L'AMOUR MATERNEL
X ERsoHïTE jamais ne peignit mieux que l'auteur du poème de Gharlemagne , ces jeunes et brillans paladins , compagnons de gloire de ce conquérant fameux , qui remplit l'univers de son nom , et fut , en France , le plus digne appréciateur et le premier protecteur des lettres. Personne aussi ne réunit à un plus haut degré , que ne le fit Millevoye , tout ce qui constituait autrefois le galant troubadour , le véritable preux. Une figure noble, expressive ; des manières franches , distinguées ; cette grâce élégante et cette fleur de chevalerie , qu'il se plaisait tant à décrire dans ses^ ouvrages : tels étaient les dons précieux qu'il avait reçus de la nature. Mais ce qui le rendait encore plus cher à ses amis et aux dames dont il fut le plus constant chevaUer , c'était un naturel affitble j prévenant; une sûreté de carac-
MILLEVOYE , OU l'àMOUR MATERNEL. 8 1
tère à toute épreuve et une mélancolie douce , communicative , dont l'empreinte se retrouve dans' ses élégies , et jusque dans ses poésies diverses •
Tous ces avantages que réunissait Millevoye , semblaient augmenter encore par une qualité rare qui seule influe , bien plus qu*on ne peut l'exprimer , sur la destinée des jeunes poètes : je veux dire ce respect pour ses aînés, cette déférence pour les réputations établies. -Jamais dans les cercles brillans oîi l'on s'empressait de l'accueillir , jamais dans les réunions de nouveaux disciples d*Apollon, où souvent on fronde sans pitié les anciens, on n'entendit Millevoye proférer un mot acerbe, lancer un trait venimeux. Le ton parfait qu'il avait dans le monde , il le conservait dans la vie privée : je n'ai point connu d'homme plus galant, plus affable -, et j'ai rencontré peu de poète&-lauréats qui portassent en public , avec une plus gracieuse pudeur, les couronnes qu'ils avaient obtenues il l'Académie française.
Sa santé , presque toujours faible , se trouvait souvent altérée parles veilles qu'il consacrait au travail et par les fatigues du grand
82 MILLEVOTB,
monde , ob Ton s^empressait de l'accueillir* C'était un arbrisseau dont les fleurs trop prë^ coces , ne brillent qu'aux dépens de la tige qui les soutient, et chez qui la sève se portant trop vivement aux branches qu'elle pare d'un brillant feuillage , dessèche les racines et produit une destruction prématurée» Millevojele sen* , tait lui-même. Je mesouviens qu'un jour, dans , mon cabinet de travail , où souvent il venait me lire ses nouvelles productions , il dit , en jetant les yeux sur ma pendule : u Gomme le 9> temps fuit !•«••••.// est vrai que les heures 3f ne sont pour moi que de vingt minutes ^ » C'est de lui qu'il parlait , en disant dans son élégie du Poète mourant , qu'on peut citer comme un chef-d'œuvre dans ce genre : .
« La fleur de ma TÎe est f«iée ;
» S fîit rapide mon destin I
» De mon orageuse joumëe
» Le soir toucbe presque au matin. »
Aussi ne manquait-il jamais , depuis plusieurs années, d'aller, pendant les beaux jours, prendre le lait dans les envi]:ons de Paris. Les médecins qu'il avait consultés , et qui lui portaient tout l'intérêt qu'inspire le vrai talent ,
ou L*A1ttOUR MATERNEL. 83
lui avaient conseille de reposer la nuit dans une Stable à vaches , pour y respirer les miasines laiteux et salutaires qu'elle exhale : ils luî avaient recommandé sur -tout de parler le moins possible , et pour cela , de faire seul , dès le matin , de fréquentes promenades dans les bois , oh. la fraîcheur du sol et Fodeur du feuillage portent dans tous les sens un calme réparateur , une force insensible , qui finissent par opérer , sans nul autre remède , une entière guérison. Millevoye choisit donc sa retraite champêtre à Fontenay- sur -Bois , attenant au parc de Viacennes. Il était alors occupé d'une tragédie dont il m'avait communiqué le plan ; et qui , selon moi , devait compléter sa réputation littéraire. Eveillé dès l'aurore par les pâtres qui venaient soigner ses mères -nourrices , auprès desquelles il avait sommeillé, occupé sans relâche du grand œuvre qu'il méditait , on le voyait souvent entrer au lever du soleil dans le bois de Vincenties , y marcher plusieurs heures de suite , et ne rentrer que vers dix heures , époque oîi l'on a coutume de ramener à Tétàble* les animaux, dont Iç bit devenait pour le promeneur
84 BaLLKVOYE ,
solitaii*e un aliment désire , un remède bien^ faisant.^
Un jour qu'il parcourait la grande allée qui conduit de Fontenay à Nogent- sur -Marne , lorsqu'à peine l'aurore commençait à dorer la cime des arbres, il aperçoit de loin une jeune dame dont la démarche et la pâleur annonçaient un être souffrant qui cherchait la solitude. La trace d'une douleur profonde , répandue sur ses traits, n'empêchait pas d'y découvrir une beauté d*autant plus remarquable , que l'art ne prêtait aucun ornemr nt à la nature. L'inconnue ét^it nu-tête et portait à sa ceinture un simple chapeai| de paille. Ses longs cheveux blonds relevés en tresse et sans nulle précaution , un vêtement simple et une ceinture noire , composaient toute sa parure. Elle tenait d'une main des fleurs , et de l'autre un petit livre , richement relié , qu'elle lisait en marchant. Elle passa devant MiUevoye sans le voir , et parut donner à sa lecture la plus graude attention. Il la suivit long-temps des yeux et la ^^it au bout de la lougue allée du parc , prendre le détour qui conduit à Nogent.
