‹ Les enfantsChapitre 15 sur 66 · CATON · texte numérisé non relu

CATON

Une des plus austères figures de l'histoire est celle de Caton l'Ancien.

Ce vieux Romain, soucieux de la gloire de son pays, s'inquiète à juste titre des mœurs de son temps. Il pressent que dans les flots de la décadence vont s'engloutir les traditions du passé.

Il est plus que Caton l'Ancien, il est un des derniers antiques, et, quand on passe dans un musée devant cette grave figure, on est tenté de se découvrir.

De l'écrivain il ne reste rien qu'un j^etit traité De re rustica^ témoignant des aspirations d'un mâle esprit oj^posé à l'amollissement du séjour des villes. Sans doute il est fâcheux que ses lettres intimes aient été détruites, le fonds de la morale antique serait enrichi de plus d'un enseignement ; mais il est dans la vie de Caton un trait qui, pour moi, le peint mieux que le récit de ses guerres, de ses conquêtes, de sa vie publique.

Conquérants qui suivez sur une carte comhien d'hommes sont nécessaires pour ajouter une lieue de territoire à l'empire que vous gouvernez, philosophes qui recherchez l'origine des choses, poètes qui pâlissez sur vos œuvres, vous tous qui courez après la gloire ou la fortune, dites si vos victoires, vos succès, vos triomphes, vos richesses valent le spectacle que se donnait Caton l'Ancien :

(( Lorsqu'il eut un fils, dit Plutarque, jamais affaire, même la plus pressée, à moins qu'il ne s'agît d'un intérêt public, ne l'empêcha d'être auprès de sa femme au moment où elle lavait et emmaillottait son enfant. »

Sans doute Caton, face à face avec le spectacle des soins maternels, se demandait quelle destinée allaient créer à son fils les Parques charg'ées de filer la vie des hommes.

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