‹ Les enfants; le livre des mères (volume 2)Chapitre 15 sur 33 · A MADEMOISELLE FANNY DE P · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE FANNY DE P

VOUS que voire âge défend, Riez ! tout vous caresse encore.

Jouez! chantez! soyez Tenfant!

Soyez la fleuri soyez Taurorel

Quant au destin, n*y songez pas.

Le ciel est noir, la vie est sombre.

Hélas I que fait Thomme ici-bas?

Un peu de bruit dans beaucoup d'ombre.

Le sort est dur, nous le voyons.

Enfant, souvent Fœil plein de charmes Qui jette le plus de rayons Répand aussi le plus de larmes.

Vous que rien ne vient éprouver, Vous avez tout! joie et délire.

L'innocence qui fait rêver.

L'ignorance qui fait sourire.

Vous avez, lis sauvé des vents, Cœur occupé d'humbles chimères, Ce calme bonheur des enfants.

Pur reflet du bonheur des mères.

Votre candeur vous embellit.

Je préfère à toute autre flamme Votre prunelle que remplit La clarté qui sort de votre âme.

Pour vous ni soucis ni douleurs.

La famille vous idolâtre.

L'été, VOUS courez dans les fleurs ; L'hiver, vous jouez près de l'âtre.

La poésie, esprit des cieux.

Près de vous, enfant, s'est posée ; Votre mère l'a dans ses yeux.

Votre père dans sa pensée.

Profitez de ce temps si doux !

Vivez ! — La joie est vite absente ; Et les plus sombres d'entre nous Ont eu leur aube éblouissante.

Comme on prie avant de partir.

Laissez-moi vous bénir, jeune âme, — Ange qui serez un martyr, Enfant qui serez une femme !

Février 18i0.

Toujours ce qui là-bas vole au gré du zéphyr Avec des ailes d'or, de pourpre et de saphir,

Nous fait courir et nous devance; Mais adieu l'aile d'or, pourpre, émail, vermillon, Quand l'enfant a saisi le frêle papillon,

Quand l'homme a pris son espérance!

Toute espérance, enfant, est un roseau.

Dieu dans ses mains tient nos jours, ma colombe ;

Il les dévide à son fatal fuseau.

Puis le fil casse et notre joie en tombe ;

Car dans tout berceau

Il germe une tombe.

Jadis, vois-tu, l'avenir, pur rayon, Apparaissait à mon àme éblouie,

Ciel avec l'astre, onde avec Talcyon, Fleur lumineuse à Tombre épanouie.

Cette vision

S'est évanouie !

Si, près de toi, quelqu'un pleure en rêvant, Laisse pleurer sans en chercher la cause.

Pleurer est doux, pleurer est bon souvent Pour l'homme, hélas! sur qui le sort se pose.

Toute larme, enfant,

Lave quelque chose.

Juip 1839.

A mï. JEUNE FIUE.

Vous qui ne savez pas combien l'enfance est belle, Enfant ! n'enviez point notre âge de douleurs, Où le cœur tour à tour est esclave et rebelle, Où le rire est souvent plus triste que vos pleurs.

Votre âge insouciant est si doux, qu'on l'oublie! Il passe comme un souffle au vaste champ des airs,

Comme une voix joyeuse en fuyant affaiblie, Gommé un alcyon sur les mers.

Oh! ne vous hâtez point de mûrir vos pensées! Jouissez du matin, jouissez du printemps ; Vos heures sont des fleurs Tune à Tautre enlacées ; Ne les effeuillez pas plus vite que le temps.

Laissez venir les ans ! le destin vous dévoue, Gomme nous, aux regrets, à la fausse amitié, A ces maux sans espoir que Torgueil désavoue, A ces plaisirs qui font pitié!

Riez pourtant! du sort ignorez la puissance; Riez! n'attristez pas votre front gracieux, Votre œil d'azur, miroir de paix et d'innocence, Qui révèle votre âme et réfléchit les cieux !

Février 1825.

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