ET LES PAPILLONS
entre dans une allée de tilleuls , et au premier détour il aperçoit sous de grands arbres qui l'ombrageaient , un temple en gaze absolument pareil à celui qu'avait fait construire à Ghanteloup la duchesse de GhoiseuL II était rempli d'une innombrable quantité de papillons de toute espèce ; et au-dessus de la porte était une inscription en vers , qu'autrefois Boufflers avait écrite à l'entrée du temple de Ghanteloup , et tellement calquée sur l'écriture du chevalier , qu'il reste ému, stupéfait, et croit être sur les bords de la Loire*. •.. Mais sa surprise redouble et son émotion est au comble , lorsqu'il voit accourir à lui sous les arbres , une jeune fille de quatorze à quinze ans , dans le costume villageois de la Touraine : ses traits , sa taille et sa démarche sont tellement, conformes à ceux de la pastourelle' dont il conservait le jsouvenir , qu'il croit la voir et l'entendre* « Vot' servante, M. d'Bouf- » fiers î » lui dit-elle en faisant une révérence pleine de grâce et lui remejttant une petite cage de gaze: u Comment troui^ez-vous mes papillons? vous qui vous y connaissez si bien ! — Eh qui es-tu ! ange , sjlphe , enchanteresse ? < a 7*.
yfl BOUFFLERS
— Est-^e que votis ne r'mettez pas Aline , la fille du garde d' ia foret d'Amboise , qui vient souvent vous apporter des papillons ? Paut* soir encore; Voire même qu' vous m'avez pass^ la inaih sous V menton et gratifiée d'uh baiser qui m'a lant fait rougir. Est-ce que je rêve ? s'écrie Boufflcrs se frottant les yeux , et saisissant une main de la jeune fille , qu'il pose sur
son cœur et qu'il porte à ses lèvres Aline!
diarmante Aline ! ce në'peut être toi. — -
Comment ce n*est pas moi! Eh qui donc a i-empoiiîé 1' prix des papillons ? Qui donc a r'çu d' là main d' madame la duchesse une bourse d'vitigt louis, et dla vôtre c'te croix d'or, que je vous ai promis de porter tout* ma vie, et que j' nai pas quittée un seul instant ?
— En eflFet , cette croix , je me la rappelle ,
je la reconnais Jamais illusion ne fut
plus complète , jamais ivresse ne fut pareille à celle que j'éprouve..,, céleste créature ! ah î prends prtié du trouble oh tu me jettes ! ta grâce te trahit ; non , tu n'es nas une simple villageoise : apprends- moi qui peut me procurer la plus vive émotion que j'aye éprouvée de ma vie l Ahne , séduisante Aline !
ET lES PAPILLONS. Jj
d'oU viens-tu ? qui es-tu ? — C'est ma fille ! s*écrie Ja comtesse de Lauterbach , sortant tout à coup d'un bocage épais, et venant tom-, berdans les bras de Boufflers. Mon cher pro^ lecteur ! aimable auteur de ma fortune , 4e mon ëlëvation ! • . • reconnaissez
la véritable Aline , Fëpouse , la veuve de ' Charles- Verner, dont vous voyez la fille unique • Ah ! quelle que soit votre ëmotion ,
peut-elle être comparée à celle que je reç* sens ! — Quoi , madame , vous seriez cette simple pastourelle ?..•• Oui, oui, voilà bien ces deux grands yeux bleus si pénëtrans y cette bouche expressive et ce piquant sourire Je crois voir encore la trace du baiser reçu par l'innocence •• Bonne et jolie ^
vous aviez des droits sans doute à devenir ce que vous êtes ; mais apprenez-moi par quels moyens la fortune a cessé pour vous d'être aveugle ; veuillez satisfaire ma curiosité : répondez au vif intérêt que je portai toujours à ma chère Aline. — Ecoutez, écoutez ! lui répond la comtesse avec cet abandon de la confiance et de la joie.... Gl^arles , pour lequel vous vous étiez intéressé si géa 7.,.