LES MÈRES
Mères, l'enfant quî joue à votre seuil joyeux, Plus frêle que les fleurs, plus serein que les cieux, Vous conseille l'amour, la pudeur, la sagesse. L'enfant, c'est un feu pur dont la chaleur caresse, C'est de la gaîté sainte et du bonheur sacré; C'est le nom paternel dans un rayon doré ; Et vous n'avez besoin que de cette humble flamme Pour voir distinctement dans l'ombre de votre âmo.
Mères, l'enfant qu'on pleure et qui s'en est ailé Si vous levez vos fronts vers le ciel constellé, Verse à votre douleur une lumière auguste; Car l'innocent éclaire aussi bien que le juste! Il montre, clarté douce, à vos yeux abattus, Derrière notre orgueil, derrière nos vertus, Derrière la nuit noire où l'âme en deuil s'exile , Derrière nos malheurs. Dieu profond et tranquille. Que l'enfant vive ou dorme, il rayonne toujours! Sur cette terre où rien ne va loin sans secours, Où nos jours incertains sur tant d'abîmes pendent, Comme un guide au milieu des brumes que répandent Nos vices ténébreux et nos doutes moqueurs, Vivant, l'enfant fait voir le devoir à nos cœurs; Mort, c'est la vérité qu'à notre âme il dévoile. Ici, c'est un flambeau; là-haut, c'est une étoile.
Mars 1840.
Vois , couvant des yeux son trésor, La mère contempler, ravie, Son enfant, cœur sans ombre encor£ Vase que remplira la vie !
Mai 183..
Oh! l'amour d'une mère! — amour que nul n'oublia Pain merveilleux qu'un Dieu partage et multiplie ! Table toujours servie au paternel foyer ! Chacun en a sa part, et tous l'ont tout entier 1
Juin 1830.
XLÎ
Regardez : les enfants se sont assis en rond. Leur mère est à côté, leur mère au jeune front
Qu'on prend pour une sœur aînée; Inquiète, au milieu de leurs jeux ingénus, De sentir s'agiter leurs chiffres inconnus
Dans l'urne de la destinée.
Près d'elle naît leur rire et finissent leurs pleurs, Et son cœur est si pur et si pareil aux leurs, Et sa lumière est si choisie,
x96 LES ENFANTS.
Qu'en passant à travers les rayons de ses jours, La vie aux mille soins, laborieux et lourds, Se transfigure en poésie I
Toujours elle les suit, veillant et regardant :
Soit que janvier rassemble au coin de l'âtre ardent
Leur joie aux plaisirs occupée ; Soit qu'un doux vent de mai, qui ride le ruisseau, Remue au-dessus d'eux les feuilles, vert monceau
D'où tombe une ombre découpée.
Parfois, lorsque, passant près d'eux, un indigent Contemple avec envie un beau hochet d'argent
Que sa faim dévorante admire, La mère est là; pour faire, au nom du Dieu vivant, Du hochet une aumône, un ange de l'enfant,
Il ne lui faut qu'un doux sourire!
Juii 1834.