginder Cône étant le seul de la région à renfermer du quartz, si ce dernier y était à l'état d'enclaves, il devrait se rencontrer dans les autres basaltes de la région, ce qui n'a pas lieu.

Les principaux arguments invoqués par MM. Iddings et Diller peuvent se résumer de la façon suivante :

1^ Distribution uniforme de quartz dans le basalte;

V Analogie des grains de quartz de ces basaltôs avec ceux des porphyres et des rhyolites (tendance à la forme bipyramidée, inclusions vitreuses);

y Absence de roches quartzifères en quantité notable dans la région considérée (Ginder Gone);

4^ Existence du quartz au Ginder Gone alors que ce minéral manque dans les autres basaltes de la région.

Remarquons immédiatement, d'accord avec les auteurs précités, que l'existence des couronnes d'augite et de verre autour des grains de quartz prouve que ce quartz n'est pas secondaire, mais n'apprend rien au sujet de son origine. Les modifications du quartz ne dépendent pas en effet de son mode de formation, mais de la différence de composition chimique existant entre lui et le magma qui l'englobait au moment de l'épanchement volcanique.

Pendant le refroidissement du basalte, les grains de

quartz, qu'ils aient été formés daas le magma, ou qu'ils aient été englobés après coup par celui-ci, ont été évidemment soumis aux mêmes conditions, et par suite, ont dû se comporter de même.

L'égale distribution du quartz dans le basalte est un argument grave, mais elle paraît imparfaitement établie par les auteurs. Les photographies et dessins accompagnant leurs mémoires représentent des échantillons exceptionnels, dans lesquels la quantité de quartz parait être telle que leur teneur en silice devrait être supérieure à celle des échantillons dont ranalyse est donnée. J'ai eu Foccasion d'étudier de petits fragments de la roche du Ginder Gone, que je dois à l'obligeance de M. Diller, le quartz n'y est pas plus abondant que dans beaucoup de basaltes à enclaves d'Auvergne. Au col des Goules (Puy-de-Dôme) et aux environs du Puy en Velay {aîidésites augitiques d'Espaly) notamment, il n'est pas rare de trouver des roches basiques dans lesquelles les enclaves de quartz et de feldspath, assez bien calibrées, constituent un élément porphyrique, presque uniformément distribué, sans que pour cela, il soit possible d'élever l'ombre d'un doute au sujet de leur origine étrangère.

Quant à l'analogie du quartz du Ginder Gone avec les grands cristaux de quartz des porphyres et des rhyolites, elle parait fort discutable. D'après les auteurs, un seul échantillon a présenté l'apparence d'un cristal bipyramidé : ces grains de quartz ont la forme que doivent présenter des fragments de grès ou de roches anciennes, arrondis par la fusion. Quant aux inclusions vitreuses, on sait que, si elles existent normalement dans le quartz des rhyolites elles ne sont pas rares dans les quartz enclavés par les roches volcaniques et dans ce cas, leur origine secondaire n'est plus en discussion.

L'absence, à la surface du sol, de roches quartzifères,

n'exclut pas l'hypothèse d'enclaves. L'étude du Plateau Central de la France que j'ai faite à ce point de vue, montre que des fragments de gneiss à cordiérite, de quartz se trouvent souvent dans des roches volcaniques, là où il n'existe aucun affleurement de roches anciennes, recouvertes qu'elles sont par un épais manteau volcanique.

De même, on trouve souvent côte à côte des coulées dont les unes sont très riches eu enclaves, aloi*s que les autres en sont complètement dépourvues, soit qu'en raison des conditions spéciales de leur venue au jour, ces coulées n'en aient jamais eu, soit que leur température, au moment de leur épanchement, étant plus élevée, la résorption des enclaves ait été complète.

Notons en terminant que la présence au Cinder Gone des fragments de quartz et de feldspath acide scorifiés, semble indiquer qu'il existe, dans le sous-sol, des roches anciennes quartzifères dont les derniers restes pourraient bien être constitués par le quartz qui fait l'objet de notre discussion. De plus, quelles que soient les conditions spéciales que Ton puisse imaginer pour expliquer la cristallisation du quartz dans le magma basaltique fondu, il faut admettre la cristallisation simultanée ou tout au moins presque contemporaine de Tolivine et du quartz : or rien ne prouve la possibilité d*une telle association minéralogique aussi contraire à tous les faits connus.

Les auteurs s'appuient sur la coexistence de la fayalite et du quartz dans les lithophyses des rhyolites du Yellow- Btone Park, mais cette association n'est pas comparable à celle que nous discutons ici, car, dans ce dernier gisement, ces minéraux ne se sont point formés dads un magma fondu basique, mais sont dûs à l'action de minéralisateurs s'exerçant dans les cavités d'une roche acide. Du reste, si le quartz était antérieur à l'olivine, au

feldspath et au pyroxèae du pramler temps de consolidation du basalte, on devrait le trouver parfois en inclusions dans ces minéraux; s'il leur était postérieur, on devrait rencontrer ces minéraux englobés par le quartz, or rien de semblable n'a jamais été observé.

Quant au quartz régénéré, signalé dans quelques gisements étudiés plus haut, il est drusique et il présente un faciès absolument différent de celui des grains enclavés dans le basalte du Ginder Gone.

Aussi, malgré Thabileté mise par les auteurs à la défense de leur cause, ne puis-je voir dans le quartz des basaltes américains que des enclaves étrangères.

A plus forte raison, ne puis-je suivre M. Diller lorsque, rappelant Texislence du quartz dans quelques roches volcaniques européennes des plus connues à ce point de vue (Auvergne, bords du Rhin, etc.), il émet l'hypothèse que dans la plupart de ces roches, sinon dans toutes, le quartz a cristallisé dans le magma volcanique.

J'espère que la lecture de ce chapitre ne laissera aucun doute sur l'origine étrangère de ces enclaves.

Antilles. — Parmi les roches recueillies à Tlle de Saba parGh. Sainte-Glaire-Deville, j'ai trouvé* des labradorites à hornblende^ riches en enclaves de grains de quartz. Les couronnes augitiques manquent souvent.

Peut-être faut-il rapporter à des enclaves du même genre le quartz signalé par Wolf^ dans les roches basiques d'Ansango, Pinantura, Achapallos, Riobamba, Mojanda et autres localités de l'Equateur.

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