ACTE II, SCÈNE YI. lOT
EDOUARD
Ah! quelle différence î Où j'arrive avec joie il vint sans espérance. C'est ici, dans ces murs... leur aspect m'a fait mal : Ils ont vu si souvent couler le sang royal!
GLOCESTER
Mais l'arrêt cette fois punissait un coupable.
EDOUARD
L'arrêt qui tue un frère est toujours révocable.
GLOCESTER , à part.
Me soupçonnerait-il ?
EDOUARD
Un frère ! . . . ah! ce doux nom , Sur les lèvres des rois fait venir le pardon ; Edouard l'accorda.
GLOCESTEB.
Trop tard.
EDOUARD
Non , mais un crime Jusque sous son pardon vint frapper la victime.
GLOCESTER
Chassez de votre esprit ce triste souvenir.
EDOUARD
Ah! quand je le voudrais, pourrais-je l'en bannir?
J'entends sortir du cœur de mon malheureux père
Ce cri : (( Mon frère est mort ! j'ai fait mourir mon frère! »
Je jouais, j'étais là^ riant sur ses genoux^
Quand d'horreur^ à ce cri, vous avez pâli tous.
Puis avec quels sanglots il reprit à voix basse :
(( Eh quoi pas un de vous n'a demandé sa grâce!
» Qui l'a fait ? qui de vous à mes pieds se jetant ,
» M'a rappelé ces jours oii nous nous aimions tant ?
» Nos durs travaux, ces nuits où brisés parla guerre
» Dans le même manteau nous couchions sur la terre
» Où l'écartant de lui pour en couvrir son roi ^
» Sous la froide rosée il tremblait près de moi ?
» Et je l'ai condamné sans qu'une bouche amie
» S'ouvrît pour me crier : Il vous sauva la vie!
)) Pauvre infortuné frère! ... Ah! que jamais ton sang
» Ne retombe sur lui î dit-il en m'embrassant ,
» Sur mes fils!...» et sa voix s'éteignit dans les larmes.
Mais la bonté du ciel a trompé ses alarmes :
Aimés ^ bénis de tous^ ses deux fils sont heureux;
Il peut dormir en paix^ car vous veillez sur eux.
GLOCESTER
A part. A Edouard.
Je respire. Ecartez ces images funèbres.
Oui, quand j'aurai puni.
GLOCESTER
Qui donc ?