LETTRE-PRÉFACE A M. ALFRED BINET
Mon cher Collègue,
Vous avez bien voulu me demander de présenter au public ce petit livre sur les enfants anormaux. La notoriété de votre nom et la compétence que vous ont acquise vos études antérieures sur cette matière vous dispensent de tout patronage; mais puisque vous rappelez les travaux de la Commission interministérielle, auxquels j’ai eu l’honneur de m’associer comme président, je saisis avec plaisir l’occasion qui m’est offerte de dire les services rendus par cette Commission et la part que vous avez prise à ses débats.
Jusqu’à ces dernières années, tandis qu’à l’étranger des enquêtes méthodiques et d intelligentes expériences faisaient graduellement avancer la question des anormaux, la France, qui avait pris
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autrefois l’initiative généreuse de ce mouvement, demeurait stationnaire, et les appels adressés à 1 opinion par tant de congrès philanthropiques et scientifiques ne rencontraient qu’un faible écho dans les régions officielles. Et pourtant, de plus en plus pressante apparaissait l’obligation pour l’État de remplir tout son devoir à l’égard de ces déshérités de la nature : aveugles, sourds-muets, dégénérés, arriérés, instables. Quelle tristesse de penser, par exemple, que les enfants à qui une infirmité, originelle ou acquise, rendait l’instruction plus précieuse et plus nécessaire, étaient précisément ceux qui se voyaient exclus du bénéfice des lois scolaires !
Enfin, en 1904, sur le rapport de M. Marcel Chariot, inspecteur général de l’Enseignement primaire, M. le ministre de l’Instruction publique, qui rencontrait chez le Président du Conseil, ministre de l’Intérieur, les meilleures dispositions, confiait à une réunion d’éducateurs, de médecins, d hommes de science, et de représentants des services administratifs intéressés, l’étude des conditions dans lesquelles il devrait être pourvu à l’éducation des enfants anormaux. La tâche était complexe : il s’agissait de déterminer les caractères auxquels se reconnaissent les diverses formes et les