LA BIBLIOTHÈQUE DE LE BKUN
et maligne , qui jamais ne manquait k se venger , lorsqu'on négligeait d[*ofi&*ir au notuveau Pindare , le salut qu'il attendait et Thommage dont il se croyait digne. C'était ordinairement dans ces promenades si nécessaires à sa faible santé ; qu'il aiguisait les nombreuses épigrammes oh il fronde sans pitié les travers et les ridicules du jour. Ses meilleurs amis , les personnes même qu'il honorait le plus , n'étaient pas h. l'abri des traits qu'il décochait sans ceste. Une bonne épigramme aidait chez lui la circulation du sang ^ et ranimait sa verve : aussi disait-il très-gaîment : « Je ne me suis T* mis à mordre , qu'après avoir perdu mes » dents*, il faut avoir des égards pour cette 1» pauvre humanité. »
Ce ne fiit en effet qu'après avoir parcouru la majeure partie de sa carrière, que Le Brun se livra sans réserve à ce genre fatal , qui n'alimente l'esprit qu'aux dépens du cœur , et fait perdre tant d'amis pour un bon mot. On ne peut se d^ndre, en parcourant les œuvres de ce grand poète, d'un étonnementmêlé de peine* C'est un assemblage de contrastes si irappans ! comment en effet concevoir que
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l'auteur de nombreuses algies , oà le ment le plus t^idre est exprinië souYeoJt ja vec une grâce si rayissante , ait |M:od)àit cet îiOfmense recueil (fëpigraiiuiies, dont jtairt de foig a souflfert Tamitié? lorsqu'on parcourt ces trop oâèbres producdonsidu moderne Martial , fe rire ëchappe et Pœil suit le trait cpii part ; mais bientât on gëmit, lorsqu'il éteint une femme ^aimable , im littërateifr oâèbre ^ un artiste renomme : on n'ciimc fiôiiità se voir désendbaDtésurdesréfHutations justanieiït établies, sur des noms (}«'oi;i.cbei»t'efequ!te ré« vère : on s'en Teuftd'a|^[4audir a^taiont qui Içs ridiculise; et Tim ressent ^^el quelque sorte, la blessure qu?ils>ieçoi»vent.
Qu'un poète , lorsqu'on l'attaque ,. r^MMide avec toute l'éner^e dôiijb ii e^ Gapai>k.;;4u'il fustige les méchaffiset les sots; c'est iuoi droit sacré , c'est le privilège du mi méeite^£lon«* neur et reconnaissance aux censqarà sévères , mais instruits , impartiaux-i Us sotit les bfiutsjusticiers de la littérature ; mais on d^t fuir et laisser crier ces Zosles stipendiés , ces ém» saires de coterie, ces critiques pointilleux , qui se crèvent les yeux pour découvrir *"*
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ciron^ et dont Tunique m^tiçr est de nier* le talent qui naît , de le troubler dans ses succès, et de répéter sans cesse ju'ir se foiirvoiç', sans lui jamais in4iquer,la route qu'^ faudrait suivre. ' .^ '\'
Ce n'esi qu'on doit célébrité : < ses épîtres tiriquç , d Il ne peut j compagne bouche se mpuveme ïdi-même
. acrimonie
grins profonds qu'avait .éprouyés Le* %un , dans les circonstances les plus jmporlaiites de sa vie. Trahi par l'amitL^, tourmenté par l'hymen le plus mal assorti , poursuivi par la discorde , atteint par la misjère , il avait été contraint de renoncer à ses plus chères affection», a ses plus douces habitudes. Son ame fibre , irascible, et son ardente imagination excitée par les rigueurs du sort , avaient insensible- 2 i3.
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ment éprouvé le ))esoîa de 9'en venger. Il en voulait aux hommes , et ne cessait de rechel*cher leur société j il déclarait impitoyablement les femmes , et laissait à' chaque instant paraître l'amour cpifil,leur portait ;.il attaquait les gtjainfds .dii jour , et ne pouvait r^ister à une action d^ëclat , 'h un service éminent rendu par'eux à sônî, pays., C'était eti un mol un assemblage bizarre de force et de faiblesse , demalice et de bphtë, de grâce et* de brusquerie ; mais' sachant toujours conserver sa dignité, ne se laissant japiais, abattre par le mal^ heur , et nouvel A jai ,' défiant les dieux d*arrêter sa marche et. d^intimider son tîQurag^* C'est dans ses odes qu'il faut étudier ce grand poète , et prendre la mesure de son* génie , il s'est placé dans ce genre , au plus haut degré : depuis Jean-Baptiste Rousseau , le Parnasse français n'avait vu personne s*emparer de la lyre de pindare , et la faire résonner avec autant d'éclat. Plus abondant que son modèle , Le Brun , presque toujours , est aussi correct , et souvent plus sublime. Son vol s'élève jusqu'aux cieux , et plane dans les airs avec une audace qui surprend , avec une
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persévérance qui impose. L'ode k Buffon , siv lés détracteurs , peut soutenir le parallèle avec celle où Rousseau signale à Malherbe les détracteurs des anciens. On y trouve moins de monotonie dans les idées , dans les images, inoins de longueur dans les périphrases : on y trouve sur-tout ce style d'ame qui ajoute à la sublimité de la pensée. Quel homme célèbre ne serait consolé des atteintes de Tenvie, en lisant cette strophe admirable ?
