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POUVOIR DES IMAGES

Peu à peu l'entant regarde avec plus d'attention. Dans la chambre de sa mère est suspendue une gravure de la Fuite en Egypte. Joseph, Jésus, la Vierge forment un groupe plein de tendresse; au fond, l'âne, repu près la litière, jette un regard de commisération sur les fugitifs. La porte de l'étable ouverte donne passage aux rois mages qui viennent adorer Jésus.

Leurs riches costumes, leurs turbans, les présents d'or et d'argent qu'ils portent dans leurs mains ! semblent attirer particulièrement les yeux de l'enfant. Ce tableau, tous les matins il y jette un coup d'œil.

Bientôt, on donne à l'enfant des touilles de soldats, tambour-major en tête. Ces images ont été achetées chez un petit papetier voisin qui vend encore, comme modernes, des soldats en culottes courtes, coiffés de chapeaux à cornes. Sur certaines feuilles se

remarquent des timbaliers à cheval, des musiciens qui jouent du ser^oent et autres

gothiques instruments du premier Empire; mais le rouge et le bleu des colorations

sont toujours vivaces, et l'enfant en est émerveillé;

Un jour qu'un bruit de cuivres et le roulement des tambours font vibrer les vitres, la mère ouvre la fenêtre pour montrer à l'enfant d'alertes régiments qui défilent dans la rue au son des fanfares. Le soleil, se mettant de la partie, pique de teintes lumineuses les casques et les cuirasses, le cuivre et l'acier.

Ces sonorités, cette lumière font que l'enfant agite ses bras, se penche pour mieux voir, pour mieux entendre.

Un autre jour, l'enfant est conduit à l'église pendant les cérémonies de la Fête- Dieu. La hauteur des voûtes du temple, l'odeur de l'encens, les cantiques des jeunes filles, les fleurs lancées sous les pas du vieux prêtre soulevant le crucifix remplissent le cœur de l'enfant de félicités.

Que deviendra l'enfant? s'est plus d'une

fois demandé la mère, en veillant la nuit près de son berceau.

Heureux! Voilà son unique désir.

Elle n'a i)as souci d'autre profession. La mère veut que son fils soit heureux, c'esta-dire beau, bien x)ortant.

Voici cependant que l'enfant babille. 11 devient intéressant d'évoquer ses pensées. Son caquetage est si gai qu'on a i^laisir à le faire parler.

A l'ag-e où les parents ne s'inquiètent pas encore de .la carrière que suivra leur flls, reniant, lui, a trouvé sa vocation.

Il veut être général ou évêque.

Cette volonté naïve qui fait sourire les pères est un enseignement dont pourtant bien peu d'entre eux profitent.

Comme les animaux savent trouver en naissant les plantes nécessaires à leur nourriture, les enfants semblent avoir l'instinct de ce qui est utile à leur développement intellectuel.

Sous le coup du pouvoir des images, un enfant veut être général ou évêque.

Si on avait placé sous ses yeux d'agréables tableaux de la vie des champs, il voudrait être agriculteur.

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