DE QUELQUES HARMONIES DE LA NATURE
Je ne peux songer à l'enfance sans y associer le souvenir de la campagne ; sans cesse un trait d'union les réunit dans mon esprit. Je croirai toujours que l'enfant élevé en pleine nature pendant ses premières années jouira d'une supériorité physique et morale sur l'enfant élevé à la ville.
A la campagne, il est enveloppé d'air ; il faut l'envelopper de flanelle à la ville.
Dans les champs et les prés, l'enfant court librement ; c'est pour lui un emprisonnement cellulaire que les boîtes de plâtre des grandes cités.
A la cami:)agne5 l'enfant reçoit à tout instant les caresses de l'air et du soleil. Le ciel, les nuages, les étoiles ouvrent sans cesse des horizons à son intelligence.
Je cherche vainement l'endrcit de Paris où se déroulent les spectacles de la nature qui pénètrent l'âme, l'allègent et la font plus librement flotter.
Quelles harmonies parisiennes que les bruits de l'industrie, des aff'aires et des plaisirs ! '
Le soir, à la campagne, le laboureur prend le chemin de sa chaumière, la femme à ses côtés, suivis des animaux. Ils ont travaillé tout le jour et reviennent à pas lents, leur tâche terminée.
Dans les villes, la journée recommence à la nuit pour les gens haletants, brisés par les affaires et' qui ont à peine le temps de donner un coup d'œil à leurs enfants.
Brumes et rosées manquent aux habitants énervés des villes.
Tout est grave et calme aux champs, jusqu'à la cloche de la vieille église qui sonne l'angélus et surprend les paysans dans leurs travaux.
Ce qui entre de faux et de malsain dans les approvisionnements des villes est si considérable et a une telle action au moral, qu'il est mauvais que l'enfant suce dès son âge le plus tendre les mamelles desséchées du factice.