PRÉFACE
NTRE les divers critiques qui concoururent à la fortune du livre des Chats, un particulièrement s'étonnait que je n'eusse pas plutôt appliqué un semblable système d'observations à l'étude des enfants. Le critique répondait à une de mes idées favorites; mais de tels travaux ne s'improvisent pas.
La pénétration du caractère de l'enfant est
presque aussi difficile que celle de ses maladies. J'avais surtout à cœur de ne pas imiter les écrivains qui, attachant plus d'importance qu'il ne convient aux enfants, les sacrent volontiers hommes au sortir du berceau et les bourrent de pédantisme dès le jeune âge; il fallait également prendre garde au système contraire d'envisager l'enlant comme un jouet et de frelater son esprit par une littérature d'une sensiblerie plus dangereuse encore que n'est la pédante.
Le sujet, tel que je le comprenais, avait des racines profondes et m'amenait à parler directement aux pères et mères : Ce quil importe de faire savoir aux hommes ; — Ce quil importe de faire savoir aux femmes.
Toutefois ce n'était pas un livre didactique que j'entreprenais; la pensée mise en éveil par diverses observations en faisait les frais. J'avais pour cadre général non-seulement l'Éducation et l'Instruction, mais encore ce qui l'en-
LES ENFANTS. xi
vcloppe et la fructifie : la tendresse des époux, la sollicitude maternelle.
Petit à petit le livre se trouva foit et je le donnai à l'impression quelques mois avant qu'éclatât la fatale guerre de 1870-1871.
Retiré dans une petite ville de province, sans autre société que celle de ma famille, les événements désastreux • qui atteignaient tant de fortunes me furent profitables : la retraite me permettait d'améliorer mon livre.
Il avait été commencé sous le coup de pronostics qui démontraient que déjà, avant l'invasion, plus d'une réforme était indispensable pour l'éducation des enfants ; la situation actuelle prouvait combien il fallait veiller à leur avenir.
Plus d'une fois je sentis la lourdeur de la lâche que ces catastrophes subites m'imposaient. Il ne s'agissait plus maintenant d'amuser; divers chapitres, datés seulement de deux ans, devenaient inutiles. Pourtant je crus
devoir les conserver comme marquant la transition de 1869 à 1872.
Un mot de Goethe me rassura : « Tous les petits sujets qui se présenteront, rendez-les (chaque jour dans leur fraîcheur , ainsi vous {'erez de toute manière quelque chose de bon, et chaque jour vous apportera une joie. »
Je n'ose avancer que les petits sujets, traités dans ce volume, ont été rendus avec la «fraîcheur » qu'indiquait le poète. En ces dures années d'épreuves, l'esprit a été enveloppé de plus de brouillards que de coutume, de même qu'il a subi plus d'une tempête.
J'ai tenté d'échapper à ces morbides in- Huences en regardant des enfants, ces jeunes gens dans vingt ans, à qui la nation demandera plus que de la force et du courage, la discipline et le dévouement pour la i)atrie.
A MAKAME D'ECKMUHL
]SÏ A R Q U I S lil DE B L O G (J U E V J L K