« Pensais-tu donc que le g^nia
» Qai te place an trône des arts ,
» Ijong-temps d*iuie gtoire impunie
» Blesserait de jaloux regard»? '
tt Non f non , tu dois payer la gloire ;
a Tu dois expier ta mémoire
» Par les orages de tes jours ;
» Mais ce torrent q[ui , dans ton onde ,
» Vomit sa fimge vagabonde ,
» N'en saurait idtérer le cours. »
On trouve encore dans la même ode , cette autre strophe , qu'on peut citer comme un chef-d'œuvre de style , de grâce et de pensée. C'est celle oh. le poète compare ces hommes laborieux qui n'écrivent que pour la génération future qu'ils ne verront pas , au ver-àa i3..
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soie , qui fbrihe sa tombe dé ses propres ri* chesises*
. « Aiûki FactiVé chrysUkk , » Fuyant Je jour et le j^laUtt» . ^
» Va filer son trésor liquide » Dalu un tnystétiétil loisir.
» LÀ ayni^^ s'enfisnrie «Ttc'foi»^ » Dans 4% tomlieau d*or et de soie, n Qui la voile aux profanes yeux , » Certaine que ses nobles tefflés » Enrichiront dé Ic^ m^reiHés » Les rois , les belles et les dieux. »
Les odes de Le Brun sur V Enthousiasme , ^ur le vaisseau le Venjgeuf^ èl Vé3càgi fnonumentum, où il donné pnë^ grande et .si riche extension à Tidée sublûne d'Horfiee^ ne le cèdent pas aux plus bestiit dans <fé Rôilsseau ; soit que ce dernier nous peigne ks dmnités poétiques , le dei^oir et le sort dés grands hommes} soit qu'il s'adresse à la postérité ^ et mêmtî à hi fortune , divinité qui toujours lui refusa ses dons , poub avoir décrit âtec tant de force et de vérité sfes caprices , ses erreurs, son arrogance et sa bassesâe.
Qui ne serait , comme Le Brun , enthousiaste des faveurs d'Apollon , et ne croirait
DB LB BRUN. l49
parcourir avec lui l'immensité sur sou char de lumiëre 9 en r^[)ëtant ces vers dont la beauté fait excuser l'audacieuse illusion d'un poète qui crcût voir sous ses pieds les pyramides d'Egypte,
« Qu'atteste leur masse insensé ?
» Rien, ^'im néant ambitieux ;
n Mail l'ouvrage de la pensée ]
» Est immortd comme les Âieux.
» Le temps a soufflé sur la cendre
» Des murs qu'aux rives du ScamandM
» Cherchait Tami d'Ephestion ;
» .Mais quand tout meurt , peuples , monarques »
» Homère triomphe des Parques
» Qui triomphèrent d*IUon. »
De toutes les odes qui classèrent Le Brun parmi nos auteurs pindariques , il n'en était point de plus chères à son cœur, et qu'il eût autant de plaisir à réciter , que celle adressée à Voltaire en faveur de la nièce du grand Gor-« neille. Elle rappelait à son auteur , une des plus douces jouissances de sa vie : elle prouvait à elle seule , combien la poésie est utile au malheur , et peut servir l'humanité.
Le Brun , jeune encore ^ avait coutume d'aller promener ses rêveries poétiques , dans 2 1^,..
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le jardin du Luxembourg, où sembksnt s'être donné rendez-voÛ3 , le désoeuvrement et Tennvi. il va s'asseoir sut» un banc cîe pierre auprès d'un tîëillài*â ^lii parâUsait infirme et qu'accompagnait une jeune fiUè , dont l'air triste et les pauvres vétemena annonçaient qu'elle était dans une potitioii' Voinne de l'indigence. Le Brun , doht le coiip>d*œU était observateur , crut apercevoir sur les traits de l'inconnu et dans ses liialnières une cf*^ taine dignité qui pi*évenàît en sa &V6ur« La jeune personne lui prodiguait tant de soins ! » on eût dit que la {Hélé fiUftîe ^àmt lé èèjol bonheur dont le destin n'avait pu la priver. La conversation s'établit peù-^-pèù : on donnait ce jour là Ro'dogune ^ au Théâtre -Français, bâti nouvelleinent en facecïu palais du Luxembourg ; ce qui attirait un grand concours de monde* ïl était six heures , et le bruit des voituriés se fbisâit entendre dans toutes lès rues adjacentes. « fi y aura ce isoir six mille francs de recette aux Ffançais, dît Le Brun : on y joue un deà chefs-d'œuvre de Corneille. — Et sa petite nièce n'a pas dé ps^in ! n reprend le vieillard avec une expression quifittressail-
DE LE BRUIT. l5l
Jir le jeune poète. Il apprend de la' bouche même de la jeune demoiselle , qu'elle est la fiHc! d'un petit neveu de Pierre Corneille^, dont elle porte le nom ; que réduite à la misère et an plus entier abandon , depuis la mort de son grand onclé^ Fontenelle , qui lui faisait quelque bien , elle avait été recueillie par ce digne vidllard , son parent trèâ-élôigné, dont toute lia fortune consistait dans une ibodique rente viagère de six cents livi*es , h laquelle elle ajoutait le faible produit du travail de ses mains. Le Brun , dans son premier mouvement , voulut c^îr sa bourse à cette hono-' rable infortunée ; mais craignant d'ajouter' l'humiliation à k souSrance , il voulût la venger d'une manière plus digne du beau nom qu'elle portait : il conéut le projet de la signaler à Voltaire, dans une ode oîi cette intéressante victime de l'indifFétence publique invoquerait , aut portes mêmes du temple de Melpomène l'ombre de celui qui en fut le
pi^emier et le plus ferme soutien Mais en
attendant l'effet de ce projet qui enflammait son imaginàtioti. Le Bt'un voulut pi'ocurer à la jeune Corneille des secours plus prompts ;
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et connaissant particulièrement Lelain , qu'il avait rencontre souvent chez le prince de Conti , grand ami des arts et protecteur des talens , il obtint de cet acteur célèbre une représentation de Rodogune , au profit de la petite nièce de son immortelle auteur.
