‹ Les enfants d'Édouard, ou, Le cinquième commandement de DieuChapitre 31 sur 31 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

éduuai;d, le nue d'vouk, glocester, tviuuxl,

DlGliTON ET FOIIHEST.

GLOCKSTEK, niülgrc les gc.«tes sni>pliants de Tyrrell, Hiisant signe à Digliton et Forrcst.

Achevez.

(Les deux assassins courent vers Ic.î enfants, qui se renversent sur le lit eo poussant un cri horrible.)

Le dénouement se laisse entrevoir, il faut deux victimes au sanguinaire Glocester. Son mot achevez est leur arrêt de mort. Cette fui a été arrangée pour reffet théâtral. Les poètes se donnent pailbis dc! |)liis grandes licences. Au resle, voici le jugçmeni d'un Jionnne consciencieux,

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»riin (lilique Irôs dislingué sur la pièce deè Enfanis iVlùlouanJ. « Louer le style, dit-il, faire remarquer la suite non inlcrrrompue de l'action, sa marche rapide, robservation sévère des règles, et établir par cet exemple la compatibilité tant contestée de ces règles avec les plus beaux elTets de la scène tragique, ce serait se répéter en pue perte, et reproduire avec quelques variantes les jugements déjà publiés sur les ouvrages antélieurs de Casimir Delavigne, C'est à peine si certains chicaneurs aperçoivent qu'il s'est écoulé trois jours entre l'arrivée des princes à la ïouiet leur mort. Faisons-en néanmoins l'observation pour l'acquit de notre conscience, et pour qu'on ne nous accuse pas d'avoir volontairement passé sous silence cette grave infraction au précepte d'Aristote, d'Horace et de Boileau.

(c Ce n'est pas en vain, dit le même écrivain, que la mythologie a armé Melpomène-d'un poignard à deux tranchants, et l'on convient que la tragédie se nouriit de crimes; mais est-ce une raison pour qu'elle s'en assouvisse jusqu'au dé-

goût? Certes, il y en avait pour elle une riclie et abondante matière dans le massacre de deux jeunes princes, vertueux, innocents, unis par les liens d'une douce et touchante fraternité, élevés ensemble sous les ailes d'une mère adorée, et arrachés aux douces illusions de la gloire et de la puissance par une ambitieuse barbarie. C'est là, ce nous semble, un horizon assez vaste pour que l'imagination du poëte s'y joue en pleine liberté. Y a-t-il lieu à la terreur? Qui oserait le nier? Ne voit-on pas d'avance les tristes et aimables victimes, placées immobiles sous le regard magnétique du tigre qui n'épie que le moment favorable do les mettre en pièces avec plus de sécurité? N'entendez-vous pas les rugissements du monstre qui rôde autour de sa double proie ? Ne suivezvous pas ces mouvements tortueux et convulsifs, et n'êtes -vous pas épouvanté de cette soif de sang qui étincelle dans ses yeux, qui fait froncer ses épais sourcils, qui se trahit par le claquement de ses dents? Y a-t-il terreur? Oh! oui, sans doute. Quoi de plus terrible en edet que celte

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lulte du crime loul-piiissuiil, loiil hérissé de fer, contre deux enfants uniquement protégés par les grâces de leur figure, par l'innocence de leur âge, par la sainteté de leurs droits? Dans un pareil combat dont l'issue ne peut, malheureusement être douteuse , il n'y a d'égale à la terreur que la pitié^ pitié pour les fils, pitié pour la mère, pitié pour l'Angleterre, que l'exécrable Richard doit encore écraser pendant quatre ans du poids de son usurpation. »

Nous compléterons cet Appendice par une a[)préciation du travail de Gustave Nieritz, qui trouve ici tout naturellement sa place.

Bien qu'il n'y ait point lieu de comparer, sous le rapport de l'art, un ouvrage d'éducation à des œuvres dramatiques, on peut dire que l'auteur allemand s'est inspiré des situations les plus touchantes de Shakspeare et de Casimir Delavigne, et qu'il a su se les approprier avec talent en en tirant avec bonheur des enseignements dictés par la plus saine morale. Il a trouvé dans les caractères variés des individus dont il entoure ses deux

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principaux |)eisonnages le moyen de remplir le cadre de son ingénieuse fiction, si conforme aux données historiques, et d'amener sans secousse, sans fatigue, l'action toujours variée, toujours une, toujouis attachante, jusqu'au terme d'un dénouement qui laisse \oirdans la fin misérable de Richard 111 l'action vengeresse de la Providence.

Les Etifanls d'Edouard nous initie parfaitement aux duplicités perverses de ce tyran, telles que les a signalées l'histoire, telles que les ont peintes les deux poètes dont nous avons parlé. Dans ce livre, Glocester est dévoilé par d'autres moyens, mais tout aussi bien que dans les drames anglais et français. On le voit faux, dissimulé, cruel, habile toutefois à tromper la vigilance ombrageuse d'une mère, et la religion d'un prélat, et la complicité intéressée de ses propres courtisans devenus ses complices. On le trouve tout entiei' dans sa difformité physique et morale, et tel que l'a représenté la véridiqne, l'inexorable histoire, malgré les efforts sophisiiquos de son apoloi^iste Horace Wal-

