CHAPITRE XV
Le lendemain , avant de se rendre à la grotte, on alla voir les enfans de Mariamoe, qui, du plus loin qu'ils apercurent leurs Jibérateurs, vinrent se jeter dans leur bras, et les payèrent par leurs
douces caresses du danger qu'ils avaient Le) couru pour les soustraire à une mort certaine. Îls se portaient à merveille, et leurs bienfaiteurs, tranquilles sur leur
re
Lhe Saciaire, 2 le Peuphier, 5 le Pahnier, 4 le Tulipier
à le Maronier d'inde. 6 la Capucine :
sort, revinrent, avec leur sœur et Fonsfrède, à la grotte, où Philippe devait parler de l’organisation des feuilles, dont ilavait réuni un grand nombre, pour faire voir à ses élèves une partie des variétés infinies qu’elles présentent.
PHILIPPE
Les feuilles sont le plus bel ornement des plantes, sans en excepter les fleurs; car on peut remarquer qu'au moment où plusieurs arbres fleurissent, il en est qui n’ont point encore de feuilles, et leur aspect n’a pas l'agrément de ceux dont les fleurs se trouvent mélangées avec les jeunes feuilles, tels quele poirier , le pommier ; un grand nombre de feuilles sont attachées à la plante par un pétiole où queue, et alors elles se nomment pétiolées; ou ellessont postessurle ramneau, el elles se nomment sessiles; le pétiole varie dans sa forme comme les feuilles. Sans entrer dans le détail exact el immense de tous les noms des feuilles, il faut au moins
savoir ceux qu’elles ont suivant l'ordre dans lequel elles se succèdent d'après l'âge de la plabte; on nomme :
Séminales, celles quisortent de terre avec les graines.
Primordiates, celles qui leur succèdent.
Caractéristiques, les feuilles ordinaires de la plante adulte.
La nature, si constamment uniforme dans la position des feuilles, qui sont toutes ou opposées, ou allernes , s’est plu à en varier les formes, non-seulement par famille, mais même par individu, de telle sorie qu'il n’en n'existe pas de parfaitement semblable à un autre. On en remarque qui ressemblent ä un fer de Jance, le sagittaire ou fer de flèche ; d’autres dont le pétiole extrémement souple leur donne beaucoup de mobilité: tels sont les peupliers, principalement le tremble, que le plus léger mouvement dans l'air agite. Le pétiole aplati sur le côté est un
caraclère distinctif des peupliers. y des feuilles palmées, telles que ae du palmier lalanier, ainsi nommées parce qu'elles ressemblent à une main, D’autres découpées comme la vigne: le tulipier, lérable, et le platane. Le marronnier d'Inde a les feuilles digitées. Il y a des feuilles que l’on nomme engainantes, comme dans les gramens; d’autres ont deux feuilles tellement rapprochées qu’on imaginerail qu’elles sont traversées par la tige, elles se nomment binées. La feuille de lacapucine est en bouclier, parce que le pétiole est allaché au centre de la feuille dont les bords sont presque à une Cgale distance. Il y a des feuilles sessiles qui ont la forme allongte, telles que le citronnier et l’oranger, en observant pour celie espèce que le citronuier à de petites feuilles qui tiennent au pétiole
en forme d’aile de papillon, ce qui le distinçgue de l’oranger. Il y en a, comme celles de la verge du Canada. qui sont
fort allongées; on les nomme lancéolées. Les unes ont des pétioles longs ctsouples, d’autres très-courts; d’autres, comme la famille des aloës, n’en ont «point. Nous ne devons pas oublier non plus les stipules; ce sont des productions foliacées qui se trouvent à la base des pétioles ; les plns remarquables sont celles du platane : elles sont festonnées , eL elles le distinguent de l’érable, qui n’en a point.
Les pruniers, les amandiers, et plusieurs autres fruits à noyaux, ont des stipules prèles et caducs portés sur la base du péuole.
La feuille n'est que l'épanouissement du pétiole; celui-ci est composé des mêmes parties que la tige et l'écorce.
Le pétiole se prolonge, s'épanouit ensuite, el forme un réseau dont les mailles sont plus écartées que dans la tige ou l'écorce ; ces mailles sont remplies par le tissu cellulaire,
Le réseau de la feuille diffère de celui du bois et de l'écorce, en ce que son tissu vasculaire étant moins serré, ses mailles contiennent beaucoup plus de tissu cellulaire,
Vers Ja fin de l'hiver, on trouve des feuilles disséquées; on a trouvé en An-
‘gleterre le secret de faire cette dissection, et on y réussit à présent en France avec le même succès, surtout sur celles du chène et du platane.
Madame Éranck vint avertir les demoiselles qu'il était arrivé du monde, et que marlame la marquise les demandait; elles se separèrent, quoiqu'à regret, de leurs frères, car on leur avail enseigné que l'amour même de l’étude ne doit pas dispenser des devoirs de la société. Elles suivirent leur gouvernante ; mais nos jeunes gens, dont le sexe, toujours plus enclin à Ja liberté, se ploie plus difficilement que l’autre ces devoirsquelquefois génans , s'en dispensèrent , pri-
fenlleurs fusils , et ne rentrèrent au châeau qu’à l'heure du souper.