LES MÈRES
Vois, couvant des yeui son trésor, Là mère contempler, ravie, Son enfant, cœur sans ombre encor, Vase que remplira la vie!
Mal 483..
Oh! l'amour d'une mère! — amour que nul n'oublie! Pain merveilleux qu'un Dieu partage et multiplie! Table toujours servie au paternel foyer!
Chacun en a sa part, et tous l'ont tout entier!
Juin 1830.
Mères, l'enfant qui joue à votre seuil joyeux, Plus frêle que les fleurs, plus serein que les deux, Vous conseille Tamour, la pudeur, la sagesse. L'enfant, c'est un feu pur dont la chaleur caresse; C'est de la gaîté sainte et du bonheur sacré; C'est le nom paternel dans un rayon doré; Et vous n'avez besoin que de celte humble flamme Pour voir distinctennent dans l'ombre de votre âme. Mères, l'enfant qu'on pleure et qui s'en est allé. Si vous levez vos franls vers le ciel constellé.
Verse à votre douleur une lumière auguste; Car l'innocent éclaire aussi bien que le juste ! Il montre, clarté douce, à vos yeux abattus, Derrière notre orgueil, derrière nos vertus, Derrière la nuit noire où l'âme en deuil s'exile, Derrière nos malheurs. Dieu profond et tranquille. Que l'enfant vive ou dorme, il rayonne toujours 1 Sur cette terre où rien ne va loin sans secours, Où nos jours incertains sur tant d'abîmes pendent. Comme un guide au milieu des brumes que répandent Nos vices ténébreux et nos doutes moqueurs. Vivant, l'enfant fait voir le devoir à vos cœurs; Mort, c'est la vérité qu'à votre âme il dévoile. Ici, c'est un flambeau; là-haut, c'est une étoile.
Mars 18i0.
Regardez : les enfants se sont assis en rond. Leur mère est à côté, leur mère au jeune front
Qu'on prend pour une sœur aînée; Inquiète, au milieu de leurs jeux ingénus, De sentir s'agiter leurs chiffres inconnus
Dans l'urne de la destinée.
Près d'elle naît leur rire et finissent leurs pleura. Et son cœur est si pur et si pareil aux leurs,
lOi LES ENFANTS.
Et sa lumière est si choisie, Qu'en passant à travers les rayons de ses jours, La vie aux mille soins, laborieux et lourds,
Se transfigure en poésie !
Toujours elle les suit, veillant et regardant :
Soit que janvier rassemble au coin de Tâtre ardent
Leur joie aux plaisirs occupée ; Soit qu'un doux vent de mai, qui ride le ruisseau, Remue au-dessus d'eux les feuilles, vert monceau
D'où tombe une ombre découpée.
Parfois, lorsque, passant près d'eux, un indigent Contemple avec envie un beau hochet d'argent
Que sa faim dévorante admire, La mère est là; pour faire, au nom du Dieu vivant. Du hochet une aumône, un ange de l'enfant,
Il ne lui faut qu'un doux sourire! .
Juin 1834.
L'enfant chantait; la mère au lit, exténuée, Agonisait, beau front dans Tombre se penchant; La mort au-dessus d'elle errait dans la nuée; Et j'écoutais ce râle, et j'entendais ce chant.
L'enfant avait cinq ans, et, près de la fenêtre. Ses rires et ses jeux faisaient un charmant bruit; Et la mère, k côté de ce pauvre doux être Qui chaulait tout le jour, toussait toute la nuit.
La mère alla dormir sous les dalles du cloître; Et le petit enfant se remit à chanter... — La douleur est un fruit : Dieu ne le fait pas croître Sur la branche trop faible encor pour le porter.
Taris, janvier 1855.