‹ Les encouragemens de la jeunesseChapitre 11 sur 66 · DE SAINT-LAMBERT · texte numérisé non relu

DE SAINT-LAMBERT

Comme il se livrait à tous ces pr^ratifs,' et que déjà le dqme de feuillage , sous lequel <^eyaient passer en triomphe les vieux amis , s'élevait majestqeusement » il aperçoit , dans la plaine qpi sépare Eapbonue de Sannois » la voiture de la comtesse qui venait le visiter. Il fait av^itôt fefiçer la grilje ei la double porte en bois qui la Qouyre ; défend à tous 8e$ gens de paraître et or^pune à so4 jardinier d'oùvrir seulement une petite porte du pçt^ger , et de dire à la comJ;es^p qu'il était sorti dès le matin. Tous ces ordre» ftont exécutés fidèle ment. Celle-ci , qui crçit bonnement qup le poète est allé rêver dan^s l/e bois ^acqi^^, sa promenade favorite^ ou visiter quelque biabi* jtaat des envirws , retourne scir ^s pas et remporte le bouquet de fêle qu'elle désiraijt offrir à son ami , pour Tempécher de soupçonner qu'elle eût fait chez elle d'autres préparatifs. En tournant un coin des murs du ^rdin , elle jette encore ui;i regard s.i;^^ cette jpaodeste habijtation, où le^ M.u$e^ etTamitié lui firent passer tant de zi^omens délicieux. Quelle est sa surprise lorsqu'elle aperçoit , à trayers une croisée , Saint-Lambert à moitié caché der-

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rière un rideau , qui la regarde sMkûgiier , et paraît même satisfait d'avoir su reconduire ainsi î Elle ne sait si elle veille : Saint-Lam* hert lui refuser sa porte ! la traiter comme an de ces fâcheux dont la présence importune ! ^ur quel motif? dans quel dessein? 5on imagination ne pouvait suftîre à toutes les idées qui venaient l'assaillir dans ce moment. EUe arrive à âannoier, triste , rêveuse , et sur^tout piquée au \if d'avoir été reçue de la sorte. C'était la pr^nière fois de sa vie 5 die se proomettait bien de s'en venger.

Saint-Lambert ayant achevé de décorer sa charmante retraite , craignit cependant que son amie ne fût inquiète de ne l'avoir pas rencontré chez lui , sur-tout à l'heure oh rarement il avait coutume de s'absenter. 11 s*em« presse donc de faire un peu de toilette , et se rend à pied au village de Sannois , pour tranquilliser la comtesse et lui témoigner ses regrets de n'avoir pu la recevoir* Il éprouve , à 3on tour, une étrange surprise lorsqu'au lieu de lui ouvrir la grande porte d'entrée , selon l'usage , un garçon jardinier vient lui dire , par une petite porte de service , que madame

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la comtesse est sortie d^ le matin , et qu^elle ne rentrera qae pour dîner. Il demande alors à l'attendre: on lui répopd que cela n'est pas possible , et que les c»*dres sont donn& de n^ laisser entrer personne. Saint- Lambert se retire aussitôt , ne sachant de même à quoi attri* buer un semblable refus : il se décide k regagner Eaubonne , seul , a pied* Il marche Ien« tementet avec humeur, jette un regard si» l'habitatioB de la comtesse , et Tapercoit à l'un des balcons de son appartement , où elle sem-blait se montrer sans nulle précaution ; il crut même remarquer sur sa figure une satisfaction très-apparente de l'avoir éeonduit aussi brus* qnement. « M'aurait-elle donc aperçu, se ditil , quand Me est venue chez moi ce matin , et chercherait-elle à se venger de ce que je n'ai pas voulu la recevoir? si eHe savait que c'est pour lui ménager une surprise digne de notre amitié , combien elle se repentirait de l'in* suite cruelle qu'elle m'a Ëiite ! — G>mbien il m'en conte , disait de son côté la comtesse , le

suivant des yeux, de le renvoyer ainsi!

Mais je dois lui faire sentir que je ne suis pd& sa dupe^ et puisqu'il m'a refusé sa porte j^ j'ai du lui refuser la mienne* »

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Gepeadant l'heure du dîner approche :

4é\h les envois les plus ultimes de Saint-Lambert s*^taieQt rendus à l'invitation de la comtesse , pour l'aider à fé^r cet aimable Charles qui leur était si. cher. Le maréchal de Beauveau, le duc de Nivernois, Gaillard ^ La Harpe, Florian, Marmcmtel* et plusieurs autres membres de l'Académie Française , s'e'taient réunis à un grand nombre de dames distinguées , tant par l'éclat de la naissance , ^ue par celui de la beauté, ppur offrir ^u cbanfre dfis Saisons y les hommages qu'il méritalt. La comtesse, qui, malgré elle, $e repentait d'avoir éconduit ausâ cruellement son vieil ami , et sur-tout de s'être montrée à son balcon pour le blesser plus vivement encore , s'était empressée de lui envoyer sa voiture; mais il la refusa , disant qu'il n'allait point dîner che% les gensiqui lui fermaient leur porte. On vint instruire la comtesse de la résolution de Saint-Lambert ; elle se hâta d en donner Texplication à tous ceux qui l'entpuraient : elle était dans un trouble inexprimable , et voulait aller chercher elle-même celui dont elle avait causé le juste ressenti-

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