‹ Les Enfants AccusateursChapitre 7 sur 19 · OFFICIER DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

OFFICIER DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

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ENERODUCTION

Les travaux publiés sur les psychopathes auto-accusateurs et auto-hétéro-accusateurs sont nombreux, surtout depuis le rapport de Dupré, au Congrès de Grenoble, en 1902. Des cas plus rares d’enfants accusateurs sont relatés dans des ouvrages sur l’auto-accusation en général, sur le mensonge pathologique. Il nous a semblé intéressant de faire une étude spéciale sur ce point de pathologie mentale infantile, en publiant quelques cas inédits observés par nos maîtres ou par nous.

Cest M. le Docteur Molin de Teyssieu qui nous a donné l’idée de ce travail, ainsi que des indications bibliographiques. Nous l’en remercions ici.

Nous tenons à manifester spécialement notre reconnaissance à notre maître, M. le Professeur Abadie, qui nous a communiqué ses vues très personnelles, nous a largement ouvert son service de psychiatrie, et surtout nous a permis de puiser dans les dossiers qu’il a accumulés au cours de ses nombreuses expertises médico-légales. Il nous fut particulièrement agréable de travailler sous sa direction.

Nous le remercions en outre de l’honneur qu’il a bien voulu nous faire en acceptant la présidence de cette thèse.

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AEANIN ACCUNATEUR

GAEAMPBELRE PREMIER

L’auto-accusation en pathologie mentale et en médecine légale.

En opposition avec les persécutés qui accusent autrui, d’autres aliénés, plus rares, s’accusent eux-mêmes. D’après la définition médico-légale, l’auto-accusateur est un sujet sincère ou menteur, haliuciné ou raisonnant, qui, mû par un sentiment pathologique, s’accuse aux autorités judiciaires, avec détails circonstanciés sur le lieu, l'heure du crime. Tandis que, pour le psychiatre, l’auto-accusateur est aussi bien le malade qui porte sur lui-même un jugement défavorable, que celui qui avoue une action criminelle.

Les idées d’auto-accusation apparaissent au cours des états mélancoliques, des psychoses toxiques et infectieuses de certaines névroses, des états de débilité et de déséquilibration constitutionnelles.

L’auto-accusation fait partie du fond même de la mélancolie. De l’état mélancolique naît une idée de faute déterminée et de culpabilité précise, avec idées consécutives de châtiment, de supplices, de damnation. Comme le dit Séglas, toutes ces idées présentent le caractère commun d'exprimer un jugement défavorable qui ne trouve qu’en lui-même ses éléments premiers.

L'intérêt médico-légal de ces états mélancoliques ne réside pas dans l’auto-dénonciation à la justice, qui ést

exceptionnelle, mais dans lentraînement au suicide et même au suicide collectif : le mélancolique ne veut pas déshonorer les siens, il massacre femme et enfants, et se tue. |

Séglas a décrit un délire systématisé, constitué uniquement par des idées d’auto-accusation, sous le nom de « délire systématisé primitif d’auto-accusation ». Il différencie ces malades des mélancoliques par les caractères suivants : ce sont des héréditaires qui ajoutent au caractère habituel des délirants systématiques susceptibilité, égoisme, orgueil, des sentiments inquiets et scrupuleux, dont l’autoaccusation ne représente qué l’exagération, mais leur humilité est trompeuse et dissimule mal la vanité blessée. Leur santé physique reste bonne, ils ne souffrent pas d’une douleur morale permanente, ils présentent de l’anxiété par intervalle.

L’auto-accusation se rencontre encore dans cette variété d’obsession qui s'appelle folie du doute, à caractère paroxystique, avec angoisse et conscience plus ou moins complète de l’état pathologique. Quelquefois encore, on la rencontre dans la confusion mentale, où il n’y a à la base que de l’automatisme psychique, non l'élément affectif qui conditionne le délire du mélancolique et fait sa fixité.

C’est dans les psychoses infectieuses et toxiques que les idées d’auto-accusation se trouvent avec leur plus grande fréquence. Le facteur morbide de beaucoup le plus important est l’alcoolisme. « Quand un homme vient dire qu’il a tué quelqu'un sans que cela soit vrai, il y a quatre-vingtdix-neuf chances sur cent pour que ce soit un alcoolique » (Lasègue) (1). En effet, sur un terrain héréditairement prédisposé, l'alcool affaiblit le pouvoir d’inhibition, excite l’automatisme, entraîne à l’auto-aécusation par l’intermédiaire du délire onirique, avec un fonds d’amnésie. Les éléments en sont empruntés à la vie ordinaire, à la lecture

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G) Lasèqur. — Des manifestations cérébrales de l'alcoolisme. Études médicales, t. 11,

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d’un crime dans le journal, à des préoccupations sociales (crimes politiques).

Signalons l'influence prédisposante de l’inanition et du surmenage. Aussi, chez l’alcoolique délirant, on obtient la guérison par un sommeil profond : « c’est le repos du dormeur qui dissipe le cauchemar de l’homme éveillé ».

Ce délire s’observe encore, rarement il est vrai, chez les typhiques.

Les hystériques, qui ont une tendance marquée à accuser autrui, s’accusent quelquefois eux-mêmes, et cela à cause de leur désir bien connu de se mettre en scène, de leur suggestibilité, de leur aptitude aux hallucinations visuelles et génitales, des lacunes de leur mémoire. Les principaux caractères de cette auto-accusation sont la lucidité apparente de son auteur, le luxe et la précision des détails, la vraisemblance dans la faute. Enfin, presque toujours, il y a aussi hétéro-accusation, et presque toujours les faits se passent dans la sphère génitale.

Pareiïlles observations deviennent d’ailleurs très rares de nos jours, où les sorcières ne sont plus qu’un souvenir lointain. « La sorcière, dit Jean Wier, est une pauvre vieille femme stupide et ignorante, dont la fantaisie a été tant abrutie en fausses images qu’elle confesse avoir fait ce qu’elle n’a pas fait, et ce qui n’a été fait par quiconque. » Et encore faut-il, chez la sorcière, ne pas négliger l’influence des inquisiteurs menaçants. Cependant, plusieurs faits assez récents montrent que quelquefois encore des enquêtes judiciaires sont poursuivies sur une fausse piste, et donnent lieu à la condamnation de l’hystérique auto-accusatrice : il s’agit, le plus souvent, d’affaires d’avortement.

Au contraire de l’hystérique, l’épileptique est très rarement auto-accusateur.

Le paralytique général, quand il présente un état mélancolique anxieux, peut devenir auto-accusateur, mais son auto-accusation est niaise, invraisemblable, absurde même,

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