Cette rencontre était de nature à piquer la
ou l'amour matjb&nsl. b5
enrioBitë du poète : une jeune femme , belle et dont l'extérieur annonce une personne dis^ tinguéè , traverse seuk ^ de grand matin , Tim* mense bois de Vincennes , sans remarquer Ie$ passans, sans détourner ses yeux du livre qui la captive; d'où vient*>elle ? où peut--elle al^
1er et quipeut-^elle être? Tout en faisant
ces rëflfâuons ^ Milkvoye parcourt plusieurs sentiers qui .sei^ntent sous un ombrage délicieux , et se livre au travail de la tragédie dont il avait écrit déjà trois actes. Il s'éloi** gne sans y songer , et gagne par habitude un hameau qui. se trouve au milieu du bois, et près duquel on salue avec respect udu vieux (Akène qui représente celui sous lequel Saint* Louis se plaisait , il y a huit cents ans , à rendre en personne la justice à ses sujets* Millevoye se sentait si bien inspiré sous ce feuillage religieux , historique ! le sujet de sa tragédie offiait précisément une anecdote du treizième siècle ; il croyait en prendre sous l'arbre révéré , la couleur , le langage et les mœurs. Enfin , ramené par l'heure où il avait coutume de prendre le second lait de la jour^ née , il revient sur ses pas , et de loin il aper-
J^ XILL£VO¥B ,
coit de «ooixTeau Tincoimue, se reposant sUr UD des bancs de mousse qui garnissent la lisière du bois. !^le lisait encore le m^e liyre et paraissait plonge dans k plos grande mé^ ditation , lorsque tout-^à^conp , distraite par la marche de quelqu'un qui s'ayance , die se lève brusquement) s'imdgiiœ qu^eUe d^xMe le petit volume dans le chapeau de paille attaché à sa ceinture , et regagne le village de Fontenay d'un pas assez précipité ; mais soit que troublée par 'la suinte apparition d'un importun , soit que tout entière à la t^ture qui l'occupait , elle ne s'aperçût pas que le petit livre était glissé entre sa robe et son chapeau , Millévoye , en s'approchânt , le trouve enc<»e entr'ouvért sur le sentier qu'elle avait pdpcoùru. Il veut d'abord appeler cette dame, qui n'est qu'à cent pas environ ; mais un mou* vement de curic^ité le retient t il ramasse le charmant in- 16, l'ouvre , et reconnaît sonpoëme de Y Amour materr^L Le StigUet se trouvait à ces Vers qui peignent si bi» les tbuchans hommages que rendent certaids peu* pies aux mânes de leurs enfans.
(c Que des Canadiens j'aime Tantique usage f
ou L AVOUR MAÏ^RNEL. ^^
» Soc let bords da tomnt, près du roelur sptrf&ge ,% *" m Leur ame se noconrit do charme^des douleurs : » Ils cultivent la toaibe et Tarrosent de pleurs. » Ua tendre souvenir, dans la saison nouvelle ^ V » Torseatenelof sacié dqaoement les rappelle. » M «me et sil^cieux , sur la terre étendu , » Le père croit revoir le fils qu'il a pwdu. » Trist^ , les yetfx fixés sur l'aride bruyère , » La Bien acbèsse an. csel sa muette prière^ n Et soupirant le nom de cet enfant chéri y » Répand Sur son tombeau le lait.... qui Tedt nourrit.»
. On T^amrquait facileoient que la page qui contenait ce fragmeiM^ du poëme , était plu« fatiguée que les autres : ce qui annonçait que ces vers avaient été lus et répétés bien sou-^ vent. Millevoye éprouva cette émotion mêlée d'ua fecret <;^guçil dont un auteur , en pareil c^ , a de la pejne à sç défendre. Il suit de loin Tinconnue , la voit travei^ier le village de Foutenay 9 et gagner le châ^u qui couronne la: colline. Il se rend aussitôt chez les bons agri* culteurs où il avait établi sa retraite , et s'in-r forme d'eux quelle peut être la jeune damç qu'il a rencontrée dans le parc de Vincennes , et qui demeure tout au haut du village. Il ap^ prend que c'est la baronne de*** . veuve d'un général français , victime , comme tant d'au- 3 8..