. Bientôt parut son ode à Voltaire : elle fît époque dans la république des lettres , et produisit tout l'effet qu'il pouvait en attendre. La strophe où il peint la descendante de Corneille , réduite à se réfugier dans un hospice , pour éviter les dangers auxquels l'exposaient sa jeunesse et ses charmes, doit être citée comme un chef-d'œuvre; elle émut tout les cœurs et réunit tous les suffrages :
« Dans le réduit sacré du solHtire asile » Oà languit sa misère, on son destin Texile» . » La fierté d'uo grand nom rend ses maux plus prescans ; » Et de tristes cyprès, cette rose ombragée ,
» Par les Tents outragée , » Implore en vain des cieux les rayons caressans. »
Voltaire fut le premier à rendre un hommage public à cette ode qui déjà faisait présager la haute renommée de son auteur. Il se montra digne de l'idée qu'avait conçue le
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jeune po^te de sa grandeur d'ame et de son admiration pour Corneille : il adopta la petite nièce de cet homme cdèbre , la fit venir au château de Ferney , oh il s'occupa lui-même h orner son esprit , à former sa raison ; et bientôt la dotant généreusement, il l'unît à un jeune officier de drëlgons , qui réunissait tout ce qui peut embellir le sort d'une .jeune femme. Les honorables félicitations que Voltaire adressa publiquement h Le Brun , sur ce mariage, firent éprouver à ce dernier une douce jouissance , et fondèrent sa réputation. La nièce de Corneille ne fUt pas la seule qui dut II Le Brun le bonheur de sa vie. Parmi le« gens attachés au service du prince de Conti , dont il était alors secrétaire des commandemens , se trouvait un nommé Germont , père d'une fille qui fixait Fattention par son minois agaçant et les plus heureuses réparties. Admise dans Fintérieur des petits appartemens , Berthe-Germont amusait beaucoup le vainqueur de Côni , et plus d'une fois sut le distraire des injustices que lot faisaient éprouver les ministres du roi. Le Brun , de son côté, ne pouvait se défendre du
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vif intérêt qu'inspirait Berthe ; et ^s'imaginant seconder les intentions bienÊEÛsantes du prince, il se plaisait à diriger Téducation de cette aimable enfant. Il lui enseigna les premiers élëmens de la langue française ; et trouvapt dans cette jeune fille des dispositions rares et une grande aptitude au travail^ il lui apprit en peu de temps , l'histoire ^ la géographie ^ et lui fit faire un excellent cours de rhétorique. Berthe parvint à sa quinzième année ^ époque oïl cette charmante pudeur qui succède k Tingénuité de l'enfance , vient embellir encore les premiers dons de la nature. Privée de sa mère en naissant , Berthe n'avait pour surveillant que son père , qui crut devoir l'éloigner de l'hôtel de Gonti , et la mit dans, un couvent. Elle n'y resta que peu de temps : un jeune écuyer du prince , nommé SurviJle , n'avait pu voir l'aimable élève de Le Brun, sans éprouver un sentiment profond ; et malgré la, distance de rang et de fortune , il obtint de son père, à Bordeaux , le consentement à son mariage avec Berthe-Germont , qu'il emmena bientôt au sein de sa famille. Elle ne tarda pas h, la charmer ps^r son instruction^
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sa grâce naïve , et sur-tout par les qualités de son cœur. Elle écrivait souvent à Le Brun , qu'elle appelait toujours son niaître ; et se ^ plaisait à lui peindre toute sa reconnaissance , avec reipresâioù d'une ame élevée , et d'un esprit orne. Bientôt mourut le prince de Contf. Le Brun , privé du poste honorable qu'il octmpaït auprès de hii , fut réduit à une pension de mille francs , dont il ne jouit que peu d'années. Lés orages de la révolution éclatèrent ; les biens de la maison de Conti furent confisqués 5 et îe poète , né touchant plus que le tiers de sa rente , se trouva dans la plus gt*ande gêne. Malheureux dans l'intérieur de son ménage, et dépoùiUé de presque tout ce qu'il possédait par sa Femme , qu'égaraient de faux amis, Le Brun fat, en peu de temps, sans jressources , et presquie sans asile. 11 eut pu changer aisément cette cruelle existence , en* invoquant la proteétion d'un grand nombre 'd'hommes ptiissans qu'il avait connus chez le prince ; il eût pu s'attacher à quelque grand personnage, tant sa réputation littéraire était Wen établie; mais il s'était promis,*' en perdant le protecteur qu'il chérissait , dé ne plus
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enchsâner son indëpendance : il sentiût tpCii n'avait pas trop de tout son temps , pour exécuter les plans tracés dans «on ardente (imagination ; et telle était la ^rce.desson nobjb caractère , que plus il ét^itiiqcabl^j^.le 3ort^ plus il se roidissait contre ses rigu^eurs, etsç livrait à topt Pélan de ^ !i?erve pindaiique» Ce fut à cette épo({ae , .trèsrremarquahle ^ qu'il produisit ses m^illeviFs^ouyr^tgfs :. ce/fut dans le plus obsour rf^dnit ., et Jtie jvi^{|nt «pie d*un pain grossier > qu!il .co^pçii^. 3a beU|s ode sur YEndkofssiafme , et so^ ppâaiie.,fles Veillées du Pam(me* J[amc|is. ^ fierté n^ fléchit devant l'aspef t e^à jant de riadigence; jan^ais il n'eut plus d*^^baîl)çnpçntdaQ^ les idées-, pins d- élévation dtns le ^ty)e, plu3 de sublimité dans ses ii^s^ir^^ons« Tant il est vr^i que te mérite ne se coujçbe.jàinais, et • laisse à k médiocrité rampante » le droit de ramasser des faveurs en se baissant.
