ACTE I , SCÈNE III
GLOCESTER
Ah! milady;, que du faîte où nous sommes Le spectacle qu'on a vous dégoûte des hommes!
ÉLISABETH
Mon frère, moi , mes fils, tout frapper à la fois! Je reste de surprise immobile et sans voix.
GLOCESTEll.
Enfin dans leur démence ils vont jusqu'à prétendre
Que d'un remords secret ne pouvant vous défendre ,
Tout entière à vos fils , vous les aimez assez
Pour vous sacrifier à leurs jours menacés j
Et.... puis-je d'un tel bruit me rendre l'interprète?
Signer Faveu public des erreurs qu'on vous prête...
ELISABETH
Le signer !
GLOCESTER
Par tendresse : en préférant pour eux Une vie assurée à des droits dangereux.
ÉLISABETH
Le signer î qu'à ce point la terreur m'avilisse !
Que de mon lâche cœur cette main soit complice,
Pour flétrir mes enfans, pour les déshériter,
Pour abdiquer ces droits qu'on leur vient disputer;
Droits augustes, milord, certains, incontestables,
Et dont j'écraserai tous ces bruits misérables !
Le signer! je suis faible, et cependant j'irais.
Reine et mère à la fois, dans mes yeux, sur mes traits
Portant le démenti d'une telle infamie.
Aborder le front haut cette ligue ennemie.
J'irais, je traînerais mes deux fils sur mes pas;
Je prendrais d'Edouard l'héritier dans mes bras :
Oui, j'en aurais la force, et courant leur répondre,
Au peuple rassemblé dans les places de Londre,
Je dirais, je crirais.... Que sais-je? Ah! si les mots
Me manquent au besoin , mes regards , mes sanglots
Répandront au dehors ma douleur maternelle;
Si ma voix me trahit, mes pleurs crîront pour elle :
(( Peuple, sauve ton roi! c'est Edouard, c'est lui ;
» Edouard orphelin qui te demande appui.
» Abandonné de tous, c'est en toi qu'il espère :
» Adopte mes enfans qu'on prive de leur père.» ^
Mes enfans ! mes enfans ! ... Ah! qu'ils viennent, vos lords;
Qu'ils m'insultent en face ; ils me verront alors,
Entre mes deux enfans, foire tête à l'outrage.
La lionne qu'on blesse aurait moins de courage ,
Moins de fureur que moi , si jamais je défends
Les jours, les droits sacrés, l'honneur de mes enfans.
Vertu, que c'est bien là ton sublime langage!