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très, de sa valeur; qu'elle halntaitavec son père , très-riche^nquier, Nogent-sor-Mame ; mais qu'ayant perdu dans ce village son fils unique , âge de six ans , elle avait ët^ amende par un ami de st famille au château de Fontenay , afin de l'âoigner d'un séjour qui hii rappelait sans cesse iine perte irréparable , et de la distraire, autant qu'il serait possible , du chagrin profond qui la consumait.
Le premier soin de Millevoye fiit de renvoyer à cette dame le livre qu'elle avait perdu dans le bois , et dont il devinait sans peine que le sujet offrait un aliment à sa douleur. Il apprit bientôt, par un des garçons jardiniers du château , qui venait le dimanche à la fe^me visiter un de ses frères , qi:» le chagrin dévorant qu'éprouvait la baronne , par là mort de son cher Alfred, avait en quelque sorte aliéné sa raison. Il apprit qu'on la surprenait souvent au fond des jardins, seule, immobile ,ne répandant jamais de larmes, et quelquèfok laissant paraître un sourire convulsif sur ses traits décolorés. Il apprit enfin que depuis plus de six mois qu'eUe avait perdu son enfant , elle était entièrement privée de sommdl*, el
ou l'AMOUB. MATSRIÏEL. 8^
qu'ayant fait graver sar la 4x>iiibe de ce fils adore c^le jînqpie^fiitiqpfar : é Ademam /« • • » elle ne manquait jamais à se rendre au cime* tière de Njpigeiit , wmat ùà keures.da matin , heure fatale ou eUe e^vatt «cessé d'être mère. Là, <fi8aiM>n , dted^c^saît sur le monument cpi'elfe aTait frit éleTer , des fleur» cueiltieâ cb sa main ; et a'ëtendant sur la tombe , la &cie appuyëe suf k^ pkrre s^pcderde <, elle 'j res^ tait des heures. esliëres , croyant sentir l'bakinede son enfant , l'entendre ^ imi parler et hii prodiguer ses caresass.. Les gmisde l'art qu'on avait consultés sur sa santë , qui à^çé^^ rîssast chaque jour, avaient bien recommandé qu'on ne s'oppos&t pas à ce pétermage de la douleur^ ilseraignaient qu'une pareille privai tton n'égarât tont^à^ait les esprits de cette infortuné, et ne k îstât dans une démeûce ^ dans une foreur qui forceraient à la séparer de tout ce qui s^iirtéressait à elle sur la terre. Aussi dès la pointe du jour , étaitr^tte drf>out , préparant ses offirandes funéraires ; et sitôt que r Angélus sonnait , à cinq heures , au tenr* j^ du village, elle descendait seule du ch4* teau^ exigeant que personne ne la suivît; et 2 8...
pO MILLEVOYE ,
aprës une demi-beure de marche ^ eile était prosternée sui: le nuranol^' oii reposait sé& fils.
Tout ces d^taib iDspirërent k MiUeroye le plus vif intérêt : ce que la baronne éprouvait par la mort de son enfant , le jeone poHe leres^ sentait encore par la perte de son père. La première de seb élégies , consacrée à la mé* moire de l'autetu* de aes jours , est empreinte d'une douleur si vraie 1 il y règne une affliction si pieuse, si profonck ! et cMtait dix ans ajnrès cette cruelle séparation , que Mrllevoye avait oom^sé cet bymne filial I 11 serait doiic diffi-» die de peindre son em{»ressement, son émo^ tioa , lorsqu'il voyait de loin cette jeune et mallieuireuse onëre, parcoimr le bois de Vin-^ cannes, y^ cueillir un^bouqu^ de chèvrefeuille et d'églantine , sur lequel elle déposait mille baisers , et le porter ensuite sur le tom^ beau d'Alfred. Ohl quel bonheur pour lui, quel triomphe p<Mir le bel art qu'il cultive, si par quelques moyens que pourra lui suggérer la coonmisération qu'il éprouve , si par quel-* qnes vers susceptibles de produire un effet sa«>. lutaire, il pouvait secourir cette femme si
ou L AMOUR MJJtMfiUfEL, ^f
belle , si digne du plus tendis intirêt , et jeter par degrës dans sob asae oppréBÊée toutes les €Oii9oIations dont elle a si grand besoin^h*..ér Cette idée allume so& imagîiiatioii viipe et briUanle ; oe projet ne sort plus de sa pensée*: U se rend d'abord au cimetière de Jf ogecit , ^ recQpnaît sans peine le monument, qn'ëngea Famour maternel. Sous deux saules pkureurs^, s'éleTe au bout d'we longue pierre , un piédestal portant une statue en marbre: c*^st le temps iâipïtoyd^le ; d'un coup de faus il abat un' faible arbrisseau <|ui se trouve sur son passage* ••*• Un gazon toujours verd en-^ toure la tombe sur laqodQe on lit : <i A de-^
mainJ • » » Quelle tc^diante expression
» de la douleur! » se dit Miliovoya v u et quel > engagement solennel! Ainsi donc il ne se ». passera ,pas un )oiir de: sa vie , jsadp» qu» » cette infortuné ne vienne renouveler les » fleurs qui couvrent les restes de. son filsl » £tte y vimidra malgré les longues nuiits. et ik les frimas de l'hiver , malgré les. orages do » r^. Son amour ne connaîtra point Fin-* 9 tempérie des saisons; dlle j vi^dra tant » que ses prcqpres forces pourront l'y. <îc«^