Cependant , les besoin^ du ^iquveau Pin^ dare augmentaient çbaqpe jour , 1^ les infirmités que produisent ordinairement les- vei^ les et la mauvaise nourritipre i^commençaienft à l'atteindre; Après avoir vendu tout ce qui
JDB tB fiatlf» l5^
oomposait soD mobilier « et 9*étre rëduît aiit ol^ets de la plus indispensable nécessité. Le Urnà fut contraint à faire le saerifioe de ce ^*il avait de plus cher , de ce <)ui pouvait le ccmsder ^ l'alimenter dans sa ditodse ; ili^-^ aolut de vendM sa bibliolbè({ueb Sans être tr^-nombreuse » elle était bien «jiotste» él composéed'éditions rares «t recherdi^^ Une voulut points par une sorte de pudeur ^ faire annoncer publiquementla ventede cetlivr^ç il s'adressa donc , en secret , à r-un de ces cour^^ tiers^de librairie ^ qui vont proposant les plud bellesëditionsaux amfitlevyrs connus. I<e Brun ^ dont Térudition était vaste,et profonde ^ et qoi s^occnpait souvent à des remarques «ir les plus importans des poètes anciens^ mit d'»* bord en v^te lesœui^res iTHamère , deux volumes in-folio, riche rdliûre et ma{;nifique édition de Floi^ice^ dcmt les marges se trou*' vaient couvertes d'un grand nombre de notes au crayon , de la main dû Pindare ftajmqmi, Il dit au courtier qu'il en voulait cinq ewM irancs au mdns, droit de comndssion pàjé. Celui-ei connu pour un. homme probe 9 intelligent 9 revint p^ de jours aprb^ et remit ii a 14.
" î 5ft l'A BIBLIOTHÈQUE
Le Bi*fiii mÛh francs; loi di^nt qu'on avaHr évalua l'onvifagé îi €eb»at jjirk; k cause des remarques sai'aiïtés qu'il avait ëcrîtes sur* tut gran^Kombrë de feuilles. Le Brun, satisiàk dans stm ixiiiérérâitisi quedtf^§(ta atttour-propne^ V<MduCr^inpeÉ0eri^b6tinéCé<H>mnii8-âonnyi«î()nfÉâflfi^tli-d t^M(l^^|i:^ avait été paye par Vaéqiiéffel»^ «f C'est , afoute-t-il , un homtnef î&slruit et g>ratid tonnusseur ; mai^r quitie'^^ftt pâ^4ftpee<^tiiai-«-ll feut profiter àâ cette 'heureuse ckîôasioa , àk aussitdt* Le Brun , pour p^<^rt9iis mes livres de luxe : p^isqù'oii fait autant de <ias'dé mes remarques, eaipressôns-rnous d*en tirer tout le parti' pôsëàlAe* » H- riemet done au cotvtier » W JSTorAc^ , ^raf^ et riiche in-quarto , précieuse ^ition faite à Milan , verà le quinzièliM Sièok ; plus uns/^^rto/ in<-félio , du même genre et de ta vtèiBiQ tépoqoe ; pins un PineUa>è , cum sehoiiis ^grœeis , ëdHion de Borne , in-quarto , d<Nit presque toutes les pages se trouvaient ^surchargées de notes écrites par lui ^ Le Brun }^ et qui donnaient une f uste idée du prinoe de^poètes lyriques , et de la respectueuse admiration de son imitateur. On
D» LE BRUN. iSg
lisait dès la premiëre page , au bas du nom d# Piiàdare , ce passage de l'ode d'Horace çonsa-»* çr^ à la mémoire de son n^^tre : MorUe de--, çurrens velut amnis\^ etc* y et qiie Le Brim ayait 4*aiduit de cette manière ;
« Tel ^*an tfeure Sfgrftnd htvU; rooltnt d'un rôe MÙvage» ^ 1^ Fier «t mmtxi dat^ABU tribut 4*1111 long, «tftge , I» Crott , 9*élève 9 frapèliit ses bords accoutumé ; 1» Tel Pindare , échappant d'une source profonde »
» Bonffloiiiie, IScume, gronde, » Roule, immeife à nos^tor éperdu» «t ekar«Us« »
La reliure de ce livre antique était couverte de velours orné de broderies , avec des ler-r moirs en vermeil. Il en avait refusé plusieurs fois cinquante louis. 11 le recommande donc II l'honnête courtier , <jui dè& le surlenâemain t apporte au vendeur trois mille francs ^ produits des différens ouvrages qu'il lui avait confiés, u Vous ne pouvez vous faire d'idée , lui dit cet. excellent homme , de la vogue qu'obtiennent vos livres , par les notes dont vous les enrichissez : elles en doublent la valeur; et le débit en est aussi facile qu'avan-* tageux. — Puisqu^il en est ainsi, répond Le Brun, je vais parcourir de nouveau les ou-* '2 ,^ '
lèù LA BIBLIOTHEQUE
vrages les plus împortans dont se compose hmi biblothèque ; et puisque, d'un côté, le, sort m'a tout ravi , profitons de l'esi^ce d'indem-* mtê qu'il m'accorde ; Vivons les observa— tions dont chaque poète est susoeptiMe , et formons nous un petit capital qui m'assure de quoi vivre , et me sauve sur-tout de ce que je redouté le plus au monde , de la nécessité de recevoir : le plus grand supplice de l'indigent , c'est d'avoir recours h l'opulence, n
