SCÈNE Il
JAMES seul
JAMES (ex proie au délire de la fièvre, s'agite sur sa couche et se soulève).—Père, père ! Viens avec moi! Ah! nous sommes sauvés enfin! Nous sommes sauvés! (Descendant de sa couche) Nous avons quitté cette île déserte et glacée !.., Vois ces arbres, ces fleurs, ce bon soleil qui nous réchauffe ! C’est le printemps ! C'est le ‘printemps ! (Un peu de neige commence à tomber et les lueurs de d'horizon diminuent.) Ah !... voilà... voilà Robert et Alfred !... Je vous revois enfin! Je vous embrasse tous les deux !.,,. Que c'est bon de se retrouver ensemble. Père! regarde, ils sont arrivés et nous allons partir avec eux ! Dépêche toi, père, dépêchetoi! Le navire est là! Il va nous ramener dans notre chère patrie ! (Se relevant et cherchant.) Père, où es-tu? où es-tu donc? Le navire nous attend !... Ah! ciel... il va s'éloigner, il lève l’ancre!... Arrêtez !... arrêtez !... arrêtez !.. Il part, il part sans nous!... Il disparaît là-bas. là-bas !... Et la banquise qui se ferme!... et la mort, la mort qui vient !... (77 fombe épuisé.)
en pi SCÈNE III.
James, Burok.
Burck est entré par la gauche. El est vêt: de peaux. Une gourde est à son côté. Une hache est à sa main. Sa barbe est inculte. Il a l'air une bête fauve. Il parcourt la scène sans voir l'enfant.
Burox. — C’est lui... là-bas !.. Le voilà, ce Grant! .. (Agitant sæ hache.) Ah! s'il n’était pas mieux armé que je ne le suis !... Patience, la poudre et les balles s’épuisent!... Ah! tu m'as fait fouetter jusqu’au sang !... Oh! je me vengerai! Peut-être ont-ils encore des provisions. 1] me les: faut! (77 court à la cabane. Apercevant le foyer } Du feu! Ils ont du feu, tandis que je crève de froid. (D'un v'olent coup de pied, il disperse le foyer.) Viens te chauffer maintenant ! (Æüuwillant la hutte.\ Rien, pas de provisions !... Où les cachent-ils? Ah! ah! Une hutte pour eux ! Je ne le veux pas! (77 arrache les lambeaux de toile que soutiennent les perches, puis les perches qu'il brise.) Est-ce que j'ai un abri pour me protéger ? Ils n’en auront pas plus que moi! Oui, oui, pille, pille, tue, si tu les rencontres ! (77 parcourt la scène et vient heurter l'enfant du pied.) Ah! le fils ! l'enfant de mon ennemi !... Ah! comme je vais bien me venger !... Oui, le fils en attendant le père, (S'ap- Prochant de James la hache levée.) Tiens ! 1l dort! Ah! mais non! Réveillons-le d'abord! Je veux qu il sache que c'est moi qui le tue, moi, qui me serai vengé sur lui de ce que m'a fait Harry Grant! (17 se penche sur Jame..) Je veux voir les contractions de son visage, et entendre son dernier eri de douleur !... Je veux sentir palpiter sa chair,
REX + De
sous l’étreinte de mes doigts, comme a palpité I& mienne sous les coups de fouet que m'infligeait son père. Allons! réveille-toi !
JAMES (revenant à lui, mais toujours en délire). Ah! c'est toi! Te voilà revenu, père!
BurcKk.—Moi! ton père. Ah! tu vas voir !.… Allons, ouvre les yeux !.. (77 le soulève d'une main et porte l'autre à la gorge de l'enfant.) Regarde, regarde-moi bien en face, et meurs !...
JAMES. —Ta main ! Oui, donne-moi ta main...
père! (1Z/ prend la main de Burck.) Que je la pose sur mon cœur pour que tu sentes son dernier battement !... Père, je vais mourir !..
Burok.-—Mourir !... il va mourir! Eh bien, tant mieux, le sort fait la besogne pour moi ! Je n’aurai pas la peine de le tuer... et je verrai s’éteindre avec lui la dernière joie, la dernière espérance de ce Harry Grant !
JAMESs.—Nous nous retrouverons dans le ciel!
Burck (reculant.\—Le ciel! Bah! des bêtises qu'on dit aux enfants ! (Æzant.) Ah! ah! leciel! (Regardant James.) Comme il est pâle!... (Se rapprochant.) C'est jeune, ça n'a pas la force de souffrir. non, ça n’a pas la force !... Tiens... voilà des larmes qui coulent de ses yeux! Est-ce que vraiment il va mourir P
James. Mourir, oui !... mais avant, il faut pardonner, père . pardonner à tous !... (77 prend.la main de Burck et la presse contre ses lèvres.)
BurCK (voulant retirer sa main.) -Ses lèvres me brûlent la main !... Oui, oui! .. [l a l'air de souffrir bear coup ?... Est-ce que ça peut n'émouvoir, moi, Burck? Allons donc! Comme sa respiration est ae ... On dirait qu'ilétouffe!., (Plus doucement.) Après tout, ce n’est pas lui qui m'a fait frapper !...
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James.— Dis-moi que tu pardonnes à tous les matelots du “ Britannia”... à Ayrton, et... et à Burck aussi, père !
Burck.-—A moi ! il pense à moi au moment de mourir... à moi, l'ennemi de son père et le sien !... Ah! tonnerre! ces honnêtes gens ! ils ont des secrets pour vous remuer le cœur !
James. - Si nous mourons tous les deux, Burck restera seul... sur cet îlot, tout seul... en face de Dieu !...
BoRck (ému.)—Dieu !.. Il en parle, comme m'en parlait ma mère !.,, quand j'étais tout petit, et malade comme lui!.,,. Mais... qu'est-ce que j'éprouve donc ?... (Prenant l'enfant dans ses bras et le soutenant.) J'ai cent fois vu mourir des hommes !... mais ce n’était pas ça. Oh! non.., ce n'était pas ça !.…
JAMES —Soutiens-moi !.. Non! à genoux ! Mets: moi à genoux pour que je fasse ma dernièr:
prière |
BurCKk.-—A genoux!... sa... sa dernière prière !... Allons, est-ce que je vais pleurer, à présent ? (Z» mettant l'enfant à genoux, il s'y met lui-même) Eh bien... oui voilà que je pleure... je pleure !...
JAMES.—Répèête avec moi: Mon Dieu, pardon:
nez-nous nos offenses,.,
Burck (f/eurant).—Oh ! non!
‘JAmMEs.— Mais répète donc !,.. Îe n’entends pas !... Mon Dieu.
BurCœKk (késitant).—Mon Dieu... mon Dieu.
JAMES.— Pardonnez-nous nos offenses !.….,
BurCK. - Pardonnez-nous nos offenses…
TAMES.—Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés !.…
Burck.—Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés !... Sa main est glacée... Eva-