AUX FEUILLANTINES
Mes deux frères et moi , nous étions tout enfants.
Notre mère disait : « Jouez, mais je défends
Qu'on marche dans les fleurs et qu'on monte aux échelles. »
Abel était l'aîné, j'étais le plus petit.
tous mangions notre pain de si bon appétit,
}ue les femmes riaient quand nous passions près d'elles.
Nous montions pour jouer au grenier du couvent. Et, là, tout en jouant, nous regardions souvent « Sur le haut d'une armoire , un livre inaccessible
Nous grimpâmes un jour jusqu'à ce livre noir ; Je ne sais pas comment nous fîmes pour l'avoir, Mais je me souviens bien que c'était une Bible.
Ce vieux livre sentait une odeur d'encensoir. Nous allâmes, ravis, dans un coin nous asseoir; Des estampes partout! quel bonheur! quel délire!
Nous l'ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux, Et, dès le premier mot, il nous parut si doux Qu'oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.
Nous lûmes tous les trois ainsi tout le matin,
Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain,
Et, toujours plus charmés , le soir nous le relûmes*
Tels des enfants , s'ils ont pris un oiseau des cieux ,
S'appellent en riant et s'étonnent, joyeux,
De sentir -dans leur main la douceur de ses plumes.
Marine-Terrace , août 1855.