‹ Les enfants mal élevésChapitre 106 sur 125 · L'INTERNAT - LE FOYER · texte numérisé non relu

L'INTERNAT - LE FOYER

S'il existe des internats acceptables, il n'en est pag de bons absolument.

Hélasl il est parfois nécessaire d'y recourir, bien que ce soit en général un malheur pour l'enfant.

L'interne, à raison de la régularité à laquelle on l'astreint, donne peut-être plus de temps à l'étude que l'élève externe. Cependant, sa supériorité intellectuelle n'est pas établie par les concours.

Quant au point de vue moral, la différence est complète...

Qu'un internat ne soit point funeste : voilà tout ce qu'on peut espérer de mieux I

Pareil régime amoindrit chaque jour l'action des parents, justement à l'âge où les sentiments sont en pleine formation.

Bon gré mal gré, l'enfant s'accoutumera à se passer de ïamille; et, quand il sortira des casernes de l'internat, il n'aura qu'un désir, fort excusable : celui du grand air sans mesure, celui de la liberté sans frein.

Le père n'ayant jamais eu lieu d'exercer l'autorité, ne saura pas commander alors; et le fils, de son côté, n'obéira pas volontiers à cette espèce d'étranger qu'il n'aime presque point.

On s' est débarrassé de son fils...? A son tour, celuici se débarrassera au plus vite de ceux qui le morigènent.

Et quel plaisir trouverait donc l'enfant revenant par hasard au foyer?

Les amis paternels lui sont inconnus, et il leur est complètement indifférent. Il s'est fait une vie à lui, tout en dehors des affections de famille : c'était inévitable! Il a ses relations, sa manière de voir, et souvent son journal propre. Ses habitudes sont prises : rien ne saurait les remplacer, encore moins les transformer.

Observez un interne un jour de sortie...

Depuis quatre semaines il n'a point eu de conversation suivie avec son père et sa mère; il doit avoir mille choses à leur communiquer...? Non! Il demeure silencieux, indifférent, désœuvré et morose.

Et cela se comprend.

Quand par exemple des amis se rencontrent fréquemment, la conversation est inépuisable. On a suivi maint épisode de détail; on s'entretient de ces riens, de ces particularités journalières, dont la suite et l'enchaînement constituent le seul intérêt.

Mais qu'on se retrouve au bout d'une longue absence?... on reste muet.

On a trop à raconter, pour se décider à dire quelque chose.

A plus forte raison est-on découragé d'avance, quand on sait que la causerie est sans lendemain, et que la chaîne de l'entretien commencé va se briser pour longtemps.

D'autre part, avouons-le, ce qu'il y a de défavorable dans l'éducation domestique, c'est l'irrégularité et l'absence d'émulalion.

On a des maîtres, des professeurs, sans doute! mais :

Le Lundi on va chez le tailleur ;

Le Mardi on assiste à un mariage;

Le Mercredi d'aimables visiteuses tiennent à embrasser le « cher enfant 1 ;

Le Jeudi on se rend chez le dentiste ;

Le Vendredi le professeur est malade ;

Le Samedi c'est l'enfant qui se dit souffrant

Et le Dimanche..., on se repose.

Bref, les interruptions dans le travail sont continuelles.

Toutefois , pareils inconvénients peuvent être évités. La demi-pension ou les cours, semblent répondre à une double exigence, en conciliant suffisamment la vie familiale, (dans l'intérêt moral), et la vie scolaire, (dans l'intérêt des études).

Oui, l'instruction dans la classe, et l'éducation

au foyer, tel est le système mixte qu'il convient de prôner, tout en reconnaissant que , seules , les familles aisées sont à même d« recourir à cette heureuse combinaison.

Quant à Fenfant du peuple a u contraire, il est juste avons-nous dit, que le père empêché, puisse lui faire donner dans une école de son choix l'instruction ET l'éducation simultanées : autrement, la démocratie fl'est qu'un vain mot.

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