‹ Les encouragemens de la jeunesseChapitre 49 sur 66 · EN VOYAGE · texte numérisé non relu

EN VOYAGE

i> fâché, disait alors Marsolker: si cbacimen 31 faisait autant, je serais bientôt privé du » plaisir si doux d'être utile. L'abeille qui ne 3> rapporte rien à la i*uche commune et veut » s'y approprier le miel de ses compagnes , Il en est chassée à Tinstant même. »

' C'était pour subvenir à ces prêts multipliés, sur lesquels cet excellent homme éprouvait souvent des pertes considérables , qu'on lé voyait se i:estreindre au nécessaire , s'imposer des privations qui le faisaient quelquefois soupçonner d'avarice. Tous ceux qui, comme moi, l'ont connu dans sa vie privée , s'accordent à rendre justice à ses rares qualités ; et ce bureau d'ofi&andes de Tamitié, qu'il avait établi, prouve à lui seul , que sous les dehors de la plus sévère économie , Marsollier cachait une générosité modeste , dont n'eussent peut-être pas été capables ceux qui, ne jugeant que sur les apparences , le croyaient ^oïste et parcimonieux.

Lorsque les prêts nombreux qu'il faisait,

rentraient dans la caisse avec exactitude , et

qu'alors il avait quelques fonds disponibles ,

le plus grand plaisir qu'il se permettait , était

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de voyafer , non comme tant d'antres » &ik parcourant en poste , et avec la rapidité de Téclair 9 les lieux qui se trouvaient sur son passage ; mais à petites journées , dans une voiture simple et commode , avec les mêmes chevaux que conduisait un serviteur fidële« Ce fut ainsi qu'i)j>arcourut les divers dépar^ temens de la France , étudiant les mœurs , les • usages de chaque ville , de diaque contrée, y puisant des scènes qu'il se plaisait à retracer daps ses écrits. Son plus grand plaisir, était d'assister à la représentation de ses nombreux ouvrages : étranger , inconnu , il s'amusait souvent à les critiquer lui-m^e ; il les en-^ tendait défendre par ceux dont ils diarmaient Fesprit , ii^ressaient Je ceeur ; et plus d'une fois il reçut des leçons utiles , des avis sahitaires, de ces spectateurs de province qui a'aban* donnent franchement aux impressions qu'ils éprouvent , et jugent toujours avec inqpartialité. J'ai souvent entendu Marsollier raconter à ce «u jet des anecdotes qui prouvent que le bon goût ,^ le bcmheur de sentir , ne sont pas aussi rares dans les vflles de province , qu'on voudr£»it le croire; et que Paris accorde sou«.

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vent ane admiration ( éphémère il est vrai ) à ce qui ia*^ que du clinquant , de la teurnwe de mode et de Tesprit de parti.

MarsoUîer , après avoir visite les pays les plus remarquables à l'orient de la France , vdulut connaître ceux qui se trouvent au midi . Il projeta donc de parcourir la Touraine ,' le Poitou , la Gascogne et le Roussillon ; il dësi'rait sur-^out de gravir les Monts Pyrénées , si célèbres dans l'histoire , et de pouvoir les comparer aux Alpes» où il avait passé lès plus belles années de sa vie , et composé la majeure partie de ses Ouvrages. Il partit ati crakmen-* cernent de septembre Idèr l'année 1806 , voyageant ^ selon son usage , avec ses chevaux ;<et prit , à cet effet , la route qui- lui offrait , à des distances rapprochées , un gîte sûr et agréable* n dirigea sa marche par le pays chartrain , et fit sa première panse à Randbonillet. Le len* demain , v{>ulant se rendre à Gfaâteaudun ^ il ae mit en route de bonne heure, et fut dîner à Chartres. La chaleur étaitextrême; des nna* gés, qui s'âevaient sur l-horixon , semblaient annoncer une soirée orageuse. Notre voyageur se remit en marche vers trois heures

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après midi : à ^pt heures il se Iroavn dans les^ eoYixoDS de BonnevaU L'orage qm se pr^o^^ rait depuis long-^» temps, éclata toot-à-^xmpeti devint si violent ^ que les efaevauxdb Mio^dilier ae cabrèrent et rompireot un des traita qui les attelait il la Toiture* La fthiie tombai peLVtx^nms: le domestique» saisi de ârayeur, propose % son maître, de se nâîftgier clœz le conciedpge d'un château dont la griUe, en oe moment ouverte « se présente sur lenr passa^ ge* Il tourne > en ^eft dans une grande ave* nue de tilleuls , et au bout se trouve «a milieu^ d'ime «our ^ès-spaoîeusey €» Sme de bàtî* mens immenses., <kmt Ja riclie arehitectnre^ annonce la demeare de qaelqiie personnage iin|>ortant par son rang ou par.scoi c^cdenee. La voiture une fois à couvert soiis des remî*** ses, Marsollier en descend, et gagne la de*» meure du concieige , anqmel il. demande^la permission de se mettre à l'abri de l'orage vio» lent^qui redouMait &i ce moment même. Ce dernier , aimen militaire blessé , Paocneilk' avec cette affabilité que les domestiques* imi^ test de leurs. maîtres* Il approid au voyageur qu^il était 'chez madame la maréchale de ***^

