‹ Les enfantsChapitre 5 sur 66 · LA BRANCHE DE LILAS · texte numérisé non relu

LA BRANCHE DE LILAS

Une pauvre ouvrière, collée contre la mon tre d'une marchande de fleurs de la Chaussée-d'Antin, regardait des lilas d'un œil anxieux.

La neige au dehors tombait froide et pressée. Les lilas de la boutique semblaient avoir été caressés par les premières brises du printemps.

Avec hésitation, la femme ouvrit la portr de la marchande.

— La branche de lilas, combien? fit-elle en la prenant.

— Dix francs !

— Dix francs ! s'écria l'ouvrière, qui laissa tomber sur le comptoir les fleurs qu'elle tenait.

Une larme s'échappa de ses yeux, une de

ces larmes isolées et contenues qui brûlent les paupières.

— Mon pauvre petit! s'écria l'ouvrière.

Il était né pendant que les lilas étaient en fleurs... Et il partira pour toujours sans une branche dans les bras !

— Vous avez perdu votre enfant? dit la marchande émue.

Alors elle prit une touffe de lilas, en em- X-)lit le tablier de la malheureuse mère, et, repoussant la pièce de monnaie que celle-ci lui offrait :

— 11 ne sera pas dit que j'aie fait payer le dernicn- lit de votre enfant !

Page 1