ACTE II, SCÈNE VI
ÉDOUARD
Un regard de ma mère Emportera bientôt ma douleur passagère. Parlez-inoi de Richard : m'a-t-il bien regretté? Du voyageur^ milord^ s'est-il inquiété?
GLOCESTER
Mais....
ÉDOUARn.
Oui^ j'en crois mon cœur, le sien^, sa douce image Dont les traits m'ont souri pendant tout le voyage. Il s'occupait de moi , qui , palpitant d'espoir^ Le cherchais^ l'appelais, croyais déjà le voir Se jeter à mon cou, dans sa joie enfantine, Les bras unis aux miens, pleurer sur ma poitrine; Qui l'entendais, milord, comme s'il était là. Me dire en sanglotant : Edouard , te voilà !
GLOCESTER
Je veux l'entretenir, cette amitié si sainte : Je prendrai du pouvoir les travaux , la contrainte. Pour moi tous ses chagrins , pour vous la liberté^ L'amour, les jeux d'un frère et leur folle gaité !
ÉDOUARD
Son enjoûrnent naïf au plaisir vous invite; Il rit de si bon cœur que bientôt on l'imite.
GLOCESTER
Heureux auprès de lui vous n'aurez qu'à choisir Entre les passe-temps qui charment son loisir.
LES ENFAIXS D'EDOUARD.
ÉDOUARD
Je les verrai peut-être avec un œil d'envie ;
Mais d'autres soins ^ milord, doivent remplir ma vie.
GLOCESTER
Et quels soins?
EDOUARD
Je suis roi.
GLOCESTER
Mon Dieu^ vous le serez; Mais ne vous troublez point d'ennuis prématurés. IN'accablez point vos jours d'un poids qu'on vous allège; Vous n'aurez que trop tôt ce triste privilège.
EDOUARD
Dussé-je avant le temps rejoindre mes aïeux ^ Lord Ri vers me Fa dit, il faut voir par mes yeux. Si mon père abusé , si ce roi qu'on révère, N'eût pas fermé les siens dans un jour de colère , Clarence, qu'il aimait et qu'il a tant pleuré!...
GLOCESTER
Clarence !
ÉDOUARD
Dans la Tour n'aurait pas expiré.
GLOCESTER , à pari.
Il a trop de mémoire.