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aussi ctMmue par la bonté de son ccieur , que par. le charme de son esprit. U ajoute qu'on ^ sortait de table , et qu'on allait répe'ter à la salle de spectacle , deux pièces , dont la repré* sentaftion démit avoir Uen le lendemain , pour câéhrer le retour du brave marëdhal qui , disait le vieux concierge, venait de battre le» Prassiens pour la troisitee Ms. « Ah ! miUe^ bombes! » s'écriait il, «c comme je m'en se«- » rais donné, si je n'avais pas perdu le hta» 3> gauche à ma derniëré campagne ! » Ces détails piquèrent k curiosité de MarsoUier, qui voyait ea efièt un grand nonaJM« de per-» smuies traverser lesappartemens que l'oa» commençait k éclairer. Pendant qu^il ei»mi^ nait avec atimition ce mouvement intéaieup du ohâteasi, la maréchale avak vu f» lea* oroîséca du salon , un étranger descendre der veitnre et se réfugier sous les remises : elle envoya son valet**de*-diambre l'inviter à so présenter chez elle , jusqu'à oe que l'orage lui pem^ de oe remettre ign route. Harsolf* lier , natureHement timide, et n^ay^nt qu'une toilette de voyage , fit offirir ses respectueux remercîmens, et demanda seulement la per«

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mission de faire raccommoder les traits que ses cheTanx avaient brts^. Déjà l'orage cobimençait à se dissiper : les éclats de la foudre étaient amortis par la pluie qui tombait en abondance. Le yalet«<le -chambre va porter h sa maîtresse les remerd^mis de l'étrasger , pour lequel il obtient sans peine la permission qu'il réclame , et revient aussitôt l'inviter , pour la seconde fois , à procurer à madame la maréchale le plaisir de le recevoir.

L'auteur de Céphise et ^Adolphe et Cla^ ra^ avait trop bien dépeint les convenances' sociales , pour y manquer en pareille circonstance : il suit donc l'émissaire , passe devant les r^nises , oii il trouve son domestique qui d^ réparait sa voiture ; et après lui avoir donné tout bas l'ordre de ne point le nom* mer, quelques questions que l'on pfit lui &ire, il gagne le vestibule du château, et se trouve introduit dans un salon, <hi il aperçoit plusieurs dames , aupr^ desquelles étaient cinq à six cavaliers, qui diacnn , une brochure à la main , leur faisaient répéter les rôles dont elles étaient chargées pour la fSte annoncée* Dans une autre partie du salon ^

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ae trouvait une gi*oupe d'amateurs , qui exé^ cutaientau piano un morceau d'ensemble des Deux Petiu Saifoyards. Marsollier fut ac^ cueilli par la maréchale avec cette honnêteté d'usage qu'on accorde à tout inconnu dont le premier aspect prévient en sa faveur. « Je prouve à madame la «maréchale , dit-il en l'a-» bordant, que je ne sais point résister aux or-^ dres des dames*-» Je m^aperoois, lui répond*, elle en «l'observant , que nous gagnons trop , monsieur , à ce qu'on daigne nous obéir , pour ne pas tenir à cette heureuse préroga-* tive. -«• C*est un gain , madame, qui se trouve au moins partagé, lorsqu'on a Thonneur de se présenter chez vous..*. Mais , de grâce, que je ne suspende pas vos précieuses occu^ pations ! on faisait de la musique, on réci*^

tait, on déclamait Les arts, je vous prie

de le croire , n'ont pas d ami plus fidèle , d'adorateur plus zélé que moi. -^ Nous nous occupions , en effet , à préparer une petite^ fitte pour le retour du maréchal qui arrive demain de l'armée. — « Il vous faut , en ce cas, faire une ample provision de lauriers. — Nous laisson3 à d'autres , dit une jeun#

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dame dont la figure est pleine d*expresdIon ^ nous laissons à d'autres le soin de célëbrèi* sa gloire : nous ne voulons que lui expri-^ mer notre amoiu* ; et pour cela nous nous disposons à jouer en sa présence deux ouvra* ges qu*il aime beaucoup , et dont l'un peut o£frir aux habitans de ces cantons , qui le chérissent, Toccasion de lui présenter leurs hommages. — Oui , reprend la maréchale : mes deux nièces , qui s'amusent depuis qudque temps à jouer la comédie, veulent causer à leur oncle une agréable surprise, en lui faisant entendre ceux des ouyrages de Dalayrac dont la musique est la plus vraie et la plus expressive : elles joueront demain Ninm et les Deux Petits Sa^^yurds. — C'est annoncer , répond l'auteur , cadiant avec soia tout le plaisir qu'il éprouve , que ces dames sont musiciennes. — Qh ! ce n'est pas la musique qui nous occupe le plus ; lui réplique celle qui doit remplir le rôle de Nina : Dàlayrac est facile à saisir*... Mais ce sont les paroles^ dont Texpression est si di£Euâle à rea< dre. — Ce personnage de Nina , dit à son tour l'autre nièce , dont le coup-d'oeil est vif

