‹ Les Endocardites Typho-Paratyphiques: Contribution à l'Étude des Septicémies ÉberthiennesChapitre 2 sur 17 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L'histoire de l’endocardite débute avec BouiLLAUD, en 1835 ; celle des endocardites infectieuses, en 1852; celle des endocardites de la fièvre typhoïde ne commence que vers 1870.

BouiLLAuUD, dans son « Traité clinique des maladies du cœur », a consacré le terme nouveau d’endocardite, et décrit l’endocardite rhumatismale. Mais, s’il désigne sous le nom d’ « endocardite typhoïde », ce qui sera, plus tard, les endocardites infectieuses, il n’établit pas un rapport de cause à effet entre la lésion de l’endocarde et l’état typhoïde : « par cette dénomination », précise-t-il, « nous entendons uniquement désigner une endocardite modifiée par sa coïncidence avec un état typhique, et non une endocardite qui donne lieu par elle-même à des phénomènes typhoïdes ».

C’est SENHOUSE KIRKES qui, en 1852, montre les rapports entre certains états généraux graves et les lésions trouvées à l’autopsie sur la membrane interne du cœur. Il établit, de plus, l’origine cardiaque des embolies ainsi que leurs effets soit mécaniques, soit infectants : « les concrétions fibrineuses du cœur peu- « vent passer dans le torrent circulatoire ; en passant

dans les artères, les masses détachées peuvent, selon leur volume, produire une obstruction artérielle, des changements divers dans les organes, et enfin, dans quelques circonstances, agir sur le sang d’une

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façon toxique » (1). La notion clinique des endocardites infectieuses était née. Quant à la bactériologie, il est intéressant de noter que, dès 1855, Roxi- TANSKY indiquait, pour la première fois, les bactéries de l’endocardite ulcéreuse. Mais les recherches de cet ordre, à cette époque, ne furent guère poursuivies qu’en Allemagne, et ce sont surtout des travaux cliniques que suscita le mémoire de SENHOUSE KIRKES.

Les premiers en France, CHARCOT et VULPIAN (1862) distinguèrent les deux formes restées classiques : forme typhoïde et forme pyohémique.

L'histoire des endocardites typho-paratyphiques, simple chapitre de celle des endocardites infectieuses, débute, en France, en 1869, avec la thèse de René Bra- CHE : « Essai sur les maladies du cœur chez les enfants ». L'auteur, au milieu d’un grand nombre de faits, ne consacre à notre sujet que ces quelques lignes, suivies de deux brèves observations : « lorsque « l’endocardite survient dans la fièvre typhoïde, on peut dire qu’elle précipite la marche de la maladie primitive ; malheureusement, cette complication, qui, du reste, ne présente pas de forme spéciale,

« « « « passe facilement inaperçue ». Les travaux ulté-

(1) Archives générales de médecine, 1853, p. 306. Extrait du mé-

moire de Senhouse Kirkes publié dans le t. XXXV des « Medicochirurgical transactions ».

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#eurs ne devaient, on le verra, presque rien ajouter à ces propositions.

Quoi qu’il en soit, il devint, dès lors, classique de nommer la fièvre typhoïde parmi les causes possibles d’endocardite infectieuse. Mais les observations sont exceptionnelles, et l’endocardite n’est guère citée que pour mémoire, à la suite des autres complications cardiaques de la maladie, au premier rang desquelles se place la myocardite.

Pourtant Boucxur, en 1874, étudiant l’ensemble des endocardites infectieuses chez l'enfant, prétend en trouver 187 cas sur 200 autopsies d’infections diverses, et surtout il croit à la fréquence relative de l’endocardite typhique : sur 25 fièvres typhoïdes il trouve 17 fois un souffle mitral. Mais les idées de BoucxuT sont réfutées par PARROT qui n’a pas de peine à démontrer qu’elles reposent, au point de vue clinique, sur une base fragile et douteuse ; au point de vue anatomique, sur des erreurs : altérations cadavériques banales, prises pour des lésions pathologiques.

On doit à C. de Boyer, en 1875, la première observation comportant, outre les détails cliniques, la présentation de pièces anatomiques.

En 1887, LANpouzy et SIREDEY, dans un mémoire classique sur les « Localisations angio-cardiaques de la fièvre typhoïde », affirment d’une part la rareté de l’endocardite maligne typhoïdique, d’autre part, la fréquence, comme séquelle de la maladie, de lésions lentement évolutives, à prédominance aortique, produisant, à longue échéance, des lésions valvulaires. Ils

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désignent ce processus chronique sous le nom de « propathie ». Les faits décrits par ces auteurs ne nous ont guère paru avoir été confirmés ultérieurement.

Lion, en 1889, réussit pour la première fois à produire une endocardite expérimentale chez l'animal. I1 déduisit de ce fait une théorie pathogénique que nous discuterons. L'année suivante, ARNALDO VITI reproduisit une endocardite expérimentale, mais cette fois sans traumatisme préalable des valvules aortiques de l'animal. |

Depuis cette époque, l’endocardite est signalée de loin en loin par quelques auteurs. Mais quand on examine la bibliographie de la question depuis 1869 (thèse de BLACHE) jusqu’à 1930 (thèse de Mlle Suit), c’est-àdire sur une période de soixante ans, on constate que plus des deux tiers des observations sont réparties dans les trente premières années : l'emploi systématique des moyens de contrôle du laboratoire, en rendant les observations beaucoup plus rigoureuses, affirme encore davantage leur rareté ; CHALIER et Pass, en 1930, ne peuvent rassembler que treize cas certains, avec autopsie.

Quant à l’histoire des endocardites éberthiennes observées en dehors de toute « fièvre typhoïde », elle se ramène à peu de choses ; en 1882, BERNHEIM, étudiant les formes extra-intestinales de la maladie, décrit une forme cardiaque ; mais il n’a guère en vue que la myocardite, et ne fait qu’entrevoir l’endocardite. Celleci ne devait être précisée qu’en 1921, dans deux publications de MM. Mixer et LEGRAND sur la « forme loca-

lisée cardiaque de l’éberthémie ». Encore, ces auteurs, sur les six observations qu’ils apportaient, n’avaientils pu réunir que 4 endocardites. Nous nous efforcerons de montrer pourquoi nous considérons au contraire ce groupe comme le plus important.

Au cours des dix dernières années, nous n’avons pu relever plus de neuf faits nouveaux (dont 3 guérisons). Mais c’est parmi eux que se trouvent les observations les mieux avérées, les plus complètes et les plus instructives.

D’autre part, des travaux de physio-pathologie sont venus modifier, et bien profondément, l'interprétation générale des pyrexies.

On pénètre aujourd’hui plus avant dans la connaissance des processus complexes d’infection et d’immunité. On rend aux réactions biologiques du terrain l'importance que semblait naguère absorber tout entière l’étude morphologique du microbe, et nous verrons que l’on peut trouver dans ces travaux contemporains, une orientation nouvelle à la pathogénie des endocardites éberthiennes.

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