ACTE II, SCÈNE X
Et le jour , et la nuit , sans sommeil, sans relâche, L'œil ouvert , la main prête à repousser un lâche , Un monstre...
(>LOCESTER.
Milady!
ELISABETH , qui le regarde en face.
Je n'ai pas peur de vous.
Buckingham vit ; il s'arme , il soulève pour nous Ses partisans , les miens , le peuple , Londre entière ; Il viendra, nous viendrons , lui , tous , moi la première, Le« sauver, vous punir.
GLOCESTEK.
Mère imprudente, assez!
Savez-vous qui je suis et qui vous menacez?
ÉLISABETH
Je ne menace pas; j'implore , je conjure. Par mes pleurs , par leur sang , au nomade la nature , Au nom de leur danger... Il m'inspire; écoutez : Vous le disiez tantôt, leurs, droits sont contestés. Pourquoi donc les tuer ces deux tendres victimes? S'ils sont de mes amours les fruits illégitimes , Leurs droits n'existent plus ; il vivent; vous régnez.
rô2 LES ENFANS D'EDOUARD.
GLOCESTER
Qil'entends-je?
ÉLISABETIÏ.
C'est en vain que vous vous indignez.
Crime ou non , j'y consens : leurs droits Je vous les donne; En les déshéritant ma honte vous couronne. S'il faut^ pour le sauver, que le fils d'Edouard Soit.... Ah! l'horrible mot! un bâtard, un bâtard! Eh bien \ il le sera ; je signe tout.
GI>OCESTER.
Vous, reine ! ^ Vous me feriez penser qu'on a dit vrai.
ÉLISABETH
La haine ,
Le croira , le dira; que m'importe ? Ils vivront. Pour prix du déshonneur , imprimé sur mon front , Pour prix du crime enfin dont je me rends coupable, Car c'en est un, milord, affreux, abominable. Rendez , rendez-les moi ces enfans adorés ! Rendez-moi mes deux fils ! Ah ! vous me les rendrez. Pitié ! C'est à genoux , mains jointes , que leur mère Vous demande pitié ...
GLOCESTER
C'en est trop.