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et le minois agaçant, ce personnage est, selon moi, le chef-d'œuvre de Tart. Il faut que MarsoUier ait bien connu le cœur des femmes , pour peindre à ce point tous ces tourmens secrets , ce desespçir et ce touchant dëlire d*une jeune fille sëparee de l'objet de son amour. — C'est ce que savait si bien exprimer la célèbre madame Dugazon, répond MarsoUier, se sentant rougir malgré lui , et craignant déjà que l'émotion qu'il éprouve , ne le trahisse. Elle a laissé dans ce rôle un souvenir impérissable : elle est encore présente à ma pensée : je crois la voir et l'entendre. —Eh bien ! dit la maréchale , il faut que monsieur nous fasse Thonneur de passer la soirée avec nous, et d'assister k la répétition que nous allons faire , aussitôt que l'un de nos acteurs qui habite ces environs , sera venu, 11 n'a pas coutume de se foire attendre ; et j'attribue ce retard à l'orage affreux qui vient d'avoir lieu. » MarsoUier refuse d'abord , sous prétexte qu'il ne pourrait se rendre à Ghâteaudun dont il est encore à quelques lieues. « Mais il est bien entendu , reprend la maréc)iale; que monsieur reste à coucher

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au cbâteau ; et si notre fête de demain peut }m plaire ; si l'arrivée d'un guerrier au sein de sa famille , peut l'ii^teresser , il doit être sûr que nous serons charmés de le voir par* tidper à nos plaisirs* -— C'est un honneur, madame , auquel je n'osais prétendre ; mais j'avoue qu'il est difficile de résister à de pareilles instances. » La conversation s'anime en attendant l'acteur en retard : MarsoUter qui, sous le voile de l'anonyme, éprouvait une de ces jouissances auxquelles nulle autre ne peut être comparée , se livre insensiblement k toute la grâce de sou esprit, à tout le piquant de sa narration. He voubnt pas se nommer, il lui fallait du moins dmmer une idée favorable de sa personne, et la conviction qu il était digne d'être admis dans une société aussi distinguée. Il se met donc k passer en revue Tes divers talens qtii brillât sur nos théâtres , à les juger avec cette connaissance profonde de î'ai't, et cette sagacité qui n'appartiennent qu'à l'amateur instruit ; et qui désignent en même temps l'hbmme du monde et le grand connaisseur..... Il fait on éloge pompeux et mérité de Tahna , de mes-^

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demoiselles Mars et Duchesnois , il retrace le grand r^ae de .cette belle et séduisante Con* tat, celui de la touchante et pudique madame Talma-Vanhove , ceux de la naïve Saint-Aubin , de la brûlante Scio ^ de la pure et natu-r relie Carline , de la franche et joyeuse Gonlier : mais il avoue qu'au milieu de tous ces divers talen» qui firent les délices* de Paris et la gloire de notre scène il eut toujours ie la prédilection pour cette inimitable Dugazou , qui réunissait ^-la-fois le pathétique le plutf entraînant et la verve la plus piquante; qui, tour-à-tour, bei^ère ingénue, soubrette alerte , amante passionnée , mère accomplie , duh< chesse et pauvre femme, savait prendre tous les tons, emprunter tous les accens, exciter le rire , faire couler les larmes , et toujours peindre la nature avec une audace admirable et la plus étonnante vérité.

Cet él(^ d'un talent dont la France conservera long-temps le souvenir , joignait à l'exactitude des portraits , cet âau de reconnaissance que montra toujours MarspUier pour )!actrice accomplie qui donna tant dç vogue à ses principaux ouvrages. U ne pouvait p%r- II ti.

ii^ Mâksôluer '

1er €l*elle sans un enthousiasme qui led&^i- ^âijt aussitôt comme l'un des plus zëlés partisans de cette femme cëlèbre. Cela ne fit quMntiinider lâ jeune dame q,uî se disposait â i-emplir le rôle de if /ni.' Elle ne put dissimuler à VétrsLÙgùf ; tpi^elle n'oset^ît Jamais teprëseàtei* flevan't loi de pei'sonnage , dont il p^u^aissait avoir sil)!en saisi Routes les nuan> ces, et connu tous les eSéts cju'y développait Pinîtnitable 1>ngazon ;' mais Màrsollier k rassura , lui f^ant observer <jue personne peut-être ne «avait tnieut apprébier les effgrtsd'iinipimple iamateur, etn'avaît plus d'indulgence , que celui dont l'étude constante avait pour but Part de ftîen dire , et qui seul en connaissait toutes tes dMcuhésJc Au res- 5» te, » répliqua la marédiale, étudiant de nouveau Finconnii , « si iia nièce itëmUe d*à- » bord un peu devant monsieur , die en serd ^^ dédommagée par les avis^ qu'il attira la bonté î> de lui donner f et nous y gagnerons tous* n Comme eHe tichievaîl ces mots , entre un domestique charge de lui remettre une lettre

! fuselle ouvre : à peine en a'-t-elle parcouru es premières lignes , qu'une vive allératibnr

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