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LA MAIN DE L'ENFANT

C'est sa parole, et c'est pourquoi sans cesse elle s'agite, sans cesse elle demande : comme si elle se sentait adorée, elle est d'une exigence sans pareille.

Cette petite main autocrate ne se contente pas des jouets qu'elle tourne et retourne en tous sens pour en étudier le mécanisme ; elle veut toucher tout ce qui est à sa portée, toute chose visible ; quelquefois même il semble qu'elle désire s'emparer de l'invisible.

Un sens unique ne réside pas seulement dans la main de l'enfant; elle les réunit tous. De même que celle des aveugles, la main palpe et voit par le toucher.

Le corps tout entier obéit à la main. Combien de fois, porté dans les bras de sa mère,

l'enfant se jette-t-il brusquement en avant pour bien préciser par ce geste qu'il veut être obéi ?

La main est le sceptre de ce petit tyran qui veut et ordonne avec tant d'innocence.

Cette main croit que tout lui appartient, qu'un désir est un ordre ; elle ne se lasse pas plus de solliciter que de commander. On lui refuse quelque chose, elle se révolte, devient mutine et jette avec colère les objets que tout à l'heure elle implorait.

Main capricieuse, volontaire, curieuse, irritable, inconstante. Mais que de grâce naïve et sans apprêt fait oublier ces défauts, et qu'il est doux le toucher de cette peau transparente, sillonnée par des plis semblables aux nervures de la feuille ouverte dans une nuit de printemps !

LA MAIN DE L ENFANT Dessin d'Anker.

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