3» ' éaire séole, etVy fera porter sans dotHe ^ n l<)rs€piésè8iiiih'|iiît^l'effipécherôQtdesuî* n vre r^ii àe ma eœttr; Ji demain /. • • Qoe » de choses dans (mi dent fti«>te!> jamais ^pi^ ?> tapbç 4i'affi:tt une plus axjbnirable expres- 9 sloti de la sottffràiioe\, un eags^ement plus 1». effrajrant etplus^suMiow..;. A dêmmtnf n Millevoye^ ocoapë plàs- qa& jamais de sbii projet , essaya d^abord; de mettre dans ses hitëréte le sacristain deN<^nt : il lui promet une récompense^ s'il veut l'aider & rappelei* tout^-êiit la raison , à sauver les jours de eette jeime mère si digne de fitàê « Ce que > fexige de vous , lui dftnU , est^éwle dbdM| » ila'af^tdedëposersurla tombe de rmfiïfit, » plusieurs ëorâs que je tous remettrai; A mais sans tous offrir aux ^regards de Ja ba^ A itmne^, etsouslappoR^essersacfëectenejaf^ » mais receler oet important mfkfkte^ v La proposîtioa fot acceptée ; et dès lé kndemain matin , Ictt'sque la wère d'Alfred se remiît au cim^îk*e, elle trouva sur le tombeau, panm les roses dont elle l'avait couvert la Veille , un papier ptté^ sans aucun cachet. Surprise i émme , die hésite quelques instans , prend l'ë^
ou l'AMOUU MAtÈKNEL. ^i
«rit d*cine mdm tremblante , et lit ces vers :
« Soos ce gazon, sous cette pierre, » 0& chaque jour tu viens t*asseolr, » J*Mitend8 tes soupirs , ta j^ère ;
» Mais, hélas! je ne puis te voir
s Ah ! si , hravant la douleur où te plonge » I<a nuMTt qui m*arracha de tes 1h«s caressans, 9 Ta goûtais àa sommeil Im charmes hieofkisaiis*.*** » Au même instant je Capparais en' songe. »
La baronne relit cet ëcrit avec un troublé inex|»îmable ; elle cherche en vain à r'ecèn-^ naître la main qui Ta traeë. Rëflëchissant eùsuite à l'importance dePaviis qu'on lui donne^ et sentant bien que l'insomnie à laquelle elfe ' se livre , use «es forces qui diminuent de jour en jour , elle se promet d'd)ëir à la vdîtilrr^ fiistible qu'on a si ingënieusemient empruntée. Pendant son retour à Fontenay , elfe relit plu^ ûeurs fois les vers qui se gravent dans sa mémoire , au point qu'elle répète sans cesse , avec un mouvement de joie qui depuis long -temps n'avait paru sur sa figure déleste :
« Au même instant je t*apparais en songe, a
Ces mots , à force d^ revenir à sa pensée ^ pro* duisirent tout l'efifet qu'en attendait leur au-
94 mLLKVOYB-,
teur. Cet^e tendre mère ^ bercife de rbeûréixse . idée de revoir son cher Alfred , se livra quelques instanè à un sommeil , d'abord agité , pénible ; mais qui bientôt devenant plus calme 9 plus prolongé, lui rendit la présence de son fils. JVIillevoye en fut instruit par le jeune jardinier, qui venait racontes* à la ferme ce qui se passait an château ; et qui tenait tous ces détails de la femme-de^chambre de la barouget Gelle-ci avait , h son grand étonnement , vu sa maîtresse endormie pour la prCTU^re foi^ depuis six mois « et portant sur ses traits -ranimés toute l'expression de la jbieetde la plus douce illusion. .i.» «Bon! se dit MîHe^ » v9ye , on CfHûnlietice à prendre du repos : » livrjOBsncnis h, Tespoird'iiiii succès ^ et ache^ nvoqsmoKi ouvrage* »
Les rêves de Timaginâtion sont une demiréaUté; la baronne croyait en effiet retrouver son enfant chéri dès qu'eUe se livrait au som- ^ meil : elle s'entretenait avec kn ; k mort Fa* vait en vain soustrait à sa tendresse , Morphée le lui rendait tout aussi charmant , tout aussi tendre qu'il Tétait sur k terre. Elle éprouva donc insensiblement un calme si doux , que
ou l'amour MÂ;rBRNEL. g^
c&lant k son charme entSHÎoant, un jour elle prolongea son repos jusqu'à plus de huit heures du matm : elle en avait si grand bescun , et la nature est si avide de réparer ce qu'elle a perdu ! cette malheureuse mëre ne fat éveillée que par Fimprudence de sa femme-de-chambre , qui , .la croyajxt partie à son ordinaire pour Nogent, entra brusquement, et lui annonçant qu'il était près de neuf heures. La baronne jette im cri de surprise et .de regret : jelle s'habille à la hâte , et se rend au cimetière , ô\i elle arrive hâl^tagote et dans la plus terrible agitation. Elle ne put ce jour Ut rester que peu d'instans s\xr la tombe d'Alfred. C'était un dimanche , et déjà plusieurs habitans du village, se réunissaient à l'église. Elle exprime au sacristain le tourment qu'elle éprouve d'avcrir manqué pour la première fois , à l'engagement sacré qu'elle avait pris de renouveler chaque jour ses fleurs et sa prière : on la vit tout le reste de la journée plus rêveuse et pltis triste que jamais. La nuit entière se passa sans que le sommeil vînt fermer sa paup^re ; et dès l'aube du jour, elle parcourut les jardins du château ^ y cuellHt les fleurs les plus belles , ^
96 MILLBVOYE ,
se rendit au village de N<^ent , vers cinq heures, voulante se dédommager, par une plus longue station , delà privation de la veille... ., Mais quelle est sa surprise de trouver sur là tombe un second billet , ainsi conçu :
« ttonqae tu traças de ta main
» Cei mots si touchans : A demain l *...