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pole pour lert'lial)ililer aux yeux de laposlérilé. Des tyrans de l'espèce de Richard III sont marqués au front d'un signe indélébile qui résiste à l'action du temps et en fait des objets de terreur et d'épouvante : grande leçon contre laquelle viennent se briser tous les elforts des rhéteurs qui entreprennent de refaire l'histoire en la falsifiant. « Oh ! si les sophistes pouvaient savoir, dit le judicieux critique déjà cité, s'ils pouvaient savoir quel mal ils font aux hommes en essayant de léhabiliter la mémoire des tyrans! Bel encouragement aux vertus politiques des maîtres du monde, que de revenir ainsi sur la condamnation des brigands couronnés qui ont ensanglanté le pouvoir et déshonoré la pourpre royale. Comme il est utile, comme il est exemplaire de leur apprendre que, condamnés par leur conscience, par la voix ou par le silence des contemporains, ils trouveront un jour dans la postérité des vengeurs complaisants qui érigeront leurs crimes en problème, et qui calomnieront vingt, trente, cent générations, pour se donner le plaisir d'absoudre,

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(le leur autorité privée, l'iiomme dont le nom est devenu :

Aux plus cruels lyrans une L-ruclle injure.

Mais il y a dans le livre de Gustave Nieritz, des choses qu'il n'a empruntées à personne, et qui doivent lui faire le plus grand honneur. Nous ne parlons pas de ces traits d'une charmante naïveté qu'il met dans la bouche des deux jeunes princes ; il avait, à cet égard, de beaux modèles; toutefois il ne leur est pas demeuré inférieur, et plein de son noble objet, — l'éducation des enfants, — il a semé çà et là de bonnes leçons destinées à porter les plus heureux fruits dans les jeunes âmes. Mais ce qu'on remarquera comme nous, c'est le caractère plein de noblesse du jeune Warwick, c'est le chaleureux culte qu'il professe pour la mémoire de son malheureux père, c'est l'intérêt touchant dont il entoure sesdeux cousins, c'est enfin la générosité qu'il montre en toute circonstance. On ne saurait trouver une meilleure nîftuîc de jeune homme. Il débute, dans l'on-

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vragc, par une bonne aclion, el, à son insu, celte bonne action dépose, dans deux cœurs bien nés Jes germes d'une reconnaissance qui le protégera jusqu'à la fin, et qui lui assurera le triomphe sur ses ennemis.

Waller Scott, dans plusieurs de ses romans, introduit (piclques figures étranges de vieilles femmes ou de nains , personnifications ingénieuses de vieilles traditions populaires, qui portent avec elles un mystérieux intérêt. En créant les personnages de la mère Bloom et de son fils Henri, Nieritz a fait mieux que le célèbre romancier écossais; il ne s'est pas borné à un stérile intérêt de curiosité. Il a fait de ces deux êtres, placés aux derniers échelons de l'échelle sociale, les principaux ressorts de sa fable historique. Partout ils sont mêlés à l'action pour remplir le principal, le plus beau rôle. Tous deux donnent constamment l'exemple des vertus les plus rares dans le monde, — la gratitude et le dévouement. Ces vertus ne sauraient être placées dans un liop beau jour. Nieiitz, dans ces' deux concep-

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lions qui nous semblent avoir le mérite de l'originalité par la physionomie toute particulière (ju'il a su leur donner, a fait preuve des pl^s belles qualités de l'écrivain moraliste. Des créations comme celles-là, si fécondes en bons sentiments, si intéressantes d'un bout à l'autre, sjfliraient pour assurer le succès d'un livre d'une manière durable. Henri Bloom , malgré sa difformité physique , qui le rend si semblable à l'odieux Glocester, ressemblance dont il tire un si heureux parti, dans l'intérêt des jeunes princes, devient, par l'inébranlable constance de son dévouement à la personne de Warwick , le principal et le plus admirable héros de toute l'histoire; et quand enti.n, sublime de courage et de résignation, il expire sur les genoux de sa vieille mère, on ne peut s'empêcher de verser des larmes et de s'associer à la douleur du jeune Warwick, qui sait qu'il vient de perdre un véritable ami!

On saura gré à Gustave Nicritz de n'avoir pas, suixaiil son lH'Uleu^e h.ibitudc, iiiélc à relie his-

APi'tLN'bict:. â8i

toire, des détails sur quelque branche de Fiudustrie. C'est une preuve de bon goût. L'intérêt historique était assez puissant pour concentrer l'attention de jeunes lecteurs. Les déplorables résultats de la longue guerre civile des deux Roses devaient bien plus frapper leur imaginalion que n'auiaient pu le faire des rouages de machines ou des explications techniques sur la manière de fabriquer le charbon. Voilà pourquoi nous avons cru devoir, à l'instar de Florian qui fit précéder son Gonzahe de CorJoue d'un précis histoiique sur les Maures d'Espagne, donner en tète des Enfants d'Edouard un résumé succinct de la guerre des York et des Lancastre. C'était une introduction toute naturelle. C'était, en quelque sorte l'avant-scène du sujet traité par Niéritz.

11 nous eût été facile de terminer ce volume par un autre conte de notre auteur. Mais c'eut été affaiblir, détruire l'unité du sujet, en dispersant l'intérêt sur d'autres objets. C'est ce qui nous a déteiminé à donner cet Appendice (pii parle en-

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core des Enfants dEdoiianl, et clans lequel nous avons cherché à apprécier les qualités du livre de Gustave Nieritz.

(ji.

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