VotËi donc Le Brun qui relit de nouveaa le Tasse , Virgile ^ CatiJle , Ovide , et tou9 Tes autres poètes fameux , sur lesquels il s'em* presse de faire des remarques oi| britléot Té^ rudition la plus vastç et constamment la plus sévère impartialité. Des poètes anciens, il passe à nos poètes modernes; il commente, avec le même talent et la même exactitude , Corneille , Boileau , Racine , La Fontaine , e% Jean-Baptiste Rousseau, n dissèque entr^au* très le talent de ce dçrnier avec un soin trèsremarquable : il fait sentir l'acrimonie révoltante de ses épigrammes , et les in^alità de style dans la plupart dé ses odes. Il retracç to^tçs les dif^ultés qu'il faut yaineré , et
BBLEBKUN. igz
toutes les qualités qu'il faut réunir , pour ob» tenir dans ce genre élevé, des succès mérita ^ pour cueiUir des lauriers qu'on ne trouve qu'au sommet du Parnasse. En un mot , il ne livre plus un seul volume au fidèle commis-; sionnaire , sans l'orner de notes savantes , in« génieuses, qui en augmentèrent le prix , au point que sa bibliothèque lui produisit environ vingt liiille francs , qu'il s'empressa de placer , pour se mettre à l'abri des premiers besoins de la yîe, A celte époque , on vit établir ce grand colosse de talens dans tcms les genres , cette imposante réunion de toutes les gloires littéraires : llnstitut de France fut fondé ; et Le Briin se trouva chargé par le Gouvernement , de composer la classe de la langue et de la littérature, française , dont il fut élu membre : ce qui doubla le modique revenu que lui avait procuré la vente de sa biblioth^ue. Bientôt il obtint un appartement au ^Louvre , avec une pension de sis mille francs y et, passa presque tQut-à-coup de la gène la plus pénible h. une heureusç aisance.
Il ne tarda pasii regretter seilivres, comme . a 14...
10a tA. BIBUOTHÀQirjB
«es amis les plus précieux : il avait yeoAvt le» derniers toujours avec un avantage propcnr^ tiopné aux notes qu'il avait eu le soin d'y insérer ; mais il ne pouvaitsliabJtaer nu vide affreux que lui feisait éprouver eette vente , quelque profitable qu'eue fût. C'étaient sur* tout les poètes anciens qu'il avait tant étudia et si soigneusement commentés , qui lui causaient une privation cruelle , tnsujqxuiabte. Déjà même il projetait d^écon^miser aur ses revenus, afin de remplacer une partie de su bibliothèque, dont il avait h cet effet conserve
les armoiresM Qu'on juge de la surprise
et de la joie qu^il éprouva , torsquNin ^ir ^ après un grand dîner chez un miniétre , iX aperçqit en rentrant , sa InUiothèque , entier rement renouvelée : il croit reconnaître seai belles reliures ^ ses rares é^tiions ; il ouvre un des grillages^, en tremblant d'émotion , et réconnsdt en effet les notes nombreuses qu'il avait tvs^cées. U croit rêver , appelte sa vieille gou venante y et lui demande commeo^t il se fait que tous ses livres se retrouvent è leur place, tt G*est ce bon moQjtfêur qui les avait % veoduât, lui dit-elle ; 'il eat arrivé auivi 4e^
1$' pkidieiirs commissionnaîres qui ^sont em^ » pressée de monter ici dé grandes mannes 31 qu'ils portaient sur des brancards. L^on^ » néte courtier , pour me tromper sans dou- » te, m*a dit que c^ëtâientdes ouvrages que 9 VOUS l'aviez charge d'acheter pour vous , n et qu'il avait trouva i^hôncompte; il m'as* » suraît , tout en rangeant lui-même votre 3» biMioth%que avec empressement , qu'il avait w voulu profiter du temps oh. vous édeïB a]>- 1» sent , pour vous causer une surprise agr^^ * ble ; et j*ai cru devoir le laisser fkire. »
Tous ces d^ils piquèrent la curiosité de Le Bnib : il ne douta phis que tous ses livres n'eussent été payés par la nkéme personne , dans rintention de les lui restituer : il cher^ chait dans sa pensés , qui podvait être capa-^ ble dNin trait aussi déHéat ; et des le lende-^ main matin , il courut chez le courtier-lui demander l'explication de ce m^ère : il ne put ' obtenir le moindre renseignement. « On m'a fait promettre , lui dit cet honnête homme , dé garder le secret ; et j'estime trop la per-^ sonne dont je fus l'heureux émissaire , pour ioimquer à ma promesse. -» C'est me jeter.