» Ta me promis» ma tendre. mère ^
» De venir ici chaque jour,
» De déposer sur cette pierre
» Un sonTeniv de ton amour*»* » Mais tu ne promis point de devancer ranrore^
» Et de te priver du repos
» Qui seul peut adoucir tes maux
» Et le cliagrin qui te dév(a«....*
1» Conserve tes jours pour Ion fils f » Ranime ton courage et reprends tes esprits t
» Si bientôt u Ibrce succombe
» Au poids affreux de tes douleurs,
» Qui donc, après toi, sur ma tombe,
» Dis-itioi , viendra jeter des fleurs 7 »
Ces deux derniers vers frappèrent Fimagina** tîon de la baronne. L'id^ qu'après sa mort la tombe de son fils serait abandonnée , opëra dans tout son être un changement remarqua*^ blç. A cet abattement de Famé , à cette trifr« tçsse invincible répandue sur tous ses traits , succédèrent cette attitude imposante ^ cette
ou l'amour maternel. «gy
tivacité de mouvemens , en un mot ce rëveil général de la nature , qui annonçait dans cette tête long-temps af&iblie', une résolution ferme , un nouveau système de courage et de résignation. Ses parens, ses amis , conçurent Péspoir qu*elle serait rendue à leurs vœux. Partout à chaque instant , elle répétait ces ver« qui s'étaient si profbndânent gravés dans son Souvenir :
» Qai àamc, après toi, fur ma tomlM^ » DisHnoi , viendra jeter des fleurs ? »
Ce cri d'Alfred avait retenti jusqu'au fond ûe son ame ; et cette pensée si simple de style , mais siibrte d'etpression , lui fit sentir que ces mots : A demain / tracâ par elle , sur le tombeau de son fib , lui accordaient en effet toute la journée pour remplir sa promesse : elle ré* solut donc de se rendre indistinctement le matin ou le soir à Nogent , et suivit ce plan
avec exactitude « Très-bien ! » se dit
encore Millevoye ^ instruit de tout : u elle ne » sera plus occupée à se lever tous les jours ji avant le soleil ; la nuit , qu'elle passait à veil- » 1er 9 n'augmentera plus , par son silence , la
q8* millevoye ,
3» sombre mélancolie qui la dévore... • Le cîd )» semble favoriser mon projet , et m'ordonne )» de redoubler d'eflForts , pour arriver au but 1» que je me propose. »
Cependant , la pâleur de la baronne était toujours la même : sa poitrine, long -temps oppressée par mille soupirs étou£R^s, n'aspirait encore qu'une portion de l'air nécessaire à sa vie. Les médecins habiles qu'on avait consultés , déclarèrent que cette fui^este altération , qui faisait craindre pour ses jours , ne pouvait être adoucie que par des larmes. On chercha, mais en vain, tous les moyens de provoquer sa sensibilité, sa douleur était muette ; toutes ses facultés se bornaient à souffrir et se taire.
Quelques jours après , elle alk, vers le coucher du soleil, faire sa station accoutumée : elle aperçoit, parmi des roses desséchées qui couvraientlemausolée d'Alfred, un troisième billet , qui contenait ce peu de mots :
« Ces fleun, qui pwfent mo» tombeau, ». Ont perdu, comme toi, leur fraîcheur et leurs channe*} » Veux-tu les voir reprendre un éclat tout nouveau? » Ah î daigne qiielquefois 1«« mouiller de tas larmes ! »
on L AMOUR MATERITEL. gg
« Dieu ! s'écrie la baronne , ne pouvant résister au sentiment qu'elle éprouve : il n'y avait que toi , ombre adorée , qui pût opérer ce prodige.*.. » Au même instant , elle tombe éperdue sur la pierre , et la couvre d'un torrent de pleurs. Vainement l'Ângelus du soir vient à sonner ; elle n'entend rien ! ne voit plus rien , et n'est ari^chée à cet épanchement si précieux , que par le gardien , qui Tavertit qu'il va fermer le cimetière ,,et qu'il est temps de se retirer. Elle s'éloigne donc , les yeux noyés de larmes , et regagne le village de Fontenay , d'une démarche déjà plus assurée , et comme allégée du poids affreux qui l'ac* tablait.
