SCENE VII
DANIEL, POIRIER, ROUSSEAU, TROIS AUTRES OUVRIERS; puit MALESSARD*.
Continuant C air précédent .
CHOEUR
Amil, l'Heure sonne,
La faim nous talonne,
Allons, en avant !
La loup' nous attend.
Amis, l'heure sonne, etc.
rouit», sans veste, ayant les liras nus, un tablier et un chapeau très-brillant.
Tiens, c'est le petit Daniel! Il est toujours le premier au rendez-vous, ce gredin de Daniel! Bonjour, Daniel.
DANIEL
Bonjour, fabricant de chapeaux. ( A Rousseau.) | Bonjour, tanneur.
rousseau, en costume de travail.
Du moment que les titres sont connus, je prends mon rang. Bonjour, ciseleur; bonjour, petite rocaille (passe-moi le mot). Ah çà ! farceur, ta gueuse d'estomac est donc toujours en avance f rotai ta.
Laisse-moi donc; son estomac, c’est pas ça qui le tiraille pour le quart d'heure.
DANIEL
Eh bien! qu’est-ce que c'est donc, malin?
POIRIER
Tiens, pardine, c’est le moutard de Pile d’amour, le dieu joufflu qui porte des ailes et pas de bretelles.
rousseau.
Ah çà! mon pauvre Daniel, c’est donc bien décidé, te voilà pincé au demi-cercle?
potaiaa.
Lui l englobé , confit , dans l’esclavage jusqu’au cou !
DAHI1L.
Tiens, Poirier, ne ricane pas là-dessus. Il y a du brouillard dans mes amours, et ça me vexe. rousseau.
Bah! l’arcbe-cn- ciel reviendra. Au surplus, tant mieux si ça va de travers ! ça t'apprendra à faire le pigeon amoureux. Ecoute, Daniel, suis les conseils d’un lapin qu’a évu trois ans de ménage. Courtise les femmes pour la chose unique de leur dire des bêtises , conte-leur des histoire dorées sur tranche, fais-leur des promesses fabuleuses ; mais ne bouge pas de là : sans quoi de quoi lu es un homme noyé. Si dans le langage, de ton cœur il y a un mot de vérité, la métempsycose arrive, tu tournes au melon (passe-moi le mot), et tu deviens le jouet du sexe dont nous ne faisons pas partie.
POIRIER
Bravo! l’auteur. Mais dis donc, Rousseau, tu
* Nota. Ils doivent cire tons en costume de travail, choisissant diverses professioss.
traites la matière comme si t’avais éprouvé des inconvéniens avec ton épouse?
aOUSSRAU.
Non, Poirier, non; M roe Rousseau était la vertu personnifiée, en chair et en as; mais j’avoue quo c’était la vertu la plus tannante qui soit au mondet passez-moi le mot, à cause de la profession. Elle n’est plus : j’en fais un éloge exagéré, selon l’usage; mais si je convole jamais en secondes noces, vous pourrez dire : Rousseau a perdu toute faculté intellectuelle; Rousseau a 1a télé félée, Rousseau est un homme fichu; et quand vous m’écrirez, vous mettrez sur l’adresse : A Charentoit, Scine-et- Marne. Voilà mon sentiment.
DANIEL
Bahl bah! chacun a sa manière de voir là-dessus. Dieu merci! y en a encore qui trouvent des femmes douces et bonnes; y en a, y en a.
ROUSSEAU
Pas dans le royaume de France, ni sur terre.
On nous les garde pour dans le ciel, laisse donc!
La femme est jetée an monde pour faire poser l'homme. Si le père Malessard était là, il t’expliquerait le cœur de la créature, lui! C'est ça un vieux corbeau qui s’y connaît, un brave qu’a évu trois épouses légitimes! Quel troupier d’amour, et c’est pas décoré!
11 dirait commo moi.
ROUSSEAU
Jamais! au grand jamais!
M A lessasd, parait au fond, il chante :
Amis du vin, de la gloire et dos belles, «
Daignes sourire !...
{Chanté.) Bonjour, mes petits enfans.
TOUS
Tiens, le v’iàl Bonjour, père Malessard!
MALESSARD.
Boujour, 2 ’cnfans, bonjour. Vous attendiez votre doyen pour vous abandonner à la soupe : c’est très-bien, me voilà z’arrivé! Qu’on nous serve des flots de bouillon, avec des légumes en masse.
ROUSSEAU
Avant ça, père Malessard, nous avons une opinion à vous demander.
MALESSARD.
Qtt’est-cc que tu dis?
ROUSSEAU
Je dis : Nous avons...
MALESSARD.
Tu sais bien que je suis sourd de l’oreille gauche; si tu veux que je t'entende, passe à droite, fais comme les cochers, prends la droite.
ROUSSEAU
C'est juste, j'oubliais. {Il passe A droite de Malessard, criant.) Voilà ce quo c'est, vieux patriarche. Je vous disais donc...
MALESSARD.
Parbleu! je ne suis pas sourd.
ROUSSEAU
Qu’cst-ce que vous conseilleriez à un ami, à un enfant du délire qui serait sur le point de s’eochaiucr avec uno femme devant le maire de son
MAGASIN THEATRAL
district, ci cela, sans y être forcé par le» tribunaux?
MALESSARD.
Ab! ah!
rousseau.
Ne dites rien ne le flucncez pas.
M AI.CSSARD
Mei enfans, j’ai vécu z’assez pour connaître le fort et le faible des circonstances.
rousseau.
Oh ! voui !
A ceux qu'est pas dans les chaînes, je dis: K* te marie pas, tu ferais mal; & ceux qu*cRt incorpoié, je dis : l’es marié, t’as bien fait!
ROUSSEAU
Mais votre idée à vous, votre idée intime, là, cuire cuir et cbair?
« MALESSARD.
Mon idée d’homme z’à homme, la voici. La femme est comme un panier de prunes : lo dessus est charmant , c’est joli à l’œil, c’est gTarieux , c’est velouté; mais, presque toujours, mes enfans, vous êtes volé à l'intérieur ; en dernière analyse :
Ail : L'rmt coule pour tout le momie.
Jr voit du mal s‘el j* vois du bien ,
Dans Irt •flair’» du mariage,