CHAPITRE NEUVIÈME
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En approchant du palais de la reine, Warwick ressentait une joie mêlée de crainte; il trouvait l'occasion de revoir sa chère sœur Adélaïde et il bénissait son cousin de la lui avoir procurée. Il trouva dans la première cour du palais une foule de domestiques qui allaient et venaient, et leur air inquiet et troublé était bien de nature à inspirer à Warwick de sombres terreurs s'il eût été moins préoccupé de la pensée
J<)i LES ENFANTS D'ÉDOUAUD.
de sa sœur. 11 remit la lettre d'Edouard à la reine, sa mère, et il reconnut à ses yeux pleins de larmes et à la tiistesse des enfants qui l'entouraient qu'un événement malheureux venait de la frapper. On le pria d'attendre la réponse dans une pièce voisine. Il n'y était que depuis peu d'instants lorsque sa sœur Adélaïde y entra, s'approcha de lui et l'embrassant tendrement, lui dit avec tristesse :
— L'abominable Glocester! le premier acte de sa régence a été de faire arrêter le comte Rivers, frère de la reine, le fils de son premier mariage, Richard Gray, et Thomas Vaughan ; il les a fait enfermer à Pontefract. C'est pour cette raison qu'ils n'ont pu assister à l'entrée du roi. En ce moment, un conseil de famille est assemblé afin de décider si l'on doit remettre entre les mains de ce monstre le second fils d'Edouard IV.
— Depuis longtemps j'avais averti le comle Riveis de se tenir en garde contre cet abominable (docester, dit Kdcmard ; c'est [»ourquoi je ni';q'|tcller;ii Hoborl IUi(klcig jusqu'à ce <pie le
CUAPITIÎK IX. un
roi soit couronné et libre. Ciel ! si Glocester savait qui je suis !
Fuis son approche , cher Edouard , dit
Adélaïde tonte tremblante. Si tu m'aimes, ne retourne plus à la Tour, car je tremble pour ta
vie !
— Non, répondit Warwick avec vivacité, je ne dois plus abandonner Edouard; ce serait trahir son amitié, et d'ailleurs Gloces(er a de trop graves affaires pour songer à moi.
Arrière, vilains frelons, cria à quelques
pas une voix glapissante, une abeille bien adroite entre dans cette demeure pour offrir du miel à la reine, et ce miel fùt-il amer, il vaudrait encore mieux que tous les bavardages de ses courtisans. Faites place, messieurs, ou vos veux pourraient faire connaissance avec les ongles d'une Galloise. Viens, Henri, traversons sans rien craindre ces maudites broussailles; il ne sera pas dit que nous aurons fait inutilement tant de chemin.
Une minute ne s'était pas écoulée, que la mère
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Bloom et Henri entraient dans la chanihre ou se trouvaient Warwick et sa sœur.
— C'est heureux que je vous rencontre, mylord, dit-elle avec feu, vous n'avez qu'à m'annoncer chez la reine ; c'est mon Henri qui m'amène ici, car je ne me plais guère chez les grands; cependant l'injustice me révolte, et je dis, comme Jean-Baptiste à Hérode : Il n'est pas juste qu'on condamne l'innocent que personne n'accuse, et dussé-je une fois encore monter sur le siège d'infamie et être plongée au plus profond de la Thames, je ne me tairais pas ! Sait-on déjà ici que le noble comte Rivers, lord Hastings et Richard Gray ont été mis à mort par les ordres du régent ? Oui, oui, ils ontété exécutés, ces trois hommes, comme de vils malfaiteurs, mais leur sang crie vengeance contre leur meurtrier. Puissent tous ses biens lui manquer à la fois! qu'on le voie parcourir les rues, misérable et dénué de tout, jusqu'à ce qu'il arrive à l'échafaud, récompense digne de ses crimes.
La inèic Bloom avait dit ces paroles à si haulc
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Imp A.Godard
Il est kureiix que je vous rencorilre,mylori, dit. la vieil ■' le Bloom , vous pouvez m'aimoiicer chez laReme
CHAPITRK IX. IGT
voix, que la reine les avait entendues. Toute terrifiée, elle perdit connaissance, puis se ranimant tout à coup, elle tit le serment de garder son plus jeune fils, et songea aux moyens de le mettre en sûreté. Elle avait hésité longtemps, mais maintenant la pensée de son frère assassiné, en augmentant sa douleur et ses craintes, affermit sa résolution .
Elle rendit verbalement à Warvvick la réponse qu'il attendait, et celui-ci reprit le chemin de la Tour, où il rencontra le régent, qui, s'approchaiit lie lui, lui demanda la réponse de la reine.
— Excellente majesté, répondit Warwick, je n'ai aucun écrit, mais la reine m'a chargé d'avertir son fils que dans une heure elle serait auprès de lui. Etil frissonna de terreur lorsque le régent lui dit, en lui passant la main sur la joue :
— Va, tu es un bon garçon , et l'on peut te choisir pour de telles commissions. Va dire à ton maître le résultat de ton message.
Warwick n'avait (jue de bien tristes nouvelles à annoncer au roi. Édouaid versa des larmes
l»iS LES ENFANTS D'ËDOUAHU.
amères sur le sort de son oncle Rivers et de son frère Richard Gray. Il frémit d'horreur en songeant à leur perfide bourreau.
Glocester attendait avec une impatience pleine d'anxiété le moment où le jeune prince Richard entrerait à la Tour. Toutes les fois que le pontlevis s'abaissait, il croyait à l'accomplissement de ses vœux ; mais toujours son attente était déçue. Cependant, au bout d'une heure, un courrier vint annoncer que la reine, suivie de ses enfants, avait quitté le château, et qu'au lieu de se diriger vers la Tour, elle était allée dans l'abbaye de Westminster, où elle avait trouvé un asile; elle avait déclaré qu'elle ne quitterait point les marches de l'autel jusqu'à ce que le roi fut remis en lii)erté, et que l'assassin de son frère et de son fils eût reçu la punition de ses crimes.
Le duc fut saisi d'étonnement et de colère en voyant que l'adresse d'une femme l'emportait sur ses ruses; mais il se consolait en pensant qu'il réussirait par un autre moyen.
Il étouffa dans son sein les transports do sa