Dès le lendemain , Millevoye qui , pour ëcarter tout soupçon , évitait avec soin de rencontrer dans le bois de Vincennes , cette jeune dame dont il avait entrepris la guérison , se rend par des sentiers détournés , au village de de Nogent , 6k il apprend tout ce qui s'est passé la veille. « Elle a pleuré !» se dit l'heureux interprète de la lîature ; « elle est sau-
}> vée Oh ! que je m'applaudis de mon
I» idée , de ma persévérance ! ce n'est , je le ^ 9..
lOO XILLEVOYS ,
n vois bîeu , qu'avec un langage sans orne* ]> ment et sans prétentioit , qu'on j^ënètre dan$ i> un cœur malade ; et Tarme la plus fortcf » pour combattre un grand chagrin , c'est la n douce communication de la confiance et de 31 la simplicité. •••. » Il remet à son discret émissaire une récon^ense digne de ses soins , et reçoit de lui la nouvelle promesse de ne point nommer , ni désigner à la baronne , ce^ lui qui l'a rendue h, sa famille , à ses amis, \ la société.
En effet 9 depuis cette heureuse ^>oque, on la vit moins sombre et moins sauvage. Les jours commençaient à diminuer sensiblement i elle n'alla plus que le soir au village de No-^ gent . et répara , par un sommeil paisible , ses forces épuisées. Elle se montra plusieurs foi^ au salon du château ; fit im peu de musique j^ prit part à la conversation; et bientôt enfin ^ laissa poindre un sourire sur ses lèvres déco-r lorées. Elle parlait aux agriculteurs qu'elle rencontrait dans les champs , répondait d'un air gracieux au salut respectueux qu'elle en l'ecevait* Elle s'habitua même à voir jouer ensemble les enfans du village ; elle croyait re-*
on l'amour matbknel. i o i
trouver parmi eux , quelques traits, quelques mouvemens , qui lui rappelleraient sou cher Alfred; et ceux-là qui lui procuraient cette délicieuse illusion , recevaient d'elle une tendre caresse , une preuve de sa gënërositë. Enfin la réflexion , à qui tout cède , et le temps , <)uttoutk-lafois détruit et répare , venant seconder lesefforts de la nature , rendirent à cette femme charmante, un calme remarcpiable , sa raison , sa grâce, et presque toute sa beauté. On conçoit aisément combien elle fut avide de connaître la main bienfaisante qui avait tracé les trois billets qu'elle portait continuellement sur son sein, comme le baume le plus spécifique qu'elle pût apposer sur sa blessure. Elle fit mille et mille questions au sacristain , lui offrit même une somme assez forte, s'il voulait lui noinmer l'inconnu qui avait si efficacement emprunté la voix d'Alfred, pour la tirer de l'abattement affreux oîi elle était plongée ; mais celui-ci l'assura d'a-« bord qu^il se trouvait dans l'impossibilité de lui dire, le nom de k personne , puisqu'elle lui était entièrement inconnue : il ajouta qu'ayant promis sur cette même tombe , objet de tant
IO,a MILLEVOYE^l
cl*komniage6, de ne jamais ri^i révA&t, û-Me : trouvait dapa la nécessité de gardw un «er-^ ment aus$i sacré*
Milleyoye > dç son coté , voulanjt suivre fi^ dèlement les avis des ^nn de Fart qu'il avait, consultés sur sa santé^ s'ahs^evaili plus, que î^é* mais de la moindre relation avec les hid)itaii^, du village , où il s'était présenté sous^vi^ £»ux nom , pour n'être point distrait Aesk vie pa^« sible et solitaire. Il fiit donc impossiUe ii hk baronne de découvrir ranooyine qui luiéfuit si cher. Tous les soin$ qu'elle se /donna pmir l6 connaître , et l'ardentp curiosité qu'eUeéi»*QU^ vait en songeant 2i lui , ne contribuèr^t pa» peu à la distrsûre de ses rêveiri^ , à oitetriseï^ la plaie deson ame. VainQm«n1<solla^deiiBa*' gination lui désignait tel ou tel individa de a» famille ou de sa société , oomjne l'auteur, des^ guériscm ; elle reconnaissait bienlôl> àon :er^ reur , et finit par se. résigner îi Tignorfr et à te bénir chaque fois qu'elle alliùt prier sur- la» tombe de son fils.