l64 I*^ BIBI.IOTHEQUB
i:ëpoiidit Le Birun , dans une position, p^ çrueUe que la gêne où je me trpuvai» : on ne doil: se charger que pa^ ii^éçessité du poids de la reconnaissance ;. et je puis , en obtenant do, temps, .reme;ttre à rinconpu les vingt mille francs que m'a procuras son ingénieux stra-* tagême. ..•••••• Je ne suis plusâurpris, ajou;^.
t41 , de cet empressement que vous mejttiez \ Aie £aure surcharger mes livre» d& notes z c'é-; tait un détour açlroit pour me procurer^ unq. somme ^ue , sans cela ^ je n*eusse jamais ac-; ceptée ; mais cette* dette pëse sur mon. cceur i^ et si vous me portez quelque estime , vous me désignerez le généi;euxanonyvae*.«*«.-^ V!oqs me solliciteriez en vsân ^ je suis, enchaîne par. ma<parole d'honneur. Qu'il vqus s^iffise 4e savoir que l'inconnu possède une fortune im-^ , mense ; et que le. plaisir qu'il éprouve d'avoir honpré, secouru le vsaitalept, lui ppe avec usure les; intérêts de.la somme qu'il a su vous procurer. .-7 Eh bien-, dit Le Brun , puisqu'il m'est impossible de vqus fléclMr ,, pe me refu* ^ sez pas la dernière gi;àce que. je vojtis d^oaur , de; c'est de remettre de ma part à moia discret bi^faiteur , ce riche exemplaire des odes d*A-
BE te BRUir. i65
tiacrébn t il trouvera sur le premier feuilkt , ëbrit de nia main , le paraHèle que j^ai fait de ibe poète et d'Alexandre ; puisse cette ode , que m'inspira le chantre des plaisirs et des grâces, rappeler à l*acqa<^reur de ma bibliothèque, qu*il a fait pour mot plus que Polycrate ne fit pour le poète de Théos ! » Le fidèle émissaire promit b Le Brun de remplir sa commission le jour même ; et vint en effet dès le soir lui témoigner le plaisir qu'avait procure son offrande à Panonyme , qui s'était promis de la conserver toute sa vie , et de relire souvent l'ode vraiment anacréôntique dont était orné le premier feuillet du livre.
* Le Brun , convaincu que l'inconnu demeurait h Paris , le chercha , mais en vain , parmi les personnes titrées et les plus opulentes. II ne cessait de divulguer cette étrange aventure, et trouvait en la racontant , une espèce d'allégement à sa reconnaissance. Plusieurs années s'écoulèrent sans que le poète put avoir le moindre indice. Le courtier de librairie , dont il espérait toujours obtenir quelques' nsnseignemens , avait quitté la ca** pitale et s'était retiré dans l'Orléana^, pouf
f 66 * I<A BIBLIOtHÎiQUE
y jouir ex^ p^çix du fruit de ses longs travaux^ Il ne restait alors auçi^n esjpoir de dé^uyrûr ce mystère devenu plus <{ue jamais impene^
traUe Mais souvent le hasard le plus siat^
pie nous sert mieux que nos copabiuaisons , gpe nos ejQforts réitéra l-e Brun avait re^ nonce tout*à-fait à connaître son bienfaiteur^ et sMtait déterminé , non sans regret , à re&r ter débiteur de la seule dette qu'il eût coa^tractée de sa vie. Un jour qu'il visitait Tua des grands personnages tenant alors les rêne« de FEtat ^ il se trouve entouré de gens in-^ strnits , et de bibliomanes qui parlent des plus belle éditions connues des poètes anciens ; on cite entr'autres celles d'Anacréçn, Un étran«j
fer, ne s'imaginant pas être en présence du indare moderne, dit que la>plus précieuse édition qu'il eût connue, était à Bordeaux^ dans la bibliothèque d'une dame , aussi dis^ tinguée par sa beauté, que pdr son érudition^ u Elle possède , ajoute l'inconnu , la magni* fiqùe édition de Bodonî , in-quarto , papier de Hollande ^ ornée sur le premier feuillet , de l*ode charmante de Le Brun , écrite ei^ entier de sa main, et dans laquelle il com-
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j)are Alexandre avec Anacr^oii ,- et donne au poète la prëférencè sur le conquérant , arec une vérité frappante.-*^Et comment nommezvous cette datoe ? demande Le Brun en cachant avec soin la vive émotion qu'il éprpu-' -^e. — C'est l'épouse de Farmateùî* SurviUe, Pun des pins riches capîtalistes de Bordeaux ; elle doit arriver au premiet» jour à Paris ^ avec ses deux enfans , dctat elle veut perfectionner l'éducation . Oh ! c'est une femme d''un mérite distingué.' — Oui, reprit Le Brun d'une voix altérée , je l'ai connue trèsjeune à Paris : je prédis alors qu'elle ferait honneur à son sçxe. . ... Et je vois avec plaisir , que je ne me suis pas trompé. »
' Celte découverte imprévue fit éprouver au poète une joie inexprimable. ËHe devenait un si grand allégement iau poids de là reconnaissance! combien il était ipuxpour fui de devoir un pareil bienfait à Cette petite Berthe, qu'il avait soignée dans son enfance, et dont le bonheur était son ouvrage î « Corn- * ment, se disâait-il , étant' à cent cinquante \ j» Ueues de Paris , oh elle n'est pas venue de 1» puis douze ans , a-t-elle pu être instruit*.
