‹ Les enfants assistés de la SeineChapitre 73 sur 116 · Publiée dans le Gagne-Petit du 5 mai · texte numérisé non relu

Publiée dans le Gagne-Petit du 5 mai

jusqu’à croire qu’il l’avait inventée, combinée et organisée. Est-ce pour répondre à cette illusion de l’enthousiasme que dans son rapport de cette année M. le Directeur de l’Assistance publique, pour remettre tout à sa place, fait à son tour l’historique suivant de la création du service des Pupilles de la Seine, historique plus complet que celui que j’ai donné moi-même.

« Monsieur le Préfet,

« Au moment où, pour la première fois, j’ai l’honneur de vous présenter le rapport otEciel sur le service des Moralement Abandonnés, il m’a paru utile, en ayant sous les yeux le dossier de la création de ce service, déposé dans nos archives, de retracer la genèse de l’œuvre sociale fondée par le Conseil général de la Seine en faveur de catégories d’enfants voués jusqu’alors aux dangers de la rue ou internés jusqu’à leur majorité dans les maisons pénitentiaires.

« Plusieurs années avant la création du service, le Conseil municipal de Paris et le Conseil général de la Seine avaient été saisis par un grand nombre de leurs membres, de propositions, diverses quant aux moyens mais qui toutes avaient pour but, d’améliorer les services protecteurs de l’enfance (1).

« Il était donc du devoir de l’Administration de l’Assistance publique de rechercher et de proposer les moyens administratifs propres à réaliser les vœux itérativement exprimés par le Conseil municipal et le Conseil général.

« D’un autre côté, une société privée, importante par la situation do ses membres, et qui a eu successivement pour président, M. Dufaure, M. le sénateur Schœlcher. M. Bétolaud, M. Bérenger, M. Mercier,

1. Proposition de M. Mallet, du 16 novembre 1878, relative à la création d’un orphelinat départemental ou le placement d’au moins 50 orphelins dans des orphelinats moyennant pension.

Proposition de M. Lauth, de placer en province des enfants dont les parents ne pourraient s’occuper ou ne pouvaient payer pension.

Proposition de MM. Boué et Dubois, pour la création d’internats municipaux à bon marché.

Proposition de M.M. Boué et Prétot, pour la création de la Caisse des Pupilles.

premier président de la Cour de Cassation : la Société générale des prisons avait, dès 1878, mis à l’ordre du jour de ses travaux l’étude de projets de Lois embrassant la Réforme de l’éducation correctionnelle telle qu’elle avait été établie par la loi du 5 août 1850, et l’établissement d’institutions préventives affectées à l’éducation des enfants insoumis, maltraités et abandonnés. M. le sénateur Tb. Roussel, dont le nom est attaché à toutes les œuvres protectrices de l’enfance, était chargé du rapport.

« M. Michel Moring, alors Directeur de l’Assistance publique avait délégué M. Brueyre, Chef de la Division des Enfants Assistés pour prendre part à ces travaux et y représenter le service.

« Dans le cours des discussions de la Société, d’importantes communications avaient été faites, notamment par M. le pasteur Robin sur les Industrial Schools et les Reformatories en Angleterre et en Amérique, par M. Ch. Lucas, de l’Institut, sur les Institutions préventives a Végavà de l’enfance en Angleterre et en France, et par plusieurs autres membres distingués sur des sujets relatifs à l’enfance, mais dont l’énumération serait trop longue à faire ici.

« De ces études et des discussions qui en furent la suite, naquirent plusieurs projets. Nous n’avons à nous occuper ici, que de celui qui proposait de substituer au régime d’internement dans les maisons pénitentiaires appliqué en vertu de l’art. 66 du Code Pénal, le régime de placement en pleine liberté soit chez des particuliers, soit dans des usines, etc., sous la surveillance de l’Administration.

« On était en effet conduit par la pente naturelle des idées à utiliser, pour la mise en pratique des généreuses intentions de nos Conseils élus, les ressources du service des Enfants Assistés, d’ahord à l’Hospice dépositaire, où à divers titres, environ 6,000 enfants étaient recueillis provisoirement chaque année, puis les services de province où fonctionnait, dans 14 départements, une organisation administrative et médicale qui permettait de constituer à nos 28,000 pupilles immatriculés, en premier lieu, une famille, puis de leur donner de l’éducation et enfin de les pourvoir d’un métier assurant plus tard leur existence.

« Dans ce projet, on soutenait que lorsque l’enfant laissé par ses parents, sans gîte, sans vêtements, sans moyens de subsistance, sans éducation morale, serait pourvu par les soins de l’Administration de

tout ce qui lui avait manqué jusque là, que lorsque cet enfant serait doté d’un métier, soumis à un système d’encouragements de tontes natures, que ses salaires, après prélèvement de la dépense de son entretien, seraient placés à la Caisse d’épargne, on soutenait, dis-je, que l’enfant s’améliorait de lui-même et deviendrait peu à peu un bon sujet poür être plus tard un honnête ouvrier et un excellent citoyen.

a Ce projet fut exposé par M. Brueyre devant une commission administrative composée de M. Michel Moring, Directeur de l’Assistance publique, et de deux membres du Conseil de surveillance qui y représentaient le Conseil municipal et le Conseil général; M. le docteur Thulié et M. Lafont, aujourd’hui député de la Seine. Le projet fut accueilli avec faveur et M. Thulié, avec une grande largeur de vues et une hardiesse qu’on ne saurait trop louer, car la tentative, pour généreuse qu’elle était d’intention, était fort périlleuse dans la pratique, eu fut le promoteur au Conseil général.

« En effet, en décembre 1879, dans son rapport sur les propositions budgétaires sur le service des Enfants Assistés (1) il demanda et obtint du Conseil général que l’Administration de l’Assistance publique fût invitée à soumettre à cette assemblée en 1880 un projet d’organisation pour recueillir les enfants Moralement Abandonnés. Dès le vote du Conseil, c’est-à-dire en décembre 1879 et dans les premiers mois de 1880, M. Michel j\Ioring, Directeur de l’Assistance publique, lit procéder à une enquête dans toutes les circonscriptions d’Enfants assistés afin d’assurer le placement, chez des industriels et des ouvriers, des enfants qui lui seraient confiés ; en même temps l’Administration étudiait sons toutes ses faces, l’organisation du service à créer, depuis les questions légales très ardues qui dérivaient de ce fait que les parents conservaient la puissance paternelle sur les Enfants Moralement Abandonnés, jusqu’aux questions matérielles relatives à l’entretien, à la nourriture et à l’éducation de l’enfant.

■ « M. Michel Moring étant mort après une longue maladie, fût remplacé en mai 1880, par M. Ch. Quentin et mon honoré prédécesseur adoptant avec chaleur le projet présenté au Conseil général par M. Thulié, employa pour le faire réussir son éloquence communicative et les

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