INTRODUCTION
Nous sommes heureux de consacrer les premières lignes de notre thèse à notre Maître le Docteur Boipin; il nous en a inspiré le sujet, et nous a donné la belle observation qui est le point de départ de ce travail.
D’assez nombreux auteurs ont étudié les endocardites qu’on a signalées, de loin en loin, au cours des fièvres typhoïdes et paratyphoïdes.
Beaucoup, parmi eux, ont noté combien il est curieux que ces faits soient si exceptionnels. STEPOWSKI, dans sa thèse, en 1908, estimait à une centaine le nombre des cas existants alors dans la littérature. Mais, la plupart de ces faits, insuffisamment détaillés et surtout insuffisamment contrôlés, doivent, selon nous, être récusés. Au vrai, si l’on élimine les cas d’endocardite curable, dans lesquels la lésion n’a pas été directement observée, c’est à peine s’il reste une vingtaine de faits démonstratifs. Pourtant, peu de maladies ont donné lieu à d’aussi nombreuses publications que les fièvres typhoiïdes et paratyphoïdes et, d’autre part, les endocardites infectieuses en ont, de leur côté, suscité d’innombrables. De nombreux cas d’endocardites sont signalés couramment dans diverses autres infections
pourtant moins répandues ; que leur nombre soit aussi faible au cours du syndrome typhoïde, cela prouve assez l'extrême rareté de cette complication.
Il y a là, du point de vue de la pathologie générale, un fait bien paradoxal, remarqué par beaucoup d’auteurs, mais sur lequel nous voudrions retenir l’attention. Paradoxal, il l’est pour plusieurs raisons. La première est que l’endocardite appartient essentiellement à l’histoire des septicémies. Or, la fièvre typhoïde est « le type le plus achevé des septicémies humaines » (1), et « il est peu de maladies où l’on voit un agent pathogène rester présent dans la circulation pendant un laps de temps aussi prolongé » (2) ; il sembleraït donc, a priori, qu’elle dût, plus qu'aucune autre, se compliquer d’endocardite.
La seconde raison est que l'infection typhique frappe l’appareil cardio-vasculaire avec une fréquence toute particulière. C’est une règle classique d’ausculter chaque jour le cœur des typhiques pour déceler la myocardite dès son début ; d’autre part, l'atteinte des endothéliums vasculaires n’y est pas rare: l’artérite, la phlébite, sont des complications classiques de la dothiénentérie. Seul, l’endocarde, semble-t-il, échappe presque toujours à l’infection.
Enfin, la troisième raison est que le bacille d’Eberth,
(4) Wipaz, LEMIERRE, ABRAMI Nouveau traité de médecine, fascic. III, p. 46. Paris, 1921.
(2) LEMIERRE, P.-N. Deschamps, Etienne BERNARD. Bull. et mém. Soc. Méd. Hôp. Paris, 17 juillet 1925, p. 1113.
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qui lèse si rarement l’endocarde, est capable pourtant d'y produire tous les types de lésions, depuis la simple inflammation jusqu'aux végétations et même aux ulcérations. Comment expliquer, dès lors, la rareté de cette localisation ?
Qu'il nous suffise ici de poser le problème. Dans notre dernier chapitre, nous essayerons de l’éclairer à la lumière de notions récentes, et d'apporter, à défaut d’une solution certaine, un essai d'interprétation.
Après un rapide historique, nous ferons l’étude clinique des endocardites de l'infection typho-paratyphique.
Nous consacrerons les deux premiers chapitres aux endocardites observées au cours de la dothiénentérie classique. Dans le premier, nous étudierons les formes curables, bénignes ; dans le second, les formes malignes.
Nous réserverons un troisième chapitre aux endocardites survenant en dehors de toute dothiénentérie, dans ces formes extra-intestinales de l’infection typhoparatyphique décrites sous le nom d’éberthémie. Ces faits nous ont paru les plus importants : d’abord parce qu’ils sont encore peu connus, ensuite parce qu’ils constituent, nous semble-t-il, la forme la plus fréquente de l’endocardite éberthienne, enfin parce qu’ils sont particulièrement instructifs du point de vue de la pathologie générale.
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Dans un dernier chapitre, nous envisagerons l’étiologie et la pathogénie.
Avant de commencer cette étude, nous tenons à remercier notre ami le Docteur Robert Worms de laide précieuse qu’il nous a donnée.