L'automne venait de auceéder à Tété : k» jours diminuaient tout-à-fait ; et la b«ronn#> s'était déjà trouvée au village de Ifogeàt ^
ou L*AVOm MATERNEZ.. loî
avec le CT^ilficule du soir. Millevoye avait ' terminé s|i tragédie, qu^il était impatient de lire au tliélM:Te françaia» D'un autre côté, le liât , â^jemi sou unique aliment , per4£|it alors lav plus^ grande partie de ses sucs nour- . Tm&p$\ il résolut donc de quitter ^s hôtes qui , sans le, connaître lui portaient cet intérêt qu'inspire le vrai mérite , lors même qu'il, se dérobe à tous le» regards- Il voulut, avant, de stélo^nev du parc de Vincennes , aller sa- Lo/àr encore le chêne antique de Saint-Louis : il attendit qôe le soleil , déjà faible et fent dans j8on lever v ^«t séché l'abondante rosée do maMn ; et se rendit à l'endroit du bds où il désirait faire sa derai^ station. Il prend uiir sentier de traverse, et se trouve He^tôt ' au pied de Farbre révëvé, dont la cime majeâueuae sentie l*)élever jusqu'au séjour du» saint roi dont elle ofire le souvenir. Millevoye s'assied sous ses^ rameaux encoi^c^argés d'une rif^ .verduve, et4«elit à demi- voix sa tragédie, dont il ocxrrige au crayon quelques expreissions hasardée , dont il examine et scrute avee austérité le plan et la distribution des scènes» li est tout«à«<eoup interrompu dans sa
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lecture par le bruit que font plnsieiirs per* sonnes , en marchant sur les feuilles deasëchées qui dëjà couvrent la terre : il r^rde à travers les rameaux qtfi l'entourent , aperçoit deux dames , escortées d'un cavalier qui pa-^ raissent venir admirer l'arbre sous lequel il est assis. Il se lève aussitôt , roule à la hâte son manuscrit , et se dispose à s'âoigner , lors^ qu'il entend une voix qui lui crie : « Eh !
c'est VOUS) Mille voye ! — Mille voye ! »
répète une des deux dames ^ dont un voile ^paîs couvre la figure. €elui-^i s'avance et reconnaît un jeune militaire de ses amis, qui lui fait mille questions sur ^a santé, lui ex-» prime tout l'intérêt qu'on j portait dans leurs sociétés habituelles , oîi depuis cinq mdis on souffrait de son absence, u -Monsieur, sans doute , dit l'autre dame , hérite un village des environs? -- Fontenay , peut-être ?..*.• répond vivement la femme voilée»*— C'est en effet le lieu de ma retraite» —- C'est lui »,
s'écrie cette dame avec une expression qui frappe les assistans : « Oui,' c'est lui-même !••• » Il n'y a que l'auteur de F Amour maternel » qui soit capable d^une pareille idée » et
DigîtizedbyGopgle
ou l'àmotjh mateiuvel. io5
» puisse porter dans une ame froissée par la. V douleur , d'aussi douces consolations. » Â ces mots , elle relève son voile et fait voir à Millevoye la plus céleste figure , dont la fraîcheur éclatante le dispute à la régularité des traits, n reconnaît aisément la jeune mère qu'il a sauvée, et ckerche encore , par modestie, à se couvrir de Tombre du mystère, en feignant de ne pouvoir, comprendre ce qu'elle voulait dire ; mais celle-ci , tirant aussitôt de son sein les trois billets , les lui présente , afin, qu'il les reconnaisse. « £h i qui vous dit , madame, que ce soit là mon écriture? — U est Êu^ile de s'en convaincre, » lui répond son ami , saisissant le manuscrit qu'il tient à moitié roulé sous son bras : il l'ouvre avec empressement , le confronte avec les billets , et s'écrie h son tpm : n C'est la même main ; plus de doute... •• madame la baronne, vous voje^ TOtre libérateur. ->— Je le connais donc en^ 1 dit-elle en topabant éperdue dans les bras de J^illevoye ; je 1'^ trouvé , ce digue interprète de mon cher Alfred , cet ange consolateur que je cherche en vain depuis si long-temps ! -^ j^L ! i^pnsieur, ajoute l'autre daijae , lui pi:e-
Io6 miLEVOYE ,
nant une main qu'elle presse sur son coeur ^ je Vous dois une sœur , une amie : comment jamais pouvoir m'acquitter envers vous ? — Oh , qu'il m''est doux , ajoute le militaire en l'embrassant , de trouver dans mon cher Millevoye , le sauveur de ma belle protectrice , de la digne épouse du général sous lequel j'ai fait mes premières armes !... » Le poète, en* 'acë par ces trois personnes qui lui exprimant h Fenvi leur reconnaissance , ému par ce sen* timent irrésistible d'une action louable , et cette satisfaction de soi-même , n'a plus la force, ni les moyens de nier ce qu'il a fait| il avoue que les Vers qu'il a tracés à la hât& sur le tombeau >du jeune Alfred , lui deviennent chers , puisqu'ils lui font compter un beau jour de plus dans sa vie. « Ah 2 lui ré- » pond la baronne, vous ne pouvez me re- 3» fuser une grâce dernière ; c'est de m'ac- 3» compagner sur la tombe de mon fik : ses -»> mânes , j'en suis sûre , palpiteront de plai- 3» sir , en recevant sur la pierre qui les cou* }> vre , celui qui sut si bien empruifter leur 3» langage , et rendre à la vie une mère égan rée » Ils traversent aussitôt le parc, d
