‹ Les encouragemens de la jeunesseChapitre 12 sur 66 · DE SAINT-LAMBE&T · texte numérisé non relu

DE SAINT-LAMBE&T

ment. Ses amis s*y opposèrent : ils d^pntë* rent trois d'entre eux auprès du poète, et parvinrent , non sans beaucoup de peine , à l'arracher de sa retraite, lui donnant pour raison qu'il ^tait le seul qui ne pût pénétrer chez madame D***, et qu'il ne devait pas être blessé d'un refus qui n'avait pour cause que les préparatifs de sa fête et les témoignages de la plus constante amitié.

Saint-Lambert, entraîné par l'éloquence • des ambassadeurs qu^on lui avait envoyés, se rend donc avec eux chez la comtesse , qui vint le recevoir à la tête d'un grand nombre de personnes , parmi lesquelles plusieurs s'étaient empresées de lui rappeler les diâéren"* tes productions qui avaient signalé sa car^ rière littéraire. Les unes figuraient les Çua^ tre Parties du Jour; et l*on remarquait que le Matin portait un vêtemeât sombre , et paraissait chagrin de la brouilierie des vieux amis. Les autres représentaient les Quatre Saisons .* Florian , comme le plus jeune , et d'une figure fraîche et riante , était couronne de fleurs , et faisait le personnage du Prin^ temps.^ La Harpe , dans la maturité de Vâg&>

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et dont lies yeux lançaient des ftux déya^ raqs , annonçait l'Été , par )a coqronne d'épis qu'il portait sur la tête* Mar^ontel , plus tempéré « mais aimant la table et le bon vin , désignait l'Automne , tenant d'une ipain un tyrse orné de pampres,, et de l'autre une coupe remplie du jus divin dont s^enivrait Silène. Enfin, le viçux due de Nivernois, couvert de chevetut Uai^cs, et s'étant mis une longue barbe po$tiçbe , représeu^t l'Hi-* ver , 8^ rédbaulfàijLt au kn de la Jeunesse , qixe portait, dans un vs^e antique , un^e ;jeune el )olie f^mme de la société. Ces quatre Ijittérateurs célèbres adressèrent chacun les vers les plus flatteur^, îi leur confrère, qui reçut au milieu des Saison^ , fières d'avoir été chan» tées par lui, les hommages de toute cette brillante assemblée, à laquelle il ne, put cacher l'émotion qu'il çprquvait^ « Voilà, lui dit la comtesse , ep. le pressant a son tour dans ses bras , voilà le motif du rf^i^s <mi vous avait si cruellement bles;sé : avouez que j'étais bien ejçcosable de chercha à vous ménaget>.une semblable surprise; mais vous, méchant^ quejlie^ raisoixspourriea-vous uc^

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dontier pour tégitmier votre condaite de ce matin? — Mille pardons , répond Saint-Lam* bert , voulant cacher k son tour les prëpai*atifs qu'il avait fkîts : je composais des vers qui ne me permettaient pas la moindre distraction. A mon âge on a de ta peine à bien monter sa lyre ; et quand par hasard elle rend encore quelques sons harmonieux , l'in-èerrompre c'est la déduire au silence. »

Après lefH?stln le plus joyeux , les jeunes daines et plusieurs jeunes gens , exécutèrent sur un ih^tre construit dans lèssdon , tes Fêtes de r Amour ^ comédie-bàtlet de Saint-Lambert, «t quelques épisodes dé ses Fables oritntules^ "Enfin , quand bn eut épuisé tout ce que l'es-^ prit et l'amitié peuvent itospirer dails des momens si doux , l'auteur des Saisons propose à tous ceux qui corttribualèht à le ftteî* , de ve~ %iir visiter sa modeste retraite. Le temps était cahite'et serein ^ c'était uhe de ces belles soirées d'automne qui semblent rappeler les premières du printemps. On accej^te la proposition : on décide que tdut le mohde ira à pied , et que les voitureij suivront. On arrivé donc , après line demi>4ieure de manche , à IVutrée du jardin

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de Skmt^Lambert , et l'on se trouve îi lagriUe ; elle s'ouvre tout-àcoup , et découvre une voûte de fleurs illuminée avec art , et qui mène au vestibule. Là , se présente un escalier orne dç caisses remplie^ d'arbustes odoriférans, et qui conduit dans le cabinet de travail du poète , oîi de nombreuses inscriptions, entre autres ceUe qu'il avait tracée au bas du portrait de la comtesse, attestent leur inaltérable amitié j! K Voilà , dit-il à son tour , en embrassant sa vieille amie , voilà le motif du refus dont vou§ m'avez si sévèrement puni .J'ai pensé que deux êtres qui se chérissent depuis soixante-dix ans , n'en font plus qu'un ; et que la fête de l'un dévient celle de l'autre. Je voulais vous faire hommage de toutes ces fleurs en échange du bouquet que vous me destiniez. Oh ^ si vom saviez ce qu'il m'en a coûté de vous renvoyer ' pour vous ménager cette surprise ! — Pas plus qu'à moi . mon ami , quand je vous ai forcé de revenir ici , seul , inquiet, etxloutanl: peut-être , pour la première fois , de toute lâon çimitié; mais , ce qui m'aie plus affligée, ce que je ne saurais me pardonner , c'est d'à* voir éprouvé un plaisir véritable à vous tour-

BB SÂmiHLÀMBERT. ^ J

menter ainsi. -^ Ah l^x qai ne s'eflGioera jamais de ma membre , c*e^ d'avoir pu trouver la force de vous écoudmre , de vous rcffuser k porte de cette retraite où tant de fois , je Ycms attendis avec impa^nce ! — Du moins vous voos ëtiet caché derrière vos rideaux. Mais moi , me montrer à mon balcon pour vous narguer ,* pour ne vous laisser aucun doute de mon ressentiment ! Oh ! de quel dépit^ de,qnelle extravagance est donc susceptible le cœur le plus aimant , dès qu'il se croit blés*^ se ! » Chacun riait et regardait avec le plus vif intérêt ces deux septuagénaires , s'avouant réciproquement leurs torts , et se donnant la preuve mutuelle d'un attachement inaltéra-^ ble« Saint-Lambert fît servir des glaces , des rafîraîchissemens de toute espèce ; il ne négligea rien pour embellir cette soirée, qu'il regardait comme l'une des plus charmantes de sa vie , et que prolongèrent fort avant dans la nuit toutes les personnes distinguées qui s'y trouvaient réunies. Il ne cessait de raconter cette brouillerie d'un instant avec la comtesse. Tous les deux furent , jusqu'à leur dernier jour, un modèle parfait d'amitié , de constan- 1 8.

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ce ; vainement de nombreuses années vinrent courber leurs têtes , ils ne perdirent ni cette vivacité d'esprit , ni cette expression de sentiment qui nesVteint jamais tant qu'on aime : leiu*s âmes ne connurent point la vieillesse ; et tous les habitans de la belle vallée de Montmorency , conserveront long'^temps encore le SQuvenir'des vieux amis.

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