‹ Les enfants; le livre des mères (volume 2)Chapitre 30 sur 33 · A L OMBRE D UN ENFANT · texte numérisé non relu

A L OMBRE D UN ENFANT

Oh! parmi les soleils, les sphères, les étoiles. Les portiques d'azur, les palais de saphir.

Parmi les saints rayons, parmi les sacrés voiles Qu'agite un éternel zéphyr;

Dans le torrent d'amour où toute âme se noie, Où s'abreuve de feux le séraphin brûlant; Dans l'orbe flamboyant qui sans cesse tournoie Autour du trône étincelanl;

Parmi les jeux sans fin des âmes enfantines; Quand leurs soins, d'un vieil astre, égaré dans les deux. Avec de longs eflForts et des voix argentines. Guident les cbancelants essieux ;

Ou lorsqu'entre ses bras quelque vierge ravie Les prend, d'un saint baiser leur imprime le sceau, Et rit, leur demandant si l'aspect de la vie Les effrayait dans leur berceau ;

Ou qu'enfin, dans son arcbe éclatante et profonde. Rangeant de deux en cieux son cortège ébloui, Jésus, pour accomplir ce qui fut dit au monde, Les place le plus près de lui;

Oh! dans ce monde auguste où rien n'est éphémère, Dans ces flots de bonheur que ne trouble aucun fiel , Enfant! loin du sourire et des pleurs de ta mère. N'es-tu pas orphelin au ciel?

Octobre 1825.

ÉCRIT SUR LE TOMBEAU d'UN PETIT ENFANT Al> BORD DE LA MER.

Vieux lierre, frais gazon, herbe, roseaux, corolles; Église où l'esprit voit le Dieu qu'il rêve ailleurs ; Mouches qui murmurez d'ineffables paroles  l'oreille du pâtre assoupi dans les fleurs ;

Vents, flots, hymne orageux, chœur sans fin, voix sans nombre; Bois qui faites songer le passant sérieux;

Fruits qui tombez de l'arbre impénétrable et sombre; Ëtoiles qui tombez du ciel mystérieux ;

Oiseaux aux cris joyeux, vague aux plaintes profondes; Froid lézard des vieux murs dans les pierres tapi ; Plaines qui répandez vos souffles sur les ondes ; Mer où la perle éclôt, terre où germe l'épi;

Nature d'où tout sort, nature où tout retombe, Feuilles, nids, doux rameaux que l'air n'ose effleurer, Ne faites pas de bruit autour de cette tombe; Laissez l'enfant dormir et la mère pleurer!

A LA MÈRE DE l'eNFANT MORT.

Oh ! VOUS aurez trop dit au pauvre petit ange Qu'il est d'autres anges là-haut,

Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n'y change, Qu'il est doux d'y rentrer bientôt;

Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres. Une tente aux riches couleurs,

Un jardin bleu rempli de lis qui sont des astres, Et d'étoiles qui sont des fleurs ;

Que c'est un lieu joyeux plus qu'on ne saurait dire, Où toujours, se laissant charmer,

On a les chérubins pour jouer et pour rire, Et le bon Dieu pour nous aimer ;

Qu'il est doux d'être un cœur qui brûle comme un cierge ,

Et de vivre, en toute saison. Près de l'Enfant Jésus et de la sainte Vierge

Dans une si belle maison !

Et puis vous n'aurez pas assez dit, pauvre mère,

A ce fils si frêle et si doux.

Que vous étiez à lui dans cette vie amère.

Mais aussi qu'il était à vous;

Que, tant qu'on est petit, la mère sur nous veille, Mais que, plus tard, on la défend ;

Et qu'elle aura besoin, quand elle sera vieille, D'un homme qui soit son enfant;

Vous n'aurez point assez dit à cette jeune âme

Que Dieu veut qu'on reste ici-bas, La femme guidant l'homme et l'homme aidant la femme,

Pour les douleurs et les combats ;

Si bien qu'un jour, ô deuil! irréparable perte !

Le doux être s'en est alléî... — Hélas! vous avez donc laissé la cage ouverte,

Que votre oiseau s'est envolé !

Avril 1813.

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