ou L ÀMOUH MATB&NBL. . IO7
gagnent tous les quatre le cimetière , ch. MilleToye improvise les vers les plus touchans, et dépose lui-même une fleur sur le mauso* lëe. « Rëveille-toi , cher enfant , » dit alors la baronne avec une pieuse inspiration ; « unis 3» ta voix à la mienne , jpour remercier ce Il peintre de ia nature , ^et ami des cœurs » soufrans» qui sait j verser avec tant de ]• d^catesse » un baume salutaire ! ô mon » cher Alfred l placé pai^ ks anges qui en-^ 3» tourent l'Éternel , prie-le de répandre ses 1» bénédictions sur le bienfaiteur dç ta mère : 11 sans toi, mon fils, elle ne pourrait jamais n s'acquitter envers lui. » En achevant ces paroles , elle prend une des roses les plus fra^ ches qui ae trouvent sur la tombe , la remet à Millevoye , et en sa présence elle trace au crayon, sur la pierre sépulcrale, ces mots qu'elle y fit graver ensuite , et qu'on lit en^ core dans le cimetière de Nogent-sur-Mame : K Ce fut ici que routeur de r Aniour mater-^ n nel sama les jours et rappela la raison % JC une jeune mère au désespoir*, •,. Honr- » neur aux lettres! hommage à ceux qui » en font un si digne usage / »
MARSOI4LIER EN Voyage*
Qtr'iL ëtait aimable , et digne eh tmt d*<tr6 recherche, oet autetir fécond, dôlit les im^ Vrages ont enrichi le rëpertdiste de notre scène lyriqne! lés nnancés les plvts^ dâicatès, !e3 aperçus les pltis fins étaient de son domaine. Aucun homme de lettres ne sut mieux que Marsollier , profiter des Êiutes de ses rivaux , ï-etoucherune ébauche imparfaite, faire sentir Fimportance de tous ees détails qu'ion négligé , et dont il formait un ensemble séduisant. Le tk*ait le plus simple , le sujet le plusr ingrat , |)renaît souâ sa plumé élégante, expre^nre, un charme dont il était diflicite de se défendre; et lorsqu'une scène intéressante s'était à son imagination , il parvenait à l'éptiiser avec une persévérance qui lui conciKait tous les suffrages. Aussi , le vitH)n tour^à-tour pa- Aétiqûé et terrible dans Camille , brîKànt et malin dans Adolphe et Clara , gài,'popa-
MARSOI.LISH £!f VOYAGE. I09
laire dans les Petits Sa^^oyanis^'SpiriixLel et du meiUettr ton dans Céphise , touchant , au-^ daeieux , admirable dans Ninum
La natnre en donnant à MarsoUier tout ce qui constitue le vrai talent dramatique , l'avait en même temps doté de celui qui le fait tant valoir : on ne lisait pas avec plus d'ame et plus de vérité. Il prenedt à tel point Faecent eA le geste de tous ses personnages ^ qu'on croyait les voir sur la scène ; et cette illusion était, par lui, portée li un si haut degré , que les acteurs même les plus célèbres, n'avaient d'autre ambition que de l'imiter dans les dif^ férens râles qu'il leur confiait. S'il dut aux ^ands takns de la plupart d'entre eus, des succès éclatans et soutenu», ib lui durent aus^i cette déclamatimi naturelle et qui part du cœur, cette grâce sans afiëterie, cette gaîté >nsdigne et cette adroite communication qui fdispose les spectateurs à toutes les impicf* sions qu'on veut leur faire éprouver*
Tel Marsdlier se montrait dans ses o^rr»^
ges , tel il paraissait dans le monde c^ l'atti^
raitsoovent le désir d'observer. On âjurppait
rarement à son coi^p-d'coil scrutateur* Je n'ai
I lO MÀRSOLLlSa
jamais connu de causticité plus gracieuse , de malice plus séduisante. Le trait, lance avec adresse, arrivait droit à son but;- et ceux même qu'il atteignait , n'osaient pas en mur* murer. Cet homme de lettres , qui ne cessa d'honorer sa profession , était indépendant par caractère et par une aisance que lui procuraient ses ouvrages et les débrisd'une grande fortune. Misanthrope en apparence et recherchant la société des femmes dont il était le •discret adorateur ; sachant apprécier les hommes ce qu'ils valaient, et jaloux de se faire *parmi eux des amis , on le vit Via-fois galant avec timidité, bienfaisant avec mystère. H avait toujours une bourse ouverte à ceux de ses confrères qui se trouvaknt dans la gêne : il ne donnait jamais qu'une seule £ois ; mais il prétait souvent. On pouvait prendre dans cette caisse de l'amitié , ce qu'on voulait , pourvu qu'on en laissât son reçu ^ et qu'on fixât invariablement l'époque de la restitutH>n. Était-on fidèle à remplir sa promesse , on avait le droit de revenir puiser à la bourse .commune; manquait- on k son engagement, elle se fermait pour toujours. « J'en suis bien