CHAPITRE VI II. Jo i
d'éviter toute démonstration en faisant suiv re au prince royal un autre chemin.
Il y avait alors en Angleterre deux partis : Tun d'eux se composait de l'ancienne noblesse ; Buckingham et Glocester en étaient les plus fermes appuis; l'autre, à la tête ducpiel se trouvaient la reine elle-même et Rivers, était composé de gentilshommes de noblesse plus récente. Or il faut savoir que la reine n'était pas princesse de naissance et qu'elle avait du son élévation à loi d Gray, son premier mari, et surtout à l'atfection du dernier roi qui l'avait épousée secrètement.
Warwick, toujours sous le nom de Robert Buckleig, avait désiré accompagner le jeune roi.
Aussitôt que Glocester eut appris qu'Edouard suivait un autre chemin que celui qu'il lui avait indiqué , il se hâta de le précéder à Londres, afin de présider à son entrée et de le faire conduire ensuite à la Tour, sous prétexte d'une ancienne coutume qui obligeait le prince royal à passer quelques jours dans la retraite avant d'être couronné.
Jr6 LES ENFANTS D'ÉDOUAUD.
Le jeune et trop coniiant Edouard V entra dans sa capitale au milieu d'une foule immense qui faisait éclater sa joie par de vives acclamations. Edouard ne pouvait contenir son émotion en contemplant les flots de ce peuple dont il allait devenir le père. Glocester, en sa qualité de régent, marchait à sa droite et lui donnait de temps en temps les signes de la plus tendre bienveillance.
— Comme ce bon peuple se réjouit! dit-il enfin d'un ton où perçait la flatterie ; comme il est joyeux d'avoir encore un Edouard pour roi ! et vraiment il ne pouvait lui arriver rien de plus heureux. Aussi je vous sais trop bon pour comprimer en quoi que ce soit les élans de sa joie, et je pense que vous ferez du jour de votre sacre un jour de réjouissances publiques -, et, se tournant vers le peuple : — Vous, bonnes gens, criat-il, répétez avec moi : Vive le roi Edouard, le digne successeur de son père !
— Vive le roi! cria l(^ |)(uiple avec ivresse. Édouiird s'eflbrçail de raieiilir les hadcnicnts
CIIAIMTUK Vlll. ir.T
lie son cœur. Tout à coup, il se retourna et chercha des yeux son cousin Warwick, qu'il aperçut bientôt à quelque distance.
Il refléchit un instant, puis s'adressant à Glocester :
— Pourquoi n'ai-je point à mon côté mon cher tuteur, le comte Rivers? Pourquoi n'est-il point ici?
— Peut-être lui sera-t-il survenu quelque empêchement imprévu, jépondit Glocester en levant les épaules; son absence me semble impardonnable, et j'aurais cru qu'il se serait hâté de quitter Northampton pour rendre hommage à votre majesté, en l'accompagnant au moment de son entrée dans sa capitale.
Edouard soupira et se lut; mais en se voyant près de la Tour, il s'adressa de nouveau à Glocester :
— Ainsi, au lieu de me conduire dans le palais qu'habitent ma mère, mon frère et mes sœurs, vous allez m'enfermer dans cette lour!^... Ouelle déception !
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Glocester leva de nouveau les épaules. — La coutume, qui oblige les grands et les petits, dit-il, le veut ainsi ; sans doute cette ordonnance a pour but de donner au nouveau roi le temps de se préparer à remplir dignement la haute mission qui va lui être confiée; notre Sauveur ne s'est-il point préparé, par une retraite de quarante jours, à l'œuvre de la Rédemption qu'il venait accomplir ?
— Ma mère pourra sans doute me venir voir sauvent, répondit Edouard, et aujourd'hui même, quand la cérémonie sera terminée.
Pour la troisième fois , Glocester leva les éj)aules.
— Votre majesté ignore-t-elle donc, dit-il, qu'avant son couronnement, la coutume ne pern»et l'entrée de la Tour à personne?
— Quoi ! s'écria Edouard avec colère, le roi d'un pays libre doit-il être prisonnier?
— Sire, répondit Glocester avec une feinte douceur, il en est beaucoup qui consentiraient à devenir prisonniers, si après quelques jours de re-,
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traite ils devaient comme vous... Cependant, je ne voudrais point que votre majesté eût à subir une trop rude épreuve, et, je suis heureux de l'assurer, la liberté lui sera accordée de recevoir aussi souvent qu'elle le voudra la visite de la reine et celle de ses enfants. Au reste, ajouta-til, je ne serais point étonné que, connaissant rheure de votre arrivée à la Tour, la reine ne vous y eut précédé.
— Vous avez raison, mon oncle, dit Edouard avec joie, et il donna de l'éperon à son cheval.
Bientôt on abaissa le pont-levis devant le royal cortège, qui défila tout entier. A peine le pas du dernier des chevaux avait-il cessé de se faire entendre, que le bruit des chaînes qui relevaient le pont-levis vint glacer le cœur du pauvre Edouard. Un secret pressentiment lui disait qu'il était prisonnier.
Cependant, il s'était hâté de descendre de cheval, et il demandait avec empressement aux habitants de la Tour des nouvelles de sa mère, de son frère, de ses sœurs qu'il avait cru y rencon-
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trer. Saus cacher son chagrin, il pria Glocester do lui donner des renseignements plus précis à cet égard, celui-ci répondit ;
— Je ne suis point étonné de ne pas trouver ici madame votre mère; les relations qui existaient entre elle et votre majesté ont du nécessairement cesser depuis la mort du roi votre père : la coutume veut que les plus proches parents du futur roi, et sa mère elle-même, ne l'approchent ou ne le visitent sans une autorisation préalable.
— Je déteste du fond de mon àme une telle coutume, s'écria le jeune prince irrité; j'ai d'abord été fds de roi, puis je suis devenu roi ; mais je renonce volontiers au second titre pour rester avec ma mère bien-aimée, auprès de laquelle j'étais heureux. Ah ! une mère doit demander à son fils la permission de le visiter ! suis-je donc un Assuérus et ma mère une Esther? Otez-moi, avec ma nouvelle dignité, le poids (jui m'accable, et choisissez un autre roi !
Les vcuv de rdocester ravonnaient. Il avait
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peine à cacher l'expression de joie haineuse (pii s'élevait dans son âme. Il répondit :
— Sire, la coutume est le fruit de l'-expérience, et les régents ont du maintenir celle que vous maudissez aujourd'hui, car sous de bienveillants dehors on pourrait vous tendre des pièges.
— Ah ! répondit Edouard, ces régents-là n'avaient donc pas une mère comme la mienne? ou ils étaient des enfants ingrats? mais je ne veux pas perdre un instant, et je vais écrire à ma mère pour la prier de venir avec ses enfants visiter le royal prisonnier. Toi, Robert, veux-tu être mon messager?
Glocester jeta un coup d'œil inquisiteur sur Warwick, puis il dit à Edouard : — Je me chargerai volontiers de votre missive, et je joindrai de vive voix quelques mots à votre demande.
— Merci de vos bontés, mon cher oncle, répondit le roi ; mais je craindrais que la coutume ne permît point au régent d'Angleterre de faire Toflice de messager.
Se retournant vers Warwick :
162 LES ENFANTS D'ÉDOUAKb.
— Biickleig, je compte sur ton zèle, lu remettras mon invitation .
Malgré l'impatience d'Edouard, il se passa plus d'une heure avant qu'il tût permis à Warwick de sortir de la Tour.