Baudelaii'O, De l'essence du rire
Mais quoique d'une nature plus discrète, la gravité qui parfois succède à un rire enfantin offre également v u charme.
Un enfant grave est un enfant qui pense. Déjà plus d'un problème s'élucide dans ce cerveau qu'on croyait seulement ouvert à de gaies sensations; déjà ces yeux fixes en-
trent profondément au pins profond des choses.
Quelquefois l'enfant semble regarder au loin; il reste muet devant l'observation, quoiqu'elle entre en lui aussi naturellement que l'eau qui coule d'une fontaine dans un vase.
Ce sont des trésors que ces observations du jeune âge, les plus positives que l'enfant amassera dans la vie. Tout ce qu'il voit alors est bien vu ; la pureté des organes contribue au parfait emmagasinement de sensations dont la récolte est abondante. Plus tard, l'homme armé de l'analyse et du raisonnement n'étayera jamais aussi solidement les souvenirs auxquels il attache de l'importance.
Mais il ne faut pas penser à gouverner les réflexions d'un enfant qui voit un monde dans un chiffon de papier, un animal, une feuille qui vole au vent.
Cette faculté inconsciente sans cesse eu travail, inutile de\ouloirla diriger. Laissons agir la nature; elle n'a besoin d'aides ni d'interprètes.