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n de h vente de ma Inbliothèque , l^achetei* 3> tout entière « et prêter des notes qu'elle » me faisait mettre sur mes livres , pour ea 9 doubler le prix?..*. Il n'y a que les fem^ 91 mes qui soient capables de cette bonté dé«; » licate , de cette prévoyance mystérieuse ^ > ayee lesquelles on écarte les maux qui nous » menacetit , on les adoucit quand ils noua » ont atteints. Oh , quel plaisir \e vais éprour 3» ver en xevoyant ma chère élève! 4. ^ Gom*^ 1» bien je me propose de jouir de son silence ^ » de son généreux embarrias I » Madame Surville ne tarda pas en effet à venir visiter celui qu*eUe chérissait , qu'elle honorait comme un père. Convaincue que rien n'avait pu révé-^ 1er son secret ^ et que le Pindare français ^ dont elle était séparée depuis si long-temps et qui jamais ne Tavait instruite de ses mal-; heurs, ne devait avoir le moindre soupçon^ elle se rend à l'appartement qu'il occupait au (iouvre, accompagnée de ses deux filn les âgées de neuf à dix ans. Elle se précipite dans les bras de son maître ^ qu'elle désigne à ses enfans comme son premier ami, comme l'auteur de sa brillante destinée; et Lq Bruo^
' DE X.B feRtJir. I^
ae troâve au^tot enlace par. ces deux char-* mantes tréatnres cfui sVmpr^âsent de le re^ mereier de tout ce qtt*il a fait pour leur mère« Ce qui surtout intéresse etcltarme Le Brun , Q^est que pendant ces Jténdrès epandbemens , sa chère ëlève ne peut s*empécher de porter quelques regards furtifs sur cette biblîothe* que dont elle a sa cons^ver la jouissance à 80n Biaitr^ ; sxir cette bibliothèque si tûen choL* aie ; A bien ruag^ë et qui fui a procuré Tocca^ sion d?acqu^ter 14 dette du onsur. « Vous regardez n^ces Uvres , chSre Berthe ; lui dit Le Brun ^ rexapaibaut avec la plus ^^nde atten* tion ;' jan^ais homme- de lettres n'en posséda d'aus^ précteux*-^Ils me paraissent, eh e&t, répand madame Surville , d^un choix pai^t et dé la plus bdle reliure* Oh, c'est imôins l'éclat qu'ib ofirent aux yeux , que ce qu^ik gra^ vent dans la pensée , qui leur donnent tant dé prix, -^ Il est <iM&cile 900$- doute d'avdr ùUa plus riche réunion de toUt ce qui peut ibmer l'esprit, intà*6sser le<36G»ur , enâammer i'imaginatM>n. —^ Ce n'est pas encore tt^ut cela qui les rendsî reinarquables*.... i» A ces mois , il raconté ce qui lui était ar^rtvéy^bservantloua i5.
I yo LA BIBUOVHBQtB
|oiirs. son âëve , et il ajoute : u Juges de tout mon tourment ! le poids le plus affireox , c*est im bienfait qu'on ne peut acquitter. -^ liftait peut-être acquitté d'ayance , » répond ma-^ dame Sunrille baissant les jetix ^ et fiusant touâ^ ses eflbrts pour cacher le trouble qui l'agite. « J'ai fait en vain mille et mille recherches , reprend le pdkte , pour découvrir l'auteur d'un jM*océdé si tèùdiant et si rare.;.. Tout ce que j'ai pu savoir , c*est que ranoujrmé es^ une femme. Vous croyez ? — J'en aiois sûr. — Oh , qu^elle doit être heureuse ! et que j'en-* vie son sorti-^-'J'espëre aussi que rien ne manque à son bonheur. — * Ah ! si je ù'eusse . pas été aussi éloignée de Paris ; si vous n'atiez pas eu la cruauté de me laisser ignorer la gêne péniUe oh le sort vous avait rédiiit .'. •% — Vous eussiez , j'en suis bien sur , disputé le droit de me secourii* avec tant de délicatesse et de générosité : je vous connab assez , pour savoir que vous êtes capable d'un pareil trait. .. Oh ! si jamais je découvre ma bienfaitrice , comme je presserai sa main dans les mien- Xies!.... (et il la pressait) ; comine j'attache-* rai sur elle des regatds satisfaits , attendris !.«^
'( et il là àêvotaat des yeut ) ; ccuÉmie je lui répéterai sans cesse : Berthe !..••. charmante Bertbe !•• Je fus le guide , l'ami de ton enfaiif^ €e ; et me voilà dereau ton débiteur* — Que dites-yous , mon cher maître? *— N'étes-vous pas , madame , propriétaire de Texemplaire des odes d' Anacréon , oU se trouve le parallèle que j'ai &it de ce ppëte et d'Alexandre ? — Oui 9 répondent les deux jeunes filles presqu'à-* la- fois ; elle a lu cent fois devant nous ce que vous avez écrit sur la première pi^* — Mais elle ne vous a pas dit , ajoute Le Brun , que ce livre et le gage d'une dette sarcrée; mais elle vous, a caché qu'elle était l'anleur de raction la plus généreuse , la plus adroitement combinée , et qui donne une si juste idée de sa belle ame. — Quoi , notre mère serait l«;«..«... — Cet ange de bonté que )'ai cherché si long-temps , qu'il m'est si doux de trouva: çUu;» m<m ^hve^ e\ que je presse enfin sur mon cœur*.»...** )> A ces mots , il tombe éperdu dam les bras de la mère et des enfant: leurs caresses , leurs éris de joie et leurs paroles sç confondent : on e^t dit un père y un aïeul , entoure de son heureuse &•• 9 i5..
inflW. Madame Svri^ille lie tliew^phisJLtû^ ] tout ce cpi'ella a fait 3 elle ay«iw iJu'instruitoL par Vépôme d'an banquier de Cari^. intimé amide-soD mari, des pmtea qu!aArait^rou*«* Tëes soB respeetsdile mahré, elle avait d'abord ^oula lui faire accepter, des secours : maîa qu'elle avait ët^ rétame par cette noble fierté^ par cette in^braDiable dignité d'homme dp lettrés vdont il était le fiva rigide observ^^ t^ir ; elle ajoute <}ue> saisissant avec empressement rûccasimi &voittble de la vente 4^ sçi, ^ biblidtfa^ue , elle avait chargé cette datiie ée la secékK^dans aon pro}et , et que tot^t «^lait ex^uté par son obligecmte entremistSk Ella termine enfin par exprimera Le BMn le tOur^ ment Qu'elle éprouvait à Bor^^eaux de^v^r dans la gène «elui à qui elle-devait l'op^lence^ celui dont le mérite et la patience avaient orné sbn esprit, éolàiré sa raison. « l^hl lui dit^té avec la plus touchante eilpression « Ëepthe poUvait-eHeuB seol instant laisser son ikialtre dans la péâine ? et les vrah atftis ne sont-ils pas soKdait^es du bonheur on do mal** heor <jie léor vie ? — Oh ! maman , s'écrièrent leé deux jeunes ^les , i^ m nous t^dsèe^K.
téusés dé faj>partekHr ! — Je vois^bien (pfil fmttcêàdTj répond Le Brun : oui , Berdie e$t la seule femme au miondedeqtii je puisse ac«
cepter sans rougir.* .•• Mais^ cette bibluv
thèque n'est plus pour n^oi qu*uii dépôt sacré, et ce n'est qii'èn présence de témoins que je dois m'en charger. Après demàiiif vous venez dîner toutes les trois avec moi: je suis impatient de montrer à mes amis , à ceux de meg Confrères que je chéris et que j'estime , cdUe qur me rend à mân tour si fier d'avoir élé son maître. »
La mère ^t les deux filleâ se rendirent avec empressement à l'invitation de Le Brun : elles trouvèrent réunis dans son salon , plusieurs membres de l'Institut , et des femmes connues dans les lettres , dans les arts. A leur aspect chacun se lève , et les entoure d'hommages , de félicitations. Le Pindare français , donnant aussitôt la main à son élève chérie , la conduit dans une autre pièce , oh. sont rang& les livres dont il avait reçu le prix. Sur la corniche de la principale armoire , on, lisait en kttres dorées qu'il avait fait poser le matin : 6 Bibliothèque de Berthe. )> Il lui remet alors
I f4 lA BIBUOTBiQim Vt XE BKlTir«
un ëcrit qui atte$);e que madame Survflle IV| pay^ vingt mille francs , et qu'il charge se^ héritiers de la lui restituer après sa mort, Cha^ cun applaudit à œttejdée., qui bcHioraità-^la-* foi$ la bienfaitrice et l'obligé ; les deux jeube^ Surville dëelarèrent que oelte bibliothèque devenait un moniunent qui serait à lamaia conservé dans la fi^aoLiUe , et leur mère ajouta :. « Puisse«t*il vous rappeler, mes filles , que )> pour cotnokr un homme de lettres » il faut M savoir deviner S0A silence ; et que celui qui y* daigna nous instruire , devient pour nous 3) OQ second p%re« »