‹ Les enfants anormauxChapitre 25 sur 36 · DÉFINITION DE L’ENFANT DÉBILE · texte numérisé non relu

DÉFINITION DE L’ENFANT DÉBILE

Est débile tout enfant qui sait communiquer avec ses semblables par la parole et par écrit, mais qui montre un retard de deux ans ou de trois ans {suivant les distinctions indiquées plus haut) dans le cours de ses études, sans que ce retard soit dû à une insuffisance de scolarité.

Ce sont là des distinctions pédagogiques. Nous croyons par conséquent que l’inspecteur primaire peut très bien les faire; s’il se trouve embarrassé, il a auprès de lui un médecin, qui lui donnera des conseils.

A coup sûr, l’idiot est pour l’hospice,. A coup sûr, le débile est pour l’école. Reste l’imbécile^ au sujet duquel on peut hésiter. Du moment que l’imbécile ne peut apprendre ni à lire ni à écrire, sa place n’est qu’à l’atelier. On recherchera dans quelle mesure il profiterait de l’enseignement spécial.

Les anormaux vrais et les faux anormaux. — Nous allons formuler une règle qui ne rencontrera certainement aucun contradicteur : c’est qu’z'Z est nécessaire de ne recevoir que des anormaux dans les écoles d’anormaux.

Seulement, si on entre dans les détails d’application de cette règle, on rencontre beaucoup de cas embar' rassants. 11 y a des enfants normaux qui sont très en

retard dans leurs études; ils ne peuvent suivre avec profit la classe de leur âge. Ces enfants sont nombreux et très intéressants, socialement parlant; comme ils sont intelligents, en effet, on est sûr qu’avec un peu d’aide on leur ferait rattraper le temps perdu. On les a appelés des arriérés pédagogiques ; ces termes prétérit à contusion, depuis que les débiles légers ont reçu unè dénomination analogue, celle d’anormaux pédagogiques. Il vaudrait mieux appeler les premiers des retardés, ou simplement des ignorants. En Belgique, dans la première école qui a été fondée pour les anormaux; On a admis beaucoup de ces ignorants. Ils y étaient môme en majorité ; et on comprend la facilité avec laquelle les instituteurs les accueillent : ce sont ces su jets-là qui donnent les plus grands succès, puisqu’ils ont une intelligence normale, ce sont ceux que la fraude a tendance à exhiber en les faisant passer pour des anormaux authentiques que la pédagogie a améliorés. En France, il a été Convenu que les ignorants ne seraient pas admis dans les classes d’anormaux ; le principe est bon : il ne faut pas embrouiller les questions, en les aboi’dant toutes à la fois ; sérions-les ; occupons-nous dés anormaux d’abord, et des ignorants ^ensuite. Seulement, quand même on s’entendrait sur le principe, on se trouverait embarrassé parla pratique. D'abord il y a des cas douteux, des enfants dont on ne peut dire, même après un examen prolongé, si ce sont des anormaux ou des ignorants. Demoor, dans le recensement qu’il a publié des élèves fréquentant la première école d’anormaux de Bruxelles* a signalé

un nombre considérable de ces cas douteux 1 . Qu’en faire? Il est sage de les admettre dans les classes d’anormaux, mais en écrivant sur leur dossier un gros point d'interrogation, afin de prendre des mesures contre la fraude future. Ensuite, il n’est pas toujours facile d’établir le défaut de scolarité, quand c’est ce défaut qui est la cause de l’ignorance : l’enfant peut faire plusieurs écoles, et en fréquenter quelques-unes dont l’enseignement est défectueux; on ne s’imagine pas assez tout le tort qu’un mauvais maître peut faire à sa classe ; il y a des écoles où il en résulte une sorte de tramée d’élèves médiocres. Il faut ensuite remonter aux causes du manque de scolarités Ces causes sont parfois franchement extérieures à la constitution de l’enfant : voyages fréquents, déménagements continuels, mollesse des parents, un parent infirme à soigner, etc. Alors l’interprétation ne souffre aucune difficulté. Parfois aussi, le cas est plus embarrassant. C’est un enfant chétif, qui a longtemps souffert; sans être arriéré de l’intelligence, à proprement parler, il est faible de corps, anémique, et par conséquent incapable d’une attention forte. Ne serait-il pas utile, dans ce cas, de l’admettre dans une classe d’anormaux, au moins par mesure temporaire, et jusqu’à ce que son organisme ait pris un peu de ton? N’ouvrira-t-on pas aussi la porte à l’adénoïdien? Et si on s’engage dans cette voie de bienveillance, ne faudra-t-il pas également accepter quelques-uns de ces anormaux

1. Demoor et Daniel, Les Enfants anormaux à Bruxelles, Année psychologique VII, p. 296.

physiques qui, atteints de maladie de Little ou de mal de Pott, sont si peu à leur aise dans le milieu brutal des camarades plus robustes? Que faire enfin des enfants qu’une myopie méconnue a retardés dans leurs études? On le voit, la question cesse de paraître simple et facile quand on la regarde de près. On peut bien éliminer avec rigueur de la classe d’anormaux le simple ignorant, mais il y a toute une série de cas complexes, intermédiaires entre l’ignorant et l’anormal. L’inspecteur primaire, disons-le par anticipation, consultera avec fruit son collègue le médecin sur tous ces sujets qui sont à la frontière. Aucune solution de principe ne peut intervenir ici ; il faut se laisser diriger par les circonstances. L’essentiel est de bien marquer sur le dossier de l’enfant les raisons un peu spéciales pour lesquelles on l’a admis, afin d’éviter des fraudes ultérieures , consistant à présenter cet enfant comme un anormal avéré qui aurait été amélioré par la classe de perfectionnement.

Ceci dit, il reste les normaux, les vrais normaux. Pour ceux-là, semble-t-il, pas de question. Ils sont pourvus, ils n’ont qu’à rester à l’école ordinaire.

Nous espérons bien qu’on les y maintiendra ; nous 1 espérons, et même nous le réclamons de toutes nos forces. Mais nous ne sommes pas certains qu’on réussira à défendre contre eux les écoles spéciales. Tant d’intérêts vitaux se trouvent ligués contre l’observation de cette règle! Et les intérêts, lorsqu’ils ne sont pas surveillés, sont comme des millions de tarets qui

l’examen pédagogique des anormaux d’école 117 corrodent par un travail lent, sûr et silencieux les barrières les plus solides.

Il y a d’abord l’intérêt des parents. S’il s’agissait d’enseignement secondaire, de parents riches, de bourgeois, on n’aurait rien à craindre : les bourgeois n’aiment pas leurs anormaux; ils en ont honte; ils les placent au loin, dans quelque établissement privé,; ils n’en parlent à personne, ils ne les visitent pas, ils les abandonnent. Mais les gens du peuple ont plus de cœur, ou moins de préjugés. L’école d’anormaux ne les effrayera pas plus que l’hospice. Quand ils ont à l’hospice un enfant vraiment anormal, ils ne cessent pas de le visiter. On peut donc supposer l’effet suivant de cet état d’esprit. Si ces pères et mères de la classe ouvrière apprennent qu’il existe quelque part un internat où les enfants reçoivent le vivre, le couvert et le vêtement, ils s’empresseront de faire admettre leurs enfants même normaux dans cet internat, alors même qu’il serait su que cet internat ne reçoit que des débiles, des arriérés, des fous. Au besoin, ils feront appuyer leur demande par des conseillers municipaux; cet abus s’est produit récemment pour un internat de discipline, qui s’est rapidement rempli d’enfants normaux, dont la seule caractéristique était la suivante : leurs parents avaient des appuis politiques.

Cette fraude, car c’en est une, ne se produira pas dans les écoles et classes spéciales, où l’on n’assure pas aux élèves de plus grands avantages matériels que dans les écoles publiques; mais il faut craindre

qu’elle se produise dans les internats spéciaux d’anormaux. Ces internats, si on ne les surveille pas sévèrement, regorgeront bientôt de petits normaux.

Et ce n’est pas tout. Il n’y a pas que les parents qui chercheront à frauder. Songeons aussi aux directeurs d’écoles d’anormaux. Quel est leur intérêt? Rendons-nous-en compte, c’est important. Il faut toujours prévoir les effets de la faiblesse humaine. Dans toute école nouvelle qu’on organise, on doit veiller à la partie de l’organisme qui est le plus sujette au charlatanisme.

Les directeurs et professeurs d’anormaux auront une tendance certaine à montrer aux visiteurs de leur établissement des enfants qui n’auront jamais été arriérés de l’intelligence, ou qui le seront si peu que pas. On se gardera bien de raconter dans quel état on les aura reçus. Au besoin, on mentira. Mensonge pieux, pratiqué pour une bonne cause, en l’honneur de 1 école ! Ces enfants serviront de réclame et ce serait aussi illégitime que si des écoles de sourdsmuets présentaient aux visiteurs des demi-sourds muets, ou des sourds ayant autrefois entendu, en mettant sur le compte de l’éducation l’habileté avec laquelle ces êtres lisent sur les lèvres, ou prononcent des mots.

Toutes ces fraudes se pratiqueront tant que ceux qui visitent ces établissements se contenteront de regarder béatement ou d’interroger docilement les élèves qui leur sont présentés par les maîtres, au lieu de choisir eux-mêmes les élèves à interroger.

l’examen pédagogique des anormaux d’école lift Il y a une autre raison pour que les directeurs d’écoles d’anormaux ouvrent largement leurs portes à des normaux; c’est que dans certains établissements, il pourra se produire pénurie d’anormaux. L’école est créée; elle marche; le personnel émarge, on n’a pas beaucoup à faire, on ne fait pas parler de soi, on est heureux. Seulement, le contingent des entrées diminue lentement. On a peur que quelque inspecteur ne signale cette décroissance dans son rapport, et que l’école ne soit supprimée pour cause d’inutilité publique. Il faudra donc trouver des élèves; et si on a besoin d’en trouver, on en trouvera. Qu’on se rappelle ces cours du soir, faits dans les écoles primaires, où. le professeur, craignant de parler devant des bancs vides, prie le directeur d’école de lui envoyer comme auditeurs les élèves de l’école. Qu’on se rappelle ces bibliothèques, où le personnel, inquiet de la désertion du public, paye de ses deniers un lecteur assidu, qui reste là pour montrer qu’il y a du monde !

Nous insistons beaucoup pour que les inspecteurs primaires veillent sur ce danger. Ils seront assis à côté d’un directeur d’école spéciale : qu’ils se rendent bien compte que ce directeur a un intérêt direct, vital, à recevoir des enfants normaux, comme à diminuer la note de l’examen d’instruction pour les enfants anormaux. C’est sur les inspecteurs primaires que nous comptons pour que tout se passe avec correction et honnêteté.

Les fiches de renseignements. — Les directeurs

et instituteurs de l’école d’origine doivent donner sur chaque enfant admis à la classe de perfectionnement quand le dit enfant est resté longtemps dans leur école des renseignements nombreux et détaillés ; ils le feront sans peine, car c’est surtout quand un enfant est un peu extraordinaire qu’il attire l’attention; et les anormaux ne passent jamais inaperçus. Il y a un intérêt majeur à ce que le futur professeur de l’élève, dans la classe d’anormaux, soit renseigné exactement, et que les observations qui ont été déjà faites ne soient pas perdues. Rappelons-nous que l’éducation des anormaux doit être individuelle, faite sur mesure, comme on l’a dit avec une exagération pittoresque ; or, pour qu’elle soit individu alisable, il faut que l’enfant soit bien connu, beaucoup étudié. Tout ce qui facilitera cette étude sera le bienvenu.

Dans maints pays étrangers, on a senti le besoin de mettre quelque méthode dans les renseignements à recueillir. Gn a fait un modèle de questions auxquelles doit répondre l’instituteur qui présente l’enfant. Cet usage est bon; il évite des oublis-fâcheux.

Voici le questionnaire que nous proposons :

RENSEIGNEMENTS fournis par l’école d’origine

sur l'élève — admis le

à la classe de ‘perfectionnement de l'école....

renseignements généraux Ecole d'origine (garçons ou filles).

Adresse de l'école d'origine.

l’examen pédagogique des anormaux D’ÉCOLE 121

Nom et prénoms de l’enfant.

Date de naissance.

Cours auquel l’enfant appartient.

L’enfant est-il jugé arriéré ?

L’enfant